L’Anses a organisé, le 24 février lors du salon de l’agriculture, une table ronde au sujet de la peste porcine africaine (PPA). L’occasion pour les intervenants de présenter les mesures prises en France pour surveiller la maladie, et pour anticiper l’arrivée de premiers cas sur le territoire.
La peste porcine africaine : un taux de mortalité supérieur à 90%
Alors que de récents cas de peste porcine africaine (PPA) ont été détectés mi-février sur des sangliers en Espagne, l’Anses a organisé une table ronde sur la maladie le 24 février au salon de l’agriculture à Paris. Encore indemne de PPA, la France se prépare toutefois à l’arrivée de la maladie, avec des cas à moins de 100 kilomètres de sa frontière en Espagne et en Italie. Et il n’existe pas encore de vaccin contre cette maladie, dont le taux de mortalité est supérieur à 90 % chez les animaux atteints, rappelle l’Anses.
Quels niveaux de surveillance de la peste porcine africaine (PPA) en élevages porcins et sur les sangliers en France ?
Les mesures de surveillance de la peste porcine africaine sont donc essentielles, soutient l’agence de sécurité sanitaire. Il existe en France trois laboratoires agréés pour réaliser des analyses de surveillance de la PPA, dans la Sarthe (72), le Bas-Rhin (67), et en Ille-et-Vilaine (35). Le laboratoire national de référence (LNR) sur la PPA est situé à Ploufragan dans les Côtes-d'Armor (22). Il est chargé de l’évaluation et de l'agrément des kits de diagnostic utilisés par ces laboratoires départementaux, présente Olivier Bourry, responsable adjoint de ce LNR à l’Anses. « Ces laboratoires réalisent essentiellement des analyses PCR, pour la détection du génome viral, et plus accessoirement des analyses sérologiques », précise-t-il.
Faut-il augmenter le niveau de surveillance de la peste porcine africaine dans les Pyrénées ?
Deux niveaux de surveillance de la PPA sont actuellement déployés sur le territoire : le niveau 2A qui correspond à des recherches de génome sur des cadavres de sangliers collectés par le réseau Sagir (services départementaux de l’OFB, et fédérations départementales des chasseurs). Le niveau 2B, déployé dans certains départements proches des frontières allemandes et italiennes, comprend un renfort pour la collecte de cadavres de sangliers. Avec les cas de PPA en Espagne, les autorités réfléchissent à augmenter le niveau de surveillance au niveau pyrénéen, indique Olivier Bourry. Jusqu’ici, la surveillance des signes cliniques de la PPA dans des élevages porcins français a induit quelques suspicions, mais avec des résultats négatifs, explique-t-il.
En Pologne, la peste porcine africaine a engendré des pertes financières évaluées à plus de 2 milliards d’euros
Présente depuis 2014 dans l’Union européenne, la peste porcine africaine s’est beaucoup propagée en Pologne. Elle a engendré des pertes financières évaluées à plus de 2 milliards d’euros (coûts de biosécurité, pertes des prix d’achat, revenus perdus), selon François Viel, conseiller agricole Pologne à l'Ambassade de France. Un groupe de travail franco-polonais a notamment été créé, indique-t-il, avec un échange d’expériences des autorités polonaises sur le contrôle à la mise sur le marché des produits d’animaux contaminés après traitement. La maladie est ensuite passée en Allemagne en 2020. La lutte contre la PPA dans le Land du Brandebourg dans l’est de l’Allemagne a notamment représenté un coût total de 180 millions d’euros depuis 2020, souligne Avril Gommard, conseillère agricole Allemagne, Autriche, Suisse à l'Ambassade de France en Allemagne. La perte du statut indemne dans le pays a entrainé la fermeture de nombreux marchés d’export, notamment vers la Chine. L’Allemagne a vu sa production porcine diminuer de 20 % entre 2019 et 2023, perdant donc son statut de leader, indique Avril Gommard.
La France déjà en négociation pour l’export de zones indemnes en cas de peste porcine africaine
En France, des négociations sont en cours avec des pays tiers pour assurer l’export de produits d’origine porcine issus de zones indemnes (accord de « zonage »), en cas d’apparition de cas de peste porcine africaine. Un tel accord a été trouvé avec la Chine en 2021 et avec le Japon plus récemment, explique Mylène Petit, responsable de l’association nationale sanitaire porcine. Et l’Union européenne a aussi conclu un accord avec la Corée du Sud. L’objectif est qu’en cas de survenue d’un cas de PPA en France, « les impacts économiques soient les plus faibles possibles, en continuant à exporter vers les principaux pays », soutient Mylène Petit. Et des mesures d’anticipation des crises sont déployées dans des élevages porcins (audits de biosécurité), sur le maillon du transport (audit dans les aires de lavage) et dans les abattoirs (agrément zoosanitaire MCA obligatoire pour la PPA).
Des mesures de dépeuplement à prévoir en cas d’arrivée de peste porcine africaine en France
La table ronde a aussi été l’occasion pour l’agence de sensibiliser le grand public à l’« effet sandwich », qui correspond à la pratique de jeter des restes de produits porcins infectés dans la nature, qui risquent de contaminer les sangliers sauvages qui les consomment. C’est la voie principale de dissémination de la peste porcine africaine, souligne Olivier Debaere, inspecteur en chef de la santé publique vétérinaire à la Direction générale de l’alimentation (DGAL). Car le virus « résiste très bien dans les denrées animales, y compris les produits salés ou séchés », explique-t-il. Olivier Debaere appelle donc à une grande vigilance quant aux produits porcins venant de pays où la PPA est présente. « Il nous appartient collectivement de ne pas ramener un virus qu'on ne veut pas avoir », affirme-t-il.
Et en cas d’arrivée du virus sur le territoire, Olivier Debaere rappelle les mesures de lutte à mettre en place : dépeuplement des foyers sur les exploitations porcines, en plus des interdictions de mouvements d’animaux et des produits. Une mesure « très difficile, très traumatisante », reconnaît Olivier Debaere, mais« nécessaire pour éteindre les foyers ». « L’ennemi commun, c’est la maladie, c’est le virus », soutient-il.