En passant des vaches aux chèvres, Florent et Matthieu Liévin ont vu grand et se sont équipés d’un large bâtiment tunnel à Mentque-Nortbécourt, dans le Pas-de-Calais.
Le changement a été radical. En 2020, l’exploitation de la famille Liévin comptait encore une cinquantaine de vaches laitières. Le 1er juin, la décision est prise d’arrêter le lait de vache ; quelques semaines plus tard, les dernières vaches quittent l’exploitation. « J’ai vendu les vaches et, le 4 juillet, j’ai acheté des chèvres », se remémore Florent Liévin, aujourd’hui 59 ans.
Le projet caprin démarre avec son fils Matthieu, 30 ans, par l’achat de 120 chevrettes pleines, principalement des chèvres blanches. Une partie d’entre elles ne s’est toutefois pas révélée gestante comme prévu. Les éleveurs complètent alors leur troupeau avec d’autres animaux, notamment 50 chèvres alpines. Aujourd’hui, les deux types d’animaux cohabitent dans le troupeau d’environ 500 têtes, avec des niveaux de lactation comparables, autour de trois litres par chèvre.
Un bâtiment aéré construit pour les chèvres
Pour accueillir le nouveau troupeau, les Liévin ont choisi un bâtiment Filclair de 25,6 par 50 mètres qu’ils ont monté eux-mêmes en 2021-2022. Le bâtiment est isolé avec 20 centimètres de laine de verre entre deux bâches. Son principal atout est, selon l’éleveur, sa capacité à conserver une bonne ambiance malgré les fortes chaleurs : « Au plus fort de la canicule cet été, la température intérieure n’a pas dépassé les 27-28 °C ».
L’aération est largement automatisée. Des volets latéraux et deux ouvertures en toiture sont pilotés par une station météo. En cas de vent supérieur à 30 km/h, les ouvertures se ferment automatiquement. Le bâtiment est également équipé de filets brise-vent, qui contribuent à maintenir une ambiance sèche et à protéger certaines façades des intempéries. Face à des étés de plus en plus chauds, les Liévin envisagent aussi d’installer des brasseurs d’air dans le bâtiment.
Trois fourrages distribués chaque jour
L’organisation de l’alimentation est pensée pour limiter le temps de travail. Les chèvres reçoivent trois fourrages différents chaque jour : 1 à 1,5 kilo d’un foin de ray-grass et de trèfle le matin, environ 1 kilo de luzerne enrubannée vers 9 heures, puis 1 à 1,5 kilo de regain le soir. De la paille est disponible à volonté.
« Donner à manger le matin, ça me prend un quart d’heure », estime Florent Liévin. Les fourrages en bottes carrées sont distribués dans le couloir central à l’aide d’un astucieux chariot. Le concentré, lui, est distribué automatiquement avec un appareil Albouy sur rail cinq fois par jour.
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La salle de traite Delaval compte 2x30 postes avec des bras de traite basculant automatiquement de l’un ou l’autre côté. La traite des 500 chèvres dure, à deux, entre 1h30 et 1h45. Pour faciliter la manipulation des quatre lots, les chiens sont d’une grande aide. Un des quatre border collies de la ferme va chercher les chèvres dans le fond du bâtiment et les pousse vers l’aire d’attente. Un autre intervient pour accélérer la sortie de traite. Un apprentissage est nécessaire au départ, mais une fois les animaux et les chiens habitués, « on gagne un sacré temps », apprécie Matthieu.
Deux périodes de mises bas mais pas de tarissement
Le troupeau est conduit avec deux périodes de mises bas dans l’année, en mars-avril puis en août, pour étaler la production. Ici, les chèvres ne sont pas taries car les éleveurs avaient rencontré des problèmes de mammites par le passé. Les chèvres pleines continuent ainsi à être traites jusqu’à trois semaines avant la date de mise bas prévue puis le lait est ensuite écarté.
Avec ces deux périodes de naissances, les primipares mettent bas à l’âge de deux ans et demi. « Celles qui ont mis bas pour la première fois en mars mettront bas en août de l’année d’après », confirme Florent. La question sanitaire est également prise très au sérieux. L’élevage travaille notamment à éradiquer le Caev. Les chevrettes sont retirées dès la naissance et alimentées avec des sachets de colostrum reconstitué. Les chevreaux sont aussi enlevés à leur mère mais ils reçoivent le colostrum des premières mises bas, soit en frais, soit celui préalablement congelé. Selon Florent Liévin, la proportion d’animaux indemnes est passée d’environ 70 % à 85 % en quatre ans.
Plus de chèvre en retournant au conventionnel
Livrant leur lait à la coopérative Prospérité fermière pour le compte d’Agrial, ils sont passés en janvier 2026 d’une collecte bio à une collecte conventionnelle. « On perd 180 euros des mille litres, calcule Florent Liévin. Mais, l’un dans l’autre, on s’y retrouve en économisant plus de 240 euros sur la tonne d’aliments. Et puis, le bio, c’est beaucoup de paperasse pour pas grand-chose ». Le système fourrager, lui, a peu changé. L’exploitation valorise notamment 45 hectares de prairies sur le marais de Saint-Omer où le seul apport d’engrais reste celui de la valorisation des fumiers de l’exploitation.
La sortie du bio ouvre surtout la possibilité d’augmenter le nombre de chèvres. Le bio imposait ainsi une densité d’aire paillée par 2 m² par chèvre alors que le troupeau pourrait légèrement se tasser en gardant 1,8 m² par chèvre. « Nous étions l’an dernier à 480 000 litres avec 500 chèvres et on va passer progressivement à un peu plus de 600 000 litres », espèrent le père et le fils. La famille réfléchit d’ailleurs à un nouveau bâtiment et ils ont commencé à construire un bâtiment tunnel destiné aux chevrettes, pour un investissement annoncé de 80 000 euros.
Par ailleurs éleveur de 700 brebis de race Île-de-France dont les agneaux sont vendus en direct à des bouchers de la région, Florent Liévin a essayé de développer une valorisation des chevreaux en boucherie locale. Mais les essais, notamment sous forme de saucisses et de brochettes, n’ont pas permis de séduire des consommateurs chtimis peu habitués à cette viande caprine. Aujourd’hui, une nouvelle piste se dessine avec la coopérative des bergers du Nord-Est qui démarre une collecte de chevreaux et de chèvres de réforme dans les Hauts-de-France.