Indre-et-Loire : « Nous avons rénové et diversifié nos vergers pour mieux répondre à la demande »
Producteurs en Indre-et-Loire, Antoine et Étienne Carlu ont renouvelé leurs variétés de pommes et fait le choix de la diversification en poire et noisette pour répartir les risques et mieux répondre à la demande.
Producteurs en Indre-et-Loire, Antoine et Étienne Carlu ont renouvelé leurs variétés de pommes et fait le choix de la diversification en poire et noisette pour répartir les risques et mieux répondre à la demande.
« Nos parents n’étaient pas agriculteurs à la base, explique Étienne Carlu, associé avec son frère Antoine Carlu, de la SCEA Le Chalet, à Saint-Aubin-le-Dépeint, en Indre-et-Loire. Mon père Guy, directeur au CERFrance, s’est installé en 2008 à 50 ans, en même temps que mon frère, qui était ingénieur en agriculture, par reprise d’une exploitation de 30 hectares, dont 27 hectares de pommes et 3 hectares de poires. Et je les ai rejoints en 2019, après plusieurs années passées dans la finance. Nous voulions tous les trois produire des fruits et travailler dans une structure à taille humaine. » L’exploitation a peu à peu été agrandie et compte aujourd’hui plus de 300 hectares, dont la moitié en pomme, poire et noisette, le reste en grandes cultures. « Les grandes cultures ne représentent que 15 % du chiffre d’affaires, souligne Étienne Carlu. Mais elles permettent de répartir les risques. La poire et la noisette répondent à une demande, avec une bonne valorisation, et constituent une diversification. »
Un équilibre entre les variétés club et terroir
Les pommes représentent 75 % du chiffre d’affaires. Elles sont commercialisées par Blue Whale, via la coopérative TerryLoire, qui en assure le conditionnement. Un point important pour les producteurs a été la rénovation et le renouvellement variétal du verger. « 95 % du verger a été rénové, précisent-ils. Et nous avons choisi de replanter avec des variétés correspondant mieux à la demande, en répartissant les risques entre le marché français et le marché export et en étalant les récoltes pour pouvoir faire des contrats de 3 mois et demi à la centaine de saisonniers que nous employons. » Vingt hectares ont été replantés en variétés « terroir », rustiques, adaptées au marché français, notamment Chantecler et canada. Le reste a été planté en variétés club, avec une douzaine d’hectares de Pink Lady, adaptée au marché français et à l’export, 7 hectares de Cœur-de-Reine, sélection Blue Whale sucrée et acidulée, très aromatique, de bon calibre, adaptée au marché français, et 5 hectares de Candine, sélection Blue Whale très sucrée, tolérante à la tavelure, orientée sur l’export en Asie. Le reste du verger repose sur les variétés Gala et granny smith et sur les variétés club Tentation et Joya. Les replantations ont été l’occasion d’adapter le verger. Les entre-rangs ont été réduits de 4 à 3,5 mètres et la densité a pu être augmentée. « L’investissement est plus élevé, mais l’entrée en production est plus rapide et le potentiel de production plus élevé. » Les producteurs ont aussi augmenté la hauteur des vergers. « Nous avons investi dans 18 plates-formes, précise Étienne. Une plate-forme représente un investissement, mais permet de produire sur une plus grande hauteur. Elle réduit aussi la pénibilité du travail et le temps de cueillette et améliore la qualité grâce à la pose directe en palox. » Le dernier investissement enfin a été l’équipement en tour antigel et aspersion antigel de l’ensemble du verger, en pomme et poire. « Ici, il gèle une année sur deux », note Étienne Carlu.
Des opportunités pour la poire et la noisette
Un autre axe important a été le développement de la poire et de la noisette. « Mon installation en 2019 était concomitante à la diversification en poire et noisette, précise Étienne Carlu. La moitié seulement de la consommation française de poires est produite en France. Il y a donc des opportunités pour ce fruit avec des variétés permettant de rajeunir la consommation. De même, la production française de noisettes est très loin de couvrir la consommation, alors que celle-ci augmente. » L’exploitation compte aujourd’hui 20 hectares de poires, dont une majorité d’Angys, variété club gustative, de bon calibre et très bonne conservation, le reste en Fred, variété blushée rouge, en développement chez Blue Whale, et en conférence. 30 hectares de noisetiers ont également été plantés pour répondre à la demande en noisette de table et noisette industrie.
Augmenter la qualité et le calibre
Globalement, les rendements en pomme et poire sont bons. « Le climat y est favorable et nous avons des sols argilo-limoneux profonds, indiquent les producteurs. Nous récoltons régulièrement 55 à 60 tonnes par hectare en Gala, 40 tonnes par hectare en conférence. » La SCEA produit ainsi 4 à 5 000 tonnes de pommes et de poires, avec une montée en puissance liée à l’âge des vergers. Toutes bénéficient des certifications HVE, Globalgap, Vergers écoresponsables et Leaf. « La poire demande plus de technicité, mais permet une valorisation supérieure, notent les producteurs. En pomme, la valorisation est bonne pour les variétés club et terroirs, un peu moins pour Gala et granny. Notre objectif pour ces variétés est donc d’augmenter la qualité et le calibre, en améliorant la taille, l’éclaircissage, en faisant du bassinage pour favoriser la coloration… Nous avons encore beaucoup à apprendre. »
Parcours
2008 : installation de Guy et Antoine Carlu
2018 : développement des surfaces en poirier
2019 : installation d’Étienne Carlu
2019 : premières plantations de noisetiers
Miser sur des cultures à bonne valeur ajoutée
La moitié des surfaces est cultivée en blé, orge, maïs, tournesol et autres grandes cultures. Toutes les productions sont commercialisées par Saboc, filiale de la coopérative CAPL. « Pour ces cultures comme en arboriculture, nous recherchons des produits à bonne valeur ajoutée », précise Étienne Carlu. Le blé est commercialisé en filières CRC (Culture raisonnée contrôlée) et Agri-Éthique, permettant une meilleure valorisation. La SCEA produit aussi du quinoa, des lentilles et du sarrasin, vendus sous la marque Perle d’Anjou de la CAPL qui a investi dans du conditionnement pour le quinoa, les lentilles, le pois chiche, le sarrasin… « Cela permet de diversifier l’assolement avec des légumineuses et laisse des marges intéressantes quand on maîtrise la culture. »