Des chèvres dans les Hauts-de-France

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La région des Hauts-de-France possède un important bassin de consommation, des élevages bovins susceptibles de se reconvertir, des possibilités de diversification en vente directe et une disponibilité fourragère qui pourrait devenir un atout face au changement climatique. Crédits : © J. Graf
La région des Hauts-de-France possède un important bassin de consommation, des élevages bovins susceptibles de se reconvertir, des possibilités de diversification en vente directe et une disponibilité fourragère qui pourrait devenir un atout face au changement climatique. Crédits : © J. Graf
La région des Hauts-de-France possède un important bassin de consommation, des élevages bovins susceptibles de se reconvertir, des possibilités de diversification en vente directe et une disponibilité fourragère qui pourrait devenir un atout face au changement climatique. Crédits : © D. Hardy

Historiquement peu présente dans les Hauts-de-France, la chèvre y gagne progressivement du terrain. Avec près de 8 000 chèvres et environ 70 producteurs, la filière reste modeste. Mais entre les reconversions d’élevages bovins, une demande locale en produits fermiers et un climat qui pourrait devenir plus favorable à l’élevage caprin, la région dispose de plusieurs cartes à jouer. Reste à transformer ces initiatives dispersées en véritable bassin de production.

Au pays du maroilles, la chèvre fait doucement sa place. Avec un peu moins de 8 000 chèvres recensées en 2024, les Hauts-de-France restent une petite région caprine à l’échelle nationale. La filière rassemble environ 70 producteurs, dont une dizaine de livreurs de lait et une soixantaine de fromagers fermiers. Une implantation encore confidentielle, dans une région historiquement associée davantage aux élevages bovins laitiers et aux grandes cultures qu’à la production de lait de chèvre.

Cette faible implantation se retrouve dans les habitudes de consommation. D’après les données de FranceAgriMer issues du panel Worldpanel by Numerator, la zone Nord figure parmi les régions françaises où le fromage de chèvre est le moins consommé. Cette zone représente moins de 7 % de la consommation nationale de fromages de chèvre et moins de 4 % de celle des yaourts au lait de chèvre pour une zone rassemblant environ 9 % de la population française.

Les Hauts-de-France ont pourtant connu une période de forte dynamique autour du lait de chèvre bio. Pendant une dizaine d’années, la coopérative La Prospérité fermière a assuré, pour le compte d’Eurial, la collecte de lait de chèvre biologique auprès d’éleveurs de la région. « On a produit jusqu’à 13 % du volume national de lait de chèvre bio », rappelle Lucille Lutun, de Bio en Hauts-de-France.

La baisse de la demande en lait de chèvre biologique a toutefois conduit Agrial à arrêter cette collecte auprès d’une dizaine de producteurs. Une partie d’entre eux a dû se déconvertir, affaiblissant la dynamique collective qui s’était progressivement constituée autour de cette production.

Cette expérience a néanmoins contribué à structurer un réseau régional. Lucille Lutun avait notamment mis en place une animation spécifique pour les livreurs caprins bio, avec des voyages d’étude et la création d’une « Capri’lettre » en lien avec Avenir Conseil Élevage, désormais rassemblé avec d’autres structures au sein de Virtuoz. Malgré l’arrêt de la collecte bio, les liens entre éleveurs n’ont pas complètement disparu. Un groupe WhatsApp, créé à l’origine pour échanger autour de la valorisation des chevreaux, continue ainsi de fonctionner en réseau sur des sujets aussi variés que le Caev ou le pâturage.

Des reconversions pour contourner le frein du foncier

Les producteurs caprins sont parfois d’anciens éleveurs de bovins laitiers. Ces agriculteurs déjà installés disposent de bâtiments, de terres et de surfaces fourragères, mais souhaitent changer de production. Même si la chèvre n’est pas une petite vache, cela permet à des producteurs de se lancer dans une région où l’accès au foncier agricole est particulièrement difficile.

À l’inverse, de petits élevages fromagers disposant parfois de quelques hectares et s’appuient davantage sur des parcours ou un accès extérieur que sur de véritables surfaces de pâturage. « Il n’y a pas besoin d’avoir 50 hectares pour élever des chèvres », souligne Thomas Wartel, conseiller caprin indépendant des Hauts-de-France. Ces systèmes n’en restent pas moins sensibles au prix des aliments et à la capacité des éleveurs à trouver des débouchés commerciaux rémunérateurs.

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Des débouchés locaux à développer

Les producteurs fermiers peuvent en revanche compter sur un terreau favorable : les Hauts-de-France disposent d’une véritable culture des produits fermiers et de la vente directe. L’Association régionale des vendeurs directs de produits fermiers (ARVD) accompagne ainsi les producteurs, organise notamment un concours de fromages lors du salon Terres en fête, près d’Arras, et a développé des panneaux permettant d’identifier les fermes avec vente directe.

Vente directe, marchés, magasins de producteurs, accueil pédagogique, restauration à la ferme ou hébergements insolites : les possibilités de diversification sont nombreuses pour les petits élevages fromagers. La région offre aussi un potentiel de clientèle important, avec près de six millions d’habitants. Les fermes caprines peuvent notamment trouver dans l’accueil du public et les activités pédagogiques un moyen de créer du lien avec des consommateurs encore peu familiers de la chèvre.

La valorisation des chevreaux constitue un autre sujet sur lequel des initiatives apparaissent. La mise en place d’une collecte par la SARL Auburtin, négociant et abatteur des Deux-Sèvres, a notamment simplifié la gestion des chevreaux pour les éleveurs des Hauts-de-France. Certains tentent également de développer des débouchés locaux en vente directe. De l’autre côté de la frontière, l’initiative menée par le Collège des producteurs en Wallonie, qui a permis d’écouler environ 200 chevreaux dans des supermarchés Cora, montre qu’il existe des pistes pour rapprocher production et consommation.

Une future zone de production dans un climat qui change ?

Et si le réchauffement climatique contribuait finalement à rebattre les cartes ? Alors qu’une grande partie de la France a subi cet été un enchaînement de canicules et de sécheresses, les Hauts-de-France ont conservé des conditions plus favorables à la pousse de l’herbe et à la production fourragère.

Le défi est désormais de passer d’une addition d’initiatives individuelles à un véritable bassin de production, avec son accompagnement, ses débouchés et son identité. Dans les Hauts-de-France, la chèvre n’est peut-être encore qu’une petite filière mais elle pourrait bien être une filière d’avenir.

Un foncier particulièrement disputé

Dans les Hauts-de-France, la question du foncier prend une dimension particulière. Dans certaines zones, les terres agricoles sont très recherchées par les producteurs de pommes de terre ou par les projets de méthanisation. À cela s’ajoute une pratique illégale consistant, pour le nouvel exploitant, à verser un « droit d’entrée » au locataire sortant, voire dans certains cas au propriétaire. Appelée selon les secteurs « arrière-fumure », « chapeau », « droit de reprise » ou « pas-de-porte », cette pratique peut représenter plusieurs milliers d’euros par hectare, voire dépasser 10 000 euros/ha dans les Flandres.

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