Alors que l’accord national interbranche pour de meilleures conditions de travail et d’emploi en agriculture est entré en vigueur le 1er octobre 2026, Jérôme Volle, président de la Commission emploi de la FNSEA, revient sur les enjeux de ce texte issu de deux ans de négociations.
Pourquoi cet accord national était-il nécessaire ?
Jérôme Volle : L’agriculture a profondément évolué ces dernières années. Les entreprises agricoles doivent faire face à des enjeux nouveaux : changement climatique, difficultés de recrutement, montée du salariat, transmission des compétences, évolution des attentes sociétales ou encore prévention des risques professionnels.
L’accord qui existait depuis 2008 avait besoin d’être actualisé. Pendant plus de deux ans, les partenaires sociaux de l’interbranche agricole ont travaillé ensemble pour bâtir un cadre adapté aux réalités actuelles du terrain. Nous avons voulu éviter que les réponses soient uniquement apportées par le législateur ou par des dispositions générales du Code du travail qui ne tiennent pas toujours compte des spécificités de nos métiers.
L’agriculture reste une activité particulière, avec du travail en extérieur, une dépendance aux aléas climatiques, des contraintes saisonnières et parfois des situations d’isolement.
Cet accord est donc le fruit du dialogue social. Il offre un socle commun à l’ensemble des entreprises tout en laissant la possibilité d’adapter les pratiques aux réalités de chaque exploitation.
Pourquoi cet accord est-il important à la fois pour les salariés et pour les employeurs ?
J. V. : Il est important parce que les intérêts des salariés et ceux des employeurs ne s’opposent pas. Une entreprise agricole performante a besoin de salariés formés, en bonne santé, motivés et qui se projettent durablement dans leur métier.
L’un des objectifs majeurs du texte est de renforcer l’attractivité de l’emploi agricole.
Aujourd’hui, de nombreuses exploitations peinent à recruter. Il faut donc créer les conditions permettant d’attirer de nouveaux talents mais aussi de fidéliser les salariés déjà en poste. L’accord améliore l’accueil des nouveaux embauchés, renforce les démarches de prévention, développe les échanges entre salariés et employeurs, prend davantage en compte les questions de parentalité, de handicap, de travail isolé ou encore de qualité de vie au travail. Toutes ces mesures contribuent à sécuriser les parcours professionnels.
Pour les employeurs, il s’agit également d’un facteur de pérennité. Une meilleure prévention des risques, moins d’accidents, moins d’absentéisme et davantage de stabilité dans les équipes sont aussi des atouts économiques pour l’entreprise. Comme nous le répétons souvent à la FNSEA, investir dans les conditions de travail n’est pas une charge supplémentaire : c’est un investissement dans l’avenir de l’exploitation.
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Certains agriculteurs peuvent pourtant percevoir cet accord comme une nouvelle contrainte…
J. V. : Je comprends cette réaction, car les chefs d’entreprise agricole sont déjà confrontés à de nombreuses obligations administratives. Mais il faut regarder concrètement le contenu du texte. Contrairement à une lecture parfois alarmiste, cet accord ne crée pas une multitude de nouvelles contraintes. Dans de nombreux domaines, il formalise des pratiques qui relèvent déjà des responsabilités de l’employeur ou qui existent dans la réglementation. Prenons l’exemple du document unique d’évaluation des risques professionnels, le DUERP. Son existence n’est pas nouvelle.
L’accord précise simplement les modalités de suivi, notamment sa mise à jour régulière et l’association des salariés à la démarche. Même chose pour les équipements de protection individuelle, la prévention des risques ou la lutte contre les discriminations et le harcèlement.
L’intérêt de cet accord est d’offrir un cadre cohérent, lisible et partagé. Beaucoup d’employeurs se retrouvaient seuls face à des problématiques identiques. Désormais, ils disposent de repères communs et d’outils pour agir.
Quelles sont les principales mesures à retenir ?
J. V. : Elles sont nombreuses, mais plusieurs thématiques ressortent particulièrement.
D’abord, l’accueil des nouveaux salariés devient un axe important, avec un véritable parcours d’intégration et une présentation formalisée des règles de sécurité, de l’entreprise et des équipes.
Ensuite, le texte renforce la préventiondes risques professionnels. Les salariés doivent pouvoir participer à l’amélioration des conditions de travail par des temps d’échange dédiés. Le DUERP doit être actualisé régulièrement et servir de véritable outil de pilotage de la prévention.
L’accord apporte également des réponses aux conséquences du changement climatique. En période de fortes chaleurs, les entreprises devront anticiper les risques, adapter l’organisation du travail et mettre à disposition de l’eau fraîche en quantité suffisante, avec un minimum de trois litres par salarié et par jour. Une attention particulière est aussi portée aux travailleurs isolés, aux risques liés aux produits phytosanitaires, à la manutention manuelle et aux équipements de protection individuelle.
Par ailleurs, plusieurs mesures concernent la qualité de vie au travail : parentalité, grossesse, handicap visible ou invisible, lutte contre les violences sexistes et sexuelles, droit à la déconnexion ou encore prise en compte de l’usure professionnelle. Enfin, le texte aborde des sujets souvent déterminants pour l’emploi agricole comme le logement et la mobilité des salariés.
Cet accord marque-t-il l’aboutissement d’un travail ou seulement une première étape ?
J. V. : C’est clairement une étape importante, mais certainement pas un point final. L’accord fixe un cadre national. Désormais, tout l’enjeu sera sa mise en œuvre sur le terrain. Les employeurs, les salariés, les organisations professionnelles et les partenaires sociaux devront s’en emparer pour le faire vivre concrètement dans les exploitations et les entreprises.
Par ailleurs, la FNSEA considère que d’autres sujets restent essentiels pour l’attractivité de l’emploi agricole. Je pense notamment au logement des salariés ou aux questions de mobilité, qui constituent parfois de véritables freins au recrutement dans certains territoires ruraux. L’agriculture est engagée dans une transformation profonde. La place du salariat va continuer à se développer dans les années à venir. Nous devons donc poursuivre le travail engagé afin de construire des entreprises capables d’attirer, de former et de fidéliser leurs collaborateurs. Cet accord constitue une base solide. À nous maintenant d’en faire un outil concret au service de celles et ceux qui travaillent chaque jour dans les entreprises agricoles.