Denis Mukwege, prix Nobel de la Paix en visite à la Maison Familiale et Rurale d'Escurolles dans l'Allier

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Le docteur Denis Mukwege, prix Nobel de la paix 2018, en compagnie de Marie-Axelle Bézard, présidente de la MFR d'Escurolles dans l'Allier. Crédits : © Sophie Chatenet

Prix Nobel de la paix, le docteur Denis Mukwege était, en début de semaine, à la MFR d’Escurolles dans l’Allier dans le cadre d’un partenariat tissé entre l’établissement et la fondation Panzi. Au Congo, la fondation lutte contre les violences faites aux femmes.

Aux sources du combat du docteur Denis Mukwege

Dans les années 1990, le Docteur Denis Mukwege travaille à l’hôpital de Lemera. En 1996, lors de la première guerre du Congo, cet hôpital est détruit et plusieurs patients et soignants sont massacrés.

Après un court exil, le médecin revient à Bukavu avec la volonté de reconstruire. Il constate que la prise en charge obstétricale des femmes enceintes est quasi inexistante dans la région, ce qui entraîne des taux de mortalité maternelle dramatiques.

En 1999, avec l’appui de la Communauté des Églises de Pentecôte en Afrique Centrale (CEPAC), il fonde l’hôpital de Panzi, initialement conçu comme une maternité de 120 lits.

La première patiente à franchir les portes de l’hôpital n’est pas une femme sur le point d’accoucher, mais une survivante de viol collectif ayant subi des mutilations par arme à feu au niveau de ses organes génitaux.

Très vite, les vagues de violence qui ravagent l’Est de la RDC amènent un afflux massif de femmes et de fillettes souffrant de traumatismes gynécologiques complexes. Face à cette horreur indicible, le Docteur Denis Mukwege et son équipe deviennent, malgré eux, des experts mondiaux de la chirurgie réparatrice des mutilations sexuelles et des fistules traumatiques.

L’hôpital se transforme alors en un centre spécialisé pour les victimes de violences sexuelles liées aux conflits.

Un prix Nobel de la paix en terres bourbonnaises

C’est en découvrant le film « Muganga, celui qui soigne », réalisé par Marie-Hélène Roux et sorti en 2025, que tout a commencé. À l’occasion d’une projection, l’équipe de la MFR d’Escurolles, au sud de l’Allier, rencontre l’un des responsables de l’antenne belge de la Fondation Panzi.

« Celui qui soigne », c’est Denis Mukwege, chirurgien et gynécologue congolais, Prix Nobel de la paix en 2018. Au péril de sa vie, il soigne des milliers de femmes victimes de violences sexuelles en République démocratique du Congo (RDC).

La Fondation Panzi est son œuvre. Elle se consacre à la prise en charge des survivantes de violences sexuelles et basées sur le genre (VSBG) ainsi qu’à la mise en place de changements durables en République démocratique du Congo. Forte d’une équipe de 729 personnes basées en RDC, la Fondation Panzi incarne un symbole de résilience et de changement. Elle s’appuie notamment sur un hôpital situé à Bukavu, dans la province du Sud-Kivu, à l’est du pays.

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Quand réparer les corps ne suffit pas

« Nous connaissions l’histoire du docteur, mais nous avions soif de découvrir la genèse de la fondation. C’est pourquoi nous sommes allés jusqu’en Belgique. Nous pensons que nos jeunes doivent être conscients de ce qui se passe au Congo, mais aussi partout dans le monde », raconte Marie-Axelle Bézard, présidente de la MFR d’Escurolles et de la Fédération régionale des MFR d’Auvergne-Rhône-Alpes.

C’est ainsi que, dans le cadre de la mise en place d’un parcours citoyen, « nécessaire pour réapprendre à vivre ensemble après l’isolement du Covid », la MFR a bâti un projet éducatif consacré à la lutte contre les violences faites aux femmes et les violences intrafamiliales.

Tout au long de l’année, les jeunes travaillent sur ces enjeux à travers plusieurs initiatives, notamment le projet d’album « Voix pour Panzi ». La MFR d’Escurolles intègre également la prévention des violences faites aux femmes et l’accompagnement des victimes dans ses formations aux métiers du travail social, comme le Bac Pro SAPAT ou le BTS ESF.

« Nous avons créé en ce sens un nouveau module sous la forme d’une boîte à outils basée sur les quatre piliers de la Fondation Panzi : médical, psychosocial, socio-économique, juridique et judiciaire », précise Marie-Axelle Bézard.

Au fil des années, le docteur Mukwege a compris que réparer les corps des femmes victimes de violences sexuelles ne suffit pas. Les patientes souffrent également de traumatismes psychologiques profonds, sont rejetées par leurs communautés et vivent dans la précarité ou l’insécurité juridique.

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C’est donc à l’élaboration d’un accompagnement global des survivantes de violences sexuelles que s’est attelé le docteur Mukwege, avec une ambition fondamentale : redonner à chacune sa dignité.

"La victoire sur les féminicides et les violences sexuelles, c’est d’abord briser le silence"

« Notre combat se résume au fait que tout Homme a droit à la dignité humaine. C’est un droit. Lorsque celle d’un semblable n’est pas respectée, c’est à nous tous de nous battre pour redonner à cette personne sa dignité. Le travail et la capacité à être réinsérée dans la société avec une profession, une autonomie, cela fait partie de cette dignité. »

Sur la question de la réinsertion sociale et professionnelle des victimes, Denis Mukwege estime avoir beaucoup à apprendre du modèle des Maisons familiales et rurales (MFR).

« Ce que les Maisons familiales et rurales font pour donner en même temps une formation et permettre une réinsertion dans les entreprises est très inspirant. Pour nous c’est très important de voir comment cet aspect socio-économique est mis en place, sachant que c’est l’un des quatre piliers de notre fondation ».

Si depuis plus de trente ans, le travail entrepris par « celui qui répare les femmes » a résolument fait bouger les lignes, l’homme est conscient du chemin qui reste à parcourir : « Parfois, les gens pensent (ndlr : que les violences faites aux femmes) cela se passe loin. Mais on ne réalise pas qu’en France, un féminicide a lieu tous les trois jours, sans compter toutes celles qui ont échappé à la mort, qui ont été violées toute leur vie… Cela se passe dans nos familles, dans nos écoles… La victoire sur les féminicides et les violences sexuelles, c’est d’abord briser le silence ».

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