Ils ont osé la monotraite !

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Le Gaec des Deux Rivières trait une seule fois par jour son cheptel de jersiaises et vaches kiwi. Crédits : © P. Olivieri

C’est une nouvelle vie professionnelle et familiale qui s’est ouverte pour Rémi Andrieu depuis le 1er janvier 2013 et le passage à la monotraite. Comme lui 12 autres éleveurs du Cantal ont adopté cette pratique et ne reviendraient pour rien au monde en arrière. 

Dans la vie d’éleveur comme de père de famille de Rémi Andrieu, il y aura un avant et un après 1er janvier 2023. En guise de bonne résolution, le producteur de lait de Lacapelle-Viescamp, associé avec sa mère Marie-Thérèse au sein du Gaec des Deux rivières (la Cère et l’Authre), a entrepris il y a bientôt 15 mois une véritable révolution : basculer à la monotraite. Un projet que l’agriculteur planifiait d’ici quelques années mais que la séparation d’avec un tiers associé(1) et la retraite de son père ont anticipé. “C’est le jour et la nuit !”, sourit l’éleveur, qui apprécie désormais de passer du temps en fin de journée avec ses enfants et son épouse. Du temps partagé qui n’a pas de prix pour Rémi Andrieu, ce dernier savourant la souplesse et le nouveau rythme de vie permis par cette pratique. “Cela apporte beaucoup de sérénité sur de nombreuses choses, je ne suis plus bousculé matin et soir, j’ai l’esprit beaucoup plus tranquille”, affiche-t-il. Et qu’importe si la pratique en fait tiquer certains pour qui efficacité rime avec longueur des journées. “Être chez moi le soir à 
17 h 30 ou 18 heures, ça ne me dérange pas du tout”, revendique le producteur de Carguarie. 

Moins mais mieux

Une philosophie qui n’a pourtant pas toujours été sienne : quand il s’installe en 2006 avec ses parents, c’est sur une structure intensive. Une quarantaine de vaches laitières qui ne voyaient guère la couleur des prairies, des allaitantes, une production de veaux de lait, le tout sur 65 hectares. En 2011, le Gaec se spécialise dans la production laitière qu’il développe, à la faveur de la construction d’une stabulation spacieuse. “Mais avec les crises laitières, on a vécu des années très compliquées et je trouvais qu’on ne gagnait pas notre vie malgré tout le travail que cela supposait”, relate Rémi Andrieu, qui va dès lors semer les graines d’une autre stratégie : moins mais mieux.
En 2013, de premières vaches jersiaises viennent colorer le troupeau prim’holstein, pour leur rusticité et la qualité de leur lait. Les robes fauves se développent progressivement au sein du cheptel noir et blanc de même que les “kiwi”, issues d’un croisement avec les frisonnes, inspiré des pratiques anglo-saxonnes et notamment néozélandaises que Rémi souhaite transposer sur son exploitation. 
Le virage à 180° amorcé s’accélère avec la priorité désormais donnée au pâturage :  un pâturage tournant dynamique est instauré, des paddocks créés, des points d’eau aménagés, tout comme un chemin d’accès à l’îlot de 30 hectares dédié aux laitières... La diversité prairiale s’invite dans les parcelles, désormais toutes implantées en multi-espèces, la luzerne s’y fait une place de choix, associée au dactyle pour une meilleure résistance des prairies sur ces sols très séchants l’été. L’objectif étant d’adapter les prairies pour réaliser des stocks mais aussi pour y faire pâturer les génisses en juillet-août. Avec les achats successifs de foncier(2), la logique est de faire profiter au maximum les laitières du pâturage.
En 2016, le Gaec des Deux rivières entame sa conversion à l’agriculture biologique, avant-dernier étage à sa fusée, parachevée en 2023 avec la bascule à la traite quotidienne unique. 
Cette dernière est passée comme une lettre à la Poste tant pour l’éleveur que pour les 90-100 vaches à la traite. Tout au plus, le taux cellulaire a fait un pic à 400 000 cellules/ml après quelques jours mais est immédiatement redescendu à 100 000-150 000, sachant que la famille Andrieu avait anticipé le phénomène en réformant les laitières propices à cellules. Déjà très riche, le lait des jersiaises a gagné encore 2 à 3 points de TB et 1 à 2 de TP.

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Produire un lait économe 

Quid de la production ? Elle a effectivement baissé de 25 % tombant à 3 300-3 500 l/vache/an. “L’idée, c’est de compenser cette baisse de production et donc de chiffre d’affaires par une somme de petites économies”, expose Rémi Andrieu, qui a ainsi vu ses factures d’électricité, de produits d’hygiène de la traite,... sensiblement réduites tandis qu’il gagnait un peu sur le prix du lait, dopé par la qualité. “Ça ne compense pas la totalité de la perte de chiffre d’affaires, aussi l’objectif est d’aller chercher une ration encore plus économe” en diminuant drastiquement le concentré dans la ration hivernale (actuellement 1,5 kg/ VL/j de concentré l’hiver uniquement). “Grâce aux prairies multi-espèces, la ration est déjà quasiment équilibrée, c’est devenu très simple de la faire”, avance l’agriculteur de Lacapelle-Viescamp, qui fait valoir une autre vertu de la monotraite : une reproduction très efficace. 
“La monotraite, je ne sais pas si on l’aurait fait avant car ça demande de préparer l’exploitation à ce changement, mais ce n’est que du positif, aussi bien pour le confort de l’éleveur que des animaux !”, conclut Rémi.
(1) L’association avec un éleveur voisin n’a pas fonctionné.
(2) 120 ha de SAU, 100 % d’herbe.

<em class="placeholder">Colza associé à deux trèfles en ACS</em>
Le colza est implanté en direct à 60 gr/m2 vers la mi-août. Le semis a été réalisé au monograine à 50 cm en association avec du trèfle blanc nain à 3 kg/ha et du trèfle d'Alexandrie à 5 kg/ha. L’agriculteur estime que l'entre-rang important du colza a facilité l'implantation du trèfle mais à l’inverse, le trèfle bien développé aurait trop concurrencé le colza. « Je vais finalement semer au Semeato cette année avec semis du trèfle à la herse à paille + Delimbe auparavant »,mentionne Benoit. L’objectif serait également de faire une coupe de trèfle après récolte du colza mais pour le moment, la capacité de stockage du séchoir est trop petite pour absorber cette récolte supplémentaire. Un bâtiment supplémentaire est à l’étude. Crédits : © Benoît Gobin

Benoît Gobin en Val de Saône : Un séchoir au service du semis direct

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