Depuis sa création en 1969 dans l’Ain, le Gaec de l’Orme a connu plusieurs générations d’associés et de nombreuses évolutions de son élevage porcin. L’arrivée de Dorine Chamonal s’inscrit dans cette dynamique : organisation du travail, confort des animaux et nouveaux investissements sont au cœur des projets.
Créé à Saint-Martin-du-Mont en 1969, le Gaec de l’Orme fut l’un des premiers groupements du territoire, à l’origine familiale et multi-ateliers : bovins lait, viande et porc. « L’atelier porcin comblait le reste. Quand j’ai repris, se souvient Gilles Brenon, c’était à condition qu’on arrête les vaches. C’était en 1998, juste avant la vache folle, on a eu le nez creux. » L’atelier porcin a depuis prospéré. Il est passé de 180 à 320 puis à 400 truies.
Les membres du Gaec se sont renouvelés régulièrement, en dehors de la famille d’origine, avec l’arrivée de Reynald Grobon (2003) puis de Matthieu Troiano (2009). Le dernier changement en date étant le départ de Roger Grange, pallié par l’arrivée de Dorine Chamonal.
Un stage de préinstallation
C’est une tradition ici, chaque futur associé commence par un stage de préinstallation. Comme un droit à l’essai « pour savoir si le projet convient et si on peut coconstruire les choses. L’associé a accès à tout, y compris aux comptes. On l’intègre directement dans l’idée qu’il ou elle devienne associé, sinon, autant prendre un salarié ! », résume Gilles, désormais l’aîné des associés. Habituellement ce stage dure un an. Dans le cas de Dorine, Covid oblige, il a duré 18 mois. La nouvelle associée s’est installée officiellement le 1er janvier 2022.
La jeune femme semble parfaitement bien intégrée dans le collectif. « Mes associés m’ont fait confiance, laissé de l’autonomie et donné de la visibilité sur tout le fonctionnement », même si près de quatre ans après son installation elle estime « apprendre encore ». Avec le recul elle avoue avoir eu un peu peur « pas à cause de la taille de l’exploitation ou du travail mais de l’implication financière ».
Au fil des années, le Gaec de l’Orme a su trouver une organisation qui convient à chacun. Dorine s’occupe plus particulièrement de l’élevage, de la maternité, de l’insémination. Reynald s’occupe de la vente directe mais il peut aussi remplacer la jeune associée. Gilles et Mathieu ont la charge des travaux extérieurs et de l’entretien des bâtiments. Ce travail en binôme permet de se remplacer en cas de congés ou d’arrêt maladie.
Malgré les écarts d’âge 27, 40, 56 et 60 ans, la bonne entente est de mise. « Dorine nous apporte une approche différente du métier, du rapport à l’animal », reconnaît Gilles. Le fonctionnement est bien huilé, il repose sur beaucoup de réunions informelles autour du café, d’un groupe sur l’application WhatsApp, de réunions plus formelles une fois tous les deux mois.
Les associés sont d’astreinte seulement un week-end sur six car les salariés (trois au total) sont intégrés dans la rotation.
Ce fonctionnement souple permet aussi à chacun de prendre du temps pour exercer des responsabilités, outre Gilles à la chambre d’agriculture, Matthieu est président du CFPPA(1) des Sardières et Dorine vient d’intégrer la commission attractivité d’Inaporc.
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Le Gaec s’étend sur 250 hectares et cultive maïs humide, blé, orge, colza et soja. « Il manque 80 hectares pour être autonome mais on ne peut pas être partout. On trouve des solutions avec des agriculteurs locaux », explique Gilles.
Le naisseur engraisseur produit environ 10 000 cochons par an « pour rester à taille humaine ». Environ 900 porcelets par an sont vendus à un engraisseur local. Les cochons sont abattus près de Bourg-en-Bresse par la maison Carrel dont l’ancrage régional est fort : « Le porc est ensuite vendu chez les bouchers ou la GMS locale, notamment Système U. »
Nouvelle maternité en projet
Depuis trente ans, au fil des mises aux normes, le Gaec ne cesse de faire évoluer son outil. Les bâtiments désormais bien éclairés par des LED, bien isolés, sont chauffés intégralement au bois. « On utilise 275 m3 de plaquettes par an alors qu’on nous avait annoncés 500 », se félicitent les associés.
Et le Gaec va bientôt connaître un nouveau développement. « Nous allons racheter un terrain attenant à la ferme pour construire une nouvelle maternité et lieu de reproduction. Un projet qui coûtera entre 2 et 3 millions d’euros et qui permettra de passer à 500 truies », annonce Dorine.
L’objectif sera d’améliorer le confort des animaux, en investissant des cases mises bas « liberté » plus spacieuses mais aussi de renforcer le confort de travail des éleveurs. Ce nouveau bâtiment va entraîner des modifications dans le rythme d’élevage. « Nous allons passer du sevrage 21 à 28 jours. La nurserie de 6 à 12 kg sera supprimée, on passera au post-sevrage de 8 à 35 kg. » Le Gaec de l’Orme ne dort jamais !
(1) Centre de formation professionnelle et de promotion agricole
Dorine est une locale, une rurale mais hors cadre familial, ses parents n’ont jamais baigné dans l’agriculture. Elle aimait les animaux, au point un temps d’envisager d’être assistante vétérinaire. « Après mon Bac pro en expérimentation animale à Villars-les-Dombes, j’ai opté pour un BTS production animale en apprentissage à l’Établissement Les Sardières à Bourg-en-Bresse et chez un naisseur-engraisseur, Larçon à Saint-Didier. C’est par le bouche-à-oreille que je me suis intéressée à la filière porcine, j’étais la seule dans ma promotion. » Pour enrichir son expérience, elle a ensuite travaillé dans un élevage plein air-transformation (ferme des combettes à Corveissiat). « Ce n’était pas prévu que je m’installe si vite, avoue Dorine, mais quand la place s’est libérée au Gaec, j’ai saisi l’opportunité de faire le stage de préinstallation. »
En 1997, les membres du Gaec ont franchi un cap en démarrant la vente directe. « Nous avions organisé un petit sondage pour savoir qui était prêt à acheter nos produits. La réponse a été encourageante alors on s’est lancé. » Pour assurer le développement de la vente directe, les associés ont décidé de créer une SARL qui se charge de la transformation et de la vente dans une boutique installée dans le village et de confier cette mission à un autre associé : Emmanuel Barbet.
« Nous faisons tout, de la tête à la queue, frais et charcuterie et transformons 4 à 6 cochons par semaine, soit environ 200 par an. Nous vendons aussi du poulet, du veau et des œufs pour compléter », résume Gilles. Une partie de la production est écoulée via un magasin de producteurs collectif (Patur’Ain).