Jean-Louis Thébaud, éleveur de poulets lourds dans le Morbihan, a testé durant un an une litière de pellets de paille produits par la presse Krone Premos 5000. Une solution qui remplace avantageusement les copeaux de bois, sans impacter les performances.
« Étant producteur de céréales, c’est rageant de ne pas pouvoir utiliser ma propre paille pour la litière de mes trois poulaillers », regrette Jean-Louis Thébaud, installé à Saint-Jean-Brevelay, dans le Morbihan. L’éleveur a pourtant déjà exploré plusieurs pistes : « J’ai testé la paille défibrée, ensilée, ou encore la farine et les granulés de paille classiques. Si ces solutions peuvent convenir pour le repaillage des dindes, elles ne se révèlent pas concluantes avec les poulets lourds. »
Pour pailler et repailler les 4 200 m² de ses trois bâtiments, l’éleveur achète ainsi près de 50 tonnes de copeaux de bois chaque année. L’an dernier, lorsque le constructeur Krone lui propose de tester les pellets de paille issus de sa presse Premos 5000, Jean-Louis Thébaud accepte par curiosité. « Ces gros granulés de 16 mm de diamètre n’ont pas du tout la même structure que les petits bouchons industriels fabriqués à partir de paille broyée », précise-t-il.
Primo-paillage et repaillage
Le procédé de la presse Krone permet en effet de valoriser de la paille longue ou peu coupée. « La très forte pression appliquée fissure la paille, ce qui lui confère un fort pouvoir absorbant tout en conservant les avantages des brins longs », explique Thomas Doireau, référent produit chez Krone France. L’éleveur commence ses essais en repaillage. « J’ai rapidement observé l’efficacité de ces bouchons qui se désagrègent progressivement. Ils absorbent l’humidité sans l’accumuler, grâce à la ventilation des bâtiments. » Convaincu par ces premiers résultats, il décide de franchir le pas dès le primo-paillage sur un lot complet. « J’étale les bouchons à l’aide d’un épandeur centrifuge, à très faible allure et à bas régime, en effectuant plusieurs passages pour obtenir une couche homogène. » Il applique ainsi 1,5 tonne de pellets au démarrage sur la dalle béton d’un poulailler de 1 200 m². « C’est assez déroutant au début, car la densité est faible et la dalle n’est pas complètement recouverte. Mais au bout de deux jours, les premiers bouchons se désagrègent et la litière devient uniforme. Le passage dans l’épandeur contribue d’ailleurs à créer un peu de paille fine en cassant légèrement les pellets. » Il souligne toutefois un point de vigilance : il est essentiel d’anticiper le chauffage des bâtiments à J-3 pour que la dalle soit bien à température.
Des résultats techniques au rendez-vous
Le repaillage est ensuite effectué manuellement, à hauteur d’environ 500 kg de pellets. « Les granulés ne passent pas dans la pailleuse pneumatique Dussau que j’utilise habituellement pour les copeaux », tempère Jean-Louis Thébaud. Pour son deuxième lot, l’éleveur a ciblé le repaillage à 28 jours uniquement sur les zones les plus sensibles, principalement dans l’espace des femelles. À la veille du départ des mâles à 41 jours, force est de constater que la litière reste remarquablement sèche. L’odeur de la paille l’emporte largement sur celle, imperceptible, des émanations d’ammoniac. Cette bonne impression est confirmée par les critères sanitaires : le dernier lot affiche un taux de pododermatites de seulement 6 % en femelles et 4 % en mâles. « Le maintien de bons scores en 'podo' a été le véritable juge de paix qui m’a convaincu de l’efficacité de ce produit. »
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Engagé avec Sanders pour un débouché en filière McDonald’s pour les mâles, l’éleveur peut prétendre à une prime allant jusqu’à 2,25 euros par mètre carré. « Concernant la croissance et le poids moyen des animaux, je n’ai observé aucune différence après le passage aux pellets », ajoute-t-il.
Un gain économique potentiel
En fin de lot, on note toutefois la présence de nombreux pellets restés entiers, ayant absorbé les fientes sans se désagréger. « En ajustant les réglages de la machine, on devrait pouvoir réduire la proportion de pellets agglomérés et, à terme, se passer totalement du repaillage », anticipe l’éleveur. Le travail se résumerait alors à une demi-heure de primo-paillage avec 1,5 tonnes de pellets. « J’estime même qu’en conditions estivales sèches, on pourrait descendre à une tonne. » Au-delà du gain de temps de travail, Jean-Louis Thébaud espère réaliser de substantielles économies en remplaçant le copeau – acheté 250 euros la tonne – par des pellets dont le coût de fabrication en prestation oscille entre 150 et 200 euros la tonne. « Ce serait aussi un excellent moyen de sécuriser mes approvisionnements face à la volatilité des prix et de la disponibilité des copeaux. Mais pour que cela se concrétise, il faudrait qu’une ETA de la région investisse dans cette activité. C’est un service qui a de l’avenir vu le nombre d’élevages qui produisent aussi des céréales dans les environs. » Pour conduire ses six lots annuels, l’éleveur estime ses besoins à environ 60 tonnes de paille par an. « Avec un débit moyen de la presse de 3,5 à 4 tonnes par heure, il suffirait de deux journées de pressage à répartir dans l’année pour ne pas avoir un trop gros stock qui pourrait se dégrader avec l’humidité de l’air. »
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Bilan carbone et valorisation en compost
En s’intéressant aux pellets de paille, Jean-Louis Thébaud parie aussi sur l’avenir. « En valorisant ma paille, je pourrais améliorer le bilan carbone de la ferme, un indicateur qui va prendre de l’importance dans le cahier des charges des filières. » Engagé dans un projet de plateforme de compostage, l’éleveur met également en avant l’intérêt agronomique de la paille pour transformer son fumier en un engrais organique de meilleure qualité. « Les granulés de paille se compostent mieux que les copeaux de bois. Surtout, la paille permet d’obtenir un fumier au pH neutre, contrairement à celui issu des copeaux qui affiche un pH de 4,5 à 5, m’obligeant à chauler mes terres chaque année. »
En chiffres
3 poulaillers : 2 rénovés de 1 200 m² et un neuf de 1 800 m²
6 lots de poulets lourds par an (17 animaux par m²)
1 UTH
80 hectares de cultures (orge, blé, maïs, petits pois, colza et pommes de terre)
48 tonnes de copeaux par an pour pailler les 6 lots à 2 kg/m²
31 200 euros de dépense avec un copeau à 250 euros la tonne
60 tonnes de pellets de paille en besoin estimé par an
9 000 à 12 000 euros de coût de fabrication de pellets (150 à 200 euros la tonne) + 1 800 euros de paille non vendue (30 euros la tonne au champ non pressée)