Après un mois de procédure d’administration judiciaire, le tribunal de
commerce de Clermont-Ferrand a rendu son jugement et ordonné la cession
de Toury aux quatre entreprises regroupées : les Fromageries Dischamp,
Glac, Leche Pascual et Vitagermine. A l’issue de la délibération, les
repreneurs se sont déclarés « satisfaits et fiers qu’une solution
régionale ait été retenue (…). Nous avons créé un groupe fort et soudé
en réunissant les compétences de chacun autour des activités de Toury »
expliquait Jean Luc Dischamp, directeur des Fromageries. Au travers de
cette décision, les repreneurs se sont engagés au maintien de tous les
salariés, au rachat des créances de tous les producteurs de lait (6
millions d’euros) et des collecteurs (près de 7 millions d’euros) ; la
production des mois de février et mars sera donc intégralement payée.
Ils assumeront également la prise en charge de tous les créanciers
(hors stock) à hauteur de 21 millions d’euros et la valorisation des
stocks (8 millions d’euros). Soit un engagement financier de près de 48
millions d’euros. Trois pôles d’activités vont désormais se réorganiser
autour du lait, du fromage et du jus de fruits. Sur la partie lait de
consommation, le Glac entend conserver ainsi sa 3ème place derrière
Candia et Lactel. « Nous allons développer l’appellation Lait de
Montagne de manière à apporter une valeur ajoutée aux producteurs »
déclarait Pierre Blanchier, directeur du Glac. Sur le pôle Fromage,
Dischamp souhaite renforcer l’image de l’AOC. « Depuis toujours, nous
défendons l’idée que les AOC sont une richesse territoriale partagée
par les producteurs et les entreprises et qui aménage le territoire ».
En reprenant les 2 200 tonnes de production de St nectaire laitier
Toury, Dischamp devient alors le principal intervenant dans ce domaine
et complète aussi sa position de leader en St nectaire fermier (1 000
tonnes). Le partenaire espagnol, Leche Pascual, garantira quant à lui
le maintien de l’activité jus de fruit Toury et Cidou à Mittesheim.
Quant à la société Vitagermine, spécialisée dans les produits
biologiques et diététiques, sa présence dans le groupe permettra
d’assurer sur le long terme l’activité de produits infantiles
développée par Toury. A propositions égales entre Lactalis et le «
groupe des quatre », c’est donc l’ancrage territorial qui a fait la
différence dans la décision du Tribunal de commerce. Une décision qui,
à l’audience, a fait l’unanimité des producteurs, des salariés, du
procureur de la République et de l’administration judiciaire. « Cette
décision régionale permet de garder le pouvoir de décision en Auvergne,
commentait Jean-Yves Dischamp. Nous somme fiers d’être auvergnats ! ».
« C’est la croyance dans le territoire et les Hommes qui ont fait la
différence» surenchérissait le directeur du Glac.A propos de…
Fromageries Dischamp - Sayat (63) : CA : 130 ME. 200 salariés. 45 M de litres de lait. Beurre, fromages AOC.
Glac- Surgères (17) : CA : 600 ME. 1 000 salariés.
900 M de litres de lait (dont 150 M de litres de lait de chèvre). 5000 producteurs. 23 000 tonnes de beurre
Leche Pascual (Espagne) : CA : 1 milliard d’E.
4 300 salariés. 250 M
de litres de jus de fruits
Vitagermine- Bordeaux (33) : Produits biologiques et diététiques.
Le samedi 5 mai, le Tribunal de Commerce de Clermont-Ferrand ordonnait
la cession de :
• Société Laitière Montferrandaise (SLM) (Tallende 63), à Dischamp -
Glac
• SARL La Grioni (Saint-Amant Tallende 63), à Dischamp - Glac
• Laiterie de Montagne, (Saint-Nectaire 63), à Dischamp - Glac
• Établissement Toury, (Theix - Saint-Genès Champanelle 63), à Dischamp
- Glac
• Laiterie de Mauriac et du haut Cantal, (15), à Dischamp - Glac •
Société laitière d’Ussel et de la haute Corrèze, (Ussel 19), à Dischamp
Glac
• Société industrielle Laitière Auvergne Marche (SILAM), (Mérinchal
23), à Dischamp - Glac - Vitagermine • SARL Cardry Services Industrie,
située à Saint-Brandan dans les Côtes d’Armor au Glac
• SAS Cidou, située à Mietesheim dans le Bas-Rhin, à Gruppo Leche
Pascual.
Manifestation en marge de l’audience
eudi dernier, lors de l’audience du tribunal de commerce de
Clermont-Ferrand devant statuer sur les offres de reprise de l’ex
entreprise Toury, il y avait du monde à l’intérieur, mais pas
seulement. Devant les grilles du tribunal, les producteurs indirects
livrant à Toury étaient présents en masse pour faire entendre leur
revendication. Venus de sept départements, ils ont voulu exprimer leur
désarroi face à la déroute d’une entreprise, qui, ils l’espèrent
n’entraînera pas celle de leur coopérative. Dans un communiqué, daté de
la fin avril, les entreprises livreuses de lait ou de fromages aux
sociétés Toury, rappelaient « qu’elles représentent environ 50 % de
l’activité laitière de Toury et que le montant des impayés s’élèvent
pour elles à sept millions d’euros ».
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- Alain Mercier, président de l’association de défense des producteurs
de lait de Toury « On ne peut que se féliciter de cette décision. Elle
est une reconnaissance régionale de quatre partenaires qui ont su
mettre en commun leurs savoir-faire et leur compétences réciproques au
service de la production laitière. C’est une décision courageuse qui
évite le monopole d’un grand groupe. Si nous n’avions pas eu de la
concurrence sur ce dossier, je crois très sincèrement que les
producteurs auraient été les grands perdants dans cette affaire. Et
grâce à la mobilisation rapide de plus de 90 % des producteurs de Toury
nous avons contribué, nous aussi, à faire bouger les choses.
- Yannick
Fialip, président de la section régionale laitière « Le choix qui a été
fait est le choix de l’association des producteurs et de
l’administrateur judiciaire. Aujourd’hui, la section régionale laitière
va tout mettre en œuvre pour que ce projet réussisse. Il doit permettre
d’une part, d’augmenter le prix du lait au niveau des producteurs et
d’autre part de pérenniser l’ensemble des zones de collecte. Nous
serons très attentifs sur ces deux points. Avec ce projet, nous
souhaitons également avancer sur la valorisation des AOC et du lait de
montagne ».
- Tony Cornelissen, producteur de lait en Corrèze
« C’est une belle victoire pour la mobilisation syndicale et pour la
solidarité. Nous sommes très satisfaits d’avoir obtenu tout ce que nous
souhaitions. Mais le plus dur reste à faire ! Dans un esprit de
partenariat, l’entreprise et les producteurs doivent avoir pour
objectif la rentabilité et la pérennité de nos productions et de nos
appellations »,