À la station de Crécom, un essai a comparé du caillebotis partiel couplé à une distribution d’anas de lin à un sol caillebotis intégral. Résultats : moins de caudophagie, mais une propreté des animaux dégradée.
Face au risque d’une remise en cause du caillebotis intégral et à la généralisation attendue des porcs à queue non coupée, la chambre d’agriculture de Bretagne a souhaité explorer des solutions adaptables aux bâtiments existants.
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Un essai mené à la station expérimentale de Crécom a comparé, du post-sevrage à l’engraissement, un système en caillebotis partiel associé à une distribution quotidienne d’anas de lin, à un système classique en caillebotis intégral. L’objectif était de réorganiser l’espace de vie des porcs en créant une zone de confort sur sol plein, couvrant 30 % de la surface de la case, afin de favoriser le maintien des porcs à queue entière. Le bilan est contrasté : des résultats encourageants sur la caudophagie. Mais la propreté des animaux reste un point de vigilance.
Plus de bien-être en post-sevrage
Pour s’adapter aux contraintes du bâtiment existant, la zone pleine était aménagée, en post-sevrage, avec des tapis en caoutchouc de 6 mm d’épaisseur sur deux mètres de largeur (205 € HT/ml). En engraissement, des plaques en plastique rigide permettaient d’obturer une partie des caillebotis béton, pour un coût d’environ 50 €/m², soit 125 € par case. Le suivi a porté sur l’état des queues, la propreté des animaux et l’impact environnemental. En post-sevrage, l’effet est net : à la sortie, 82 % des porcs logés sur caillebotis partiel avec anas de lin présentaient une absence de lésion de queue, contre 54 % en témoin. L’association d’une zone de confort et d’un enrichissement semble donc jouer un rôle protecteur durant cette phase sensible. En engraissement, l’avantage s’est maintenu jusqu’au jour 42 (91 % de queues quasiment intactes, contre 84 % en témoin) mais n’est plus statistiquement significatif. Au premier départ, l’écart se resserre encore (88 % contre 84 %). Le bénéfice observé en post-sevrage semble donc s’atténuer avec le temps. Revers de la médaille : la présence d’une zone en sol plein s’accompagne d’une dégradation de la propreté des animaux, observée dès le post-sevrage et confirmée en engraissement à J42 et lors du premier départ. La gestion de la propreté du tapis en post-sevrage devient notamment plus délicate en fin de période, lorsque l’intérêt thermique du tapis diminue et que la séparation entre les différentes zones de vie devient moins nette. En engraissement, la zone pleine constituée de caillebotis bouchés par des plaques en plastique semble être utilisée comme aire de repos en début de période. Mais cette organisation se dégrade ensuite avec l’augmentation du poids des animaux. Sur le plan zootechnique, aucun effet n’est observé en post-sevrage. En engraissement, le GMQ est en revanche supérieur sur caillebotis partiel : 1 053 g/j contre 982 g/j en témoin au premier départ (+ 71 g/j, effets du sexe et du poids d’entrée pris en compte). L’origine de cette amélioration reste difficile à expliquer. Elle pourrait être liée à un meilleur confort ou à une utilisation différente de l’espace.
Performances environnementales préservées
Côté environnemental, les émissions gazeuses et particulaires ont été suivies en engraissement. Si l’ajout d’un sol plein pouvait laisser craindre une dégradation de l’ambiance, cette hypothèse ne s’est pas vérifiée dans les conditions de l’essai. Les concentrations en ammoniac dans l’air sont restées comparables entre les deux modalités (9 à 11 ppm selon les bandes), tout comme les émissions gazeuses par porc et par jour : ni l’azote ammoniacal, ni le protoxyde d’azote, ni le méthane n’ont été influencés par le type de sol. Ces résultats s’expliquent probablement par le raclage fréquent des zones pleines et par la présence d’un système de raclage à plat des fosses, favorable à la limitation des émissions.
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Travail : un bilan globalement positif
Le volet travail, exploré via des entretiens semi-directifs avec les cinq salariés de la station, apporte un éclairage complémentaire. En post-sevrage, les techniciens rapportent une vraie zone de confort thermique pour les animaux, avec peu d’interventions de raclage nécessaires en cours de bande ; seule la dernière semaine avant le départ reste délicate pour le maintien de la propreté des tapis. En engraissement, les craintes initiales sur la propreté des animaux élevés sur caillebotis partiel se sont confirmées. Les salariés se disent néanmoins globalement satisfaits du dispositif, notamment pour la gestion des porcs à queue longue. Le raclage des zones pleines se concentre surtout sur la première moitié de l’engraissement. La principale difficulté porte sur la gestion des effluents mélangés à l’anas de lin, qui impose une seule distribution par jour, au lieu de deux prévues initialement. Au global, sur les deux bandes réalisées, les quantités d’anas de lin distribuée s’élèvent à environ 39 g/porc/jour en post-sevrage (1,25 kg/porc sur la période, soit 0,61 €/porc), et à 63,5 g/porc/jour en engraissement (3,12 kg/porc, soit 3,12 €/porc). Ces coûts correspondent aux conditions d’achat de l’essai. Des tarifs plus avantageux peuvent toutefois être envisagés sur le terrain, selon les modalités d’approvisionnement et les volumes achetés.
Claire Walbecque, [email protected]
Claire Walbecque, chambre d’agriculture de Bretagne
Cet essai confirme l’intérêt du caillebotis partiel associé à une distribution d’anas de lin pour accompagner l’élevage de porcs à queue entière. Reste toutefois un point de vigilance bien identifié : la propreté des animaux, véritable bête noire du caillebotis partiel. La suite des travaux devra donc porter sur l’optimisation des conduites d’élevage et de la conception des cases, afin de préserver les bénéfices observés tout en facilitant le maintien de la propreté. Un travail qui devra intégrer une réalité de terrain : les possibilités d’aménagement sont bien différentes entre un bâtiment conçu dès l’origine pour ces nouveaux usages et un bâtiment existant à adapter.
Le saviez-vous ?
Un matériau de fouissage absorbant L’anas de lin est constitué de tiges coupées en petits morceaux. Ce choix répondait à un compromis recherché : proposer sur un sol plein un matériau de fouissage attractif pour le porc tout en limitant les risques de colmatage associés à un système sur caillebotis. Grâce à ses fibres courtes, son fort pouvoir absorbant et sa faible teneur en poussières, l’anas de lin semblait mieux adapté que la paille à cet usage.
Côté web
Ces résultats sont issus du projet BâtiPorc C4E piloté par l’Ifip, cofinancé par le fond Casdar et en partenariat avec les chambres d’agriculture de Bretagne et de Pays de la Loire.