“Pas question que les éleveurs soient les oubliés de la sécheresse !”

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“La réalité du terrain doit être reconnue !” martèle Mathieu Théron. Crédits : © P. Olivieri

À la veille du congrès de la FDSEA du Cantal, son président  Mathieu Théron presse l’État et les opérateurs de prendre leurs responsabilités et de passer aux actes, face à des éleveurs au bord du gouffre

L’agriculture cantalienne a vécu cet été sa pire sécheresse depuis au moins un siècle et le dossier des indemnisations n’est toujours pas soldé. Le plan d’urgence n’en est pas vraiment un...

Mathieu Théron, président de la FDSEA du Cantal : “On va devoir effectivement attendre mi-novembre pour être fixé sur le taux de pertes fourragères retenu mais pour le Cantal, on ne comprendrait pas que celui-ci n’atteigne pas pour l’ISN (indemnité de solidarité nationale) les 50 % alors que les services de l’État ont acté un taux de 50 % pour le dégrèvement partiel de la TFNB (taxe foncière sur le non bâti). D’autant plus que les derniers bilans fourragers réalisés par la Chambre d’agriculture en octobre confirment qu’on est désormais à près de 56 % de pertes. Encore une fois, il faut que l’indice satellitaire soit corrigé par les données de terrain : le système Airbus estime qu’il y a eu autant de pousse d’herbe en septembre qu’au mois de mai, juste parce que ça a reverdi dans les parcelles ! Il est impératif que le système soit étalonné différemment.”

La ministre s’est aussi engagée à relancer la production et éviter la décapitalisation. Un vœu pieux alors que les granges se vident ?

“De nombreux éleveurs sont toujours en recherche de fourrages, mais les tarifs qui se pratiquent aujourd’hui sont tout sauf raisonnables ! Il faut que cesse la spéculation et que, parallèlement, l’État propose des solutions pour nos territoires de montagne, éloignés de tout et où le transport coûte parfois aussi cher que le fourrage. La ministre a dit au Sommet de l’élevage que l’armée était prête à acheminer du fourrage : qu’elle le fasse !
Mais la question ne se poserait pas si les prix de nos broutards et de notre lait étaient corrects et si les lois Egalim étaient appliquées. Il faut que l’État prenne ses responsabilités, tape du poing sur la table et fasse des contrôles : ces lois ont été promulguées, elles doivent s’appliquer. À l’approche de l’ouverture des négociations commerciales, le gouvernement doit défendre sa loi et les producteurs par la même occasion !”

La feuille de route pour donner des perspectives à la filière laitière cantalienne a été présentée le 15 octobre lors des Assises laitières. On a senti des entreprises encore frileuses...

“Aux Assises, on a posé un point de départ, mais tout le travail est à faire dans le cadre d’un dialogue en bilatéral avec les entreprises. Depuis cette restitution, on commence à avoir quelques contacts mais ça reste timide et il faut plus d’engagement de l’aval de la filière. Et on va avoir besoin de l’État pour forcer les entreprises à venir à la table des discussions et pour jouer un rôle de médiateur comme il l’a fait à l’époque avec les opérateurs sur le broutard.
La filière nous explique que la collecte s’est tenue jusqu’à présent, mais avec des granges vides, les choses vont se tendre en février-mars et il y aura forcément un décrochage : sans fourrage et sans prix, on va vers une décapitalisation. Qui dit moins de vaches dit moins de lait ! Il faut que les entreprises en soient conscientes.”

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Sur les AOP fromagères, les transformateurs et affineurs  ne se sont pas non plus franchement prononcés...

“Il va là aussi falloir jouer collectif si on veut retrouver des volumes. La demande de la FDSEA est d’avoir de la transparence sur les taux de transformation et ça devient urgent ! On ne peut pas produire du lait avec 
100 % des contraintes du cahier des charges et seulement 38 % de valorisation. Ce n’est pas possible ! Ça ne viendrait pas à l’idée d’un transformateur de négocier avec la grande distribution en disant Ok à une hausse sur 38 % 
seulement du produit !”

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Les cours de broutard ont sévèrement dégringolé. Comment enrayer cette baisse ?

“Depuis le mois de mai on ne connaît que des baisses de prix en viande bovine. Or, en période de sécheresse, on a besoin de prix, pas de pression sur les cours.  Là encore, il faut que les opérateurs prennent conscience que les éleveurs sont au bord du gouffre. Et à ceux qui disent que les cours étaient trop hauts, il leur faut revenir dans la vraie vie : il nous fallait ces niveaux de prix, et heureusement qu’on les as eus d’ailleurs sinon combien d’éleveurs auraient fermé la boutique avec les charges qui ont flambé ? On subit un effet ciseaux terrible et on vient de passer à nouveau sous nos coûts de production. Ce n’est pas entendable de produire à perte !”
 

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