« En décrivant chaque tâche de l'exploitation porcine, nous sommes plus efficaces »

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Chaque salarié d'Alexis Didion a accès à tout moment aux emplois du temps détaillés et aux tâches rédigées sur des espaces numériques partagés. Crédits : © Cooperl

Alexis Didion, chef d’exploitation porcine sur deux sites, accompagné par huit salariés, a choisi de s’appuyer sur les ressources numériques et la répartition des tâches pour optimiser le temps de travail de chaque salarié.

À Corseul et Ploubalay, dans les Côtes-d’Armor, Alexis Didion, a fait le choix d’offrir à ses huit salariés, dont deux apprentis, un environnement de travail organisé et optimisé. Il dirige un élevage naisseur-engraisseur de 600 truies et un site de sélection et de multiplication de 300 truies sous air filtré (génétique Nucleus).

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Les deux sites sont situés à moins de 15 minutes l’un de l’autre et totalisent 250 hectares de cultures, répartis parfois jusqu’à 45 minutes de l’élevage. À 39 ans, l’éleveur a choisi de s’appuyer sur une communication forte pour lui et son équipe de salariés. Il optimise les emplois du temps de ses collaborateurs à la tâche à l’aide de plusieurs outils numériques, de communication ou de synthèse de données.

Un protocole pour chaque tâche

Dans son élevage, chaque tâche est attachée à un protocole. « Le but est de créer des automatismes sur les tâches du quotidien, en favorisant de l’autonomie de mes salariés. » Lors d’un nouveau recrutement, ou si un salarié doit être momentanément remplacé, toutes les tâches sont rédigées, à la manière d’un système qualité en entreprise. Les plannings de l’élevage sont accessibles à tous sous forme de partage numérique. Cela permet de prendre en main rapidement les tâches, avec une plus grande autonomie. Pour l’éleveur, « un élevage bien pensé ne doit pas contenir de personne indispensable, les tâches doivent être simples et permettre d’amener à de l’excellence technique sans trop de difficultés ». Par exemple, en maternité, l’éleveur a défini qu’il fallait prendre la température des truies après mise bas, matin et soir pendant 48 heures au moins, en ajustant au besoin au terme de ces 48 heures. Ce protocole leur permet de détecter tout de suite un problème s’il y en a. L’éleveur garde en tête un leitmotiv, qui le pousse à optimiser au mieux son temps de travail et celui de ses salariés : « cinq minutes par jour, c’est 30 heures par an ». Fort de son expérience technique acquise depuis qu’il a été apprenti, à ses 16 ans, et de sa connaissance de la conduite en 5 bandes, il connaît le « temps constructeur », c’est-à-dire le temps nécessaire à la réalisation de chaque tâche. « Dans une journée de 7 heures pour un salarié, je compte 6 heures de temps constructeur et 60 minutes liées aux aléas. »

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Communiquer en groupe

Pour communiquer au sein de l’exploitation, l’éleveur a mis en place des discussions sur l’application WhatsApp, une par site de l’exploitation, pour que toute l’équipe puisse être au courant du déroulement des évènements. Ces discussions sont utilisées quotidiennement par l’éleveur et ses équipes. « Pour le transfert de porcelets, le départ de cochettes, le départ de charcutiers, la livraison de semences, la livraison de produits vétérinaires, tout le monde à la même information au même moment. » La mise en place de ces groupes de discussion ne remplace pas les échanges en présentiel, au quotidien et pour cerner les besoins des collaborateurs. De plus, des réunions entre tous les collaborateurs et l’éleveur sont mises en place tous les quatre mois pour échanger sur les résultats techniques des quatre derniers mois et sur les perspectives et stratégies à venir. Ces réunions sont faciles à organiser grâce à l’utilisation d’indicateurs enregistrés numériquement consultables à tout moment par l’éleveur, notamment par les synthèses de résultats des applications techniques MyFarm et Csuite.

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Indicateurs automatisés

« Tous les indicateurs de l’élevage sont regroupés dans mon téléphone », affirme l’éleveur, en montrant les fichiers Excel partagés, lui permettant de mettre à jour en temps réel chaque information, et ainsi de gagner du temps avec les GTE et G3T. « J’utilise d’autres applications comme Ginkgo pour la gestion des cultures avec Quentin, mon collaborateur en charge de cette partie. Ainsi, je suis au courant directement de ce qui est réalisé sur la partie cultures, sans avoir forcément besoin de faire des bilans tous les jours. » Tout est synthétisé au sein d’applications dans son téléphone, et disponible pour les salariés sur leur téléphone ou tablette au sein de l’élevage fournis par l’éleveur. Malgré l’utilisation du numérique dans son exploitation, l’éleveur garde à l’esprit que ces outils sont des aides, pour gagner du temps, mais qu’ils ne doivent pas être utilisés seuls. « Les automatisations, il ne faut pas se reposer à 100 % dessus, mais ça aide vraiment à gagner du temps. Le principal de notre métier reste l’observation des animaux, c’est l’indicateur le plus fiable. »

Un effectif pensé pour éviter les surcharges

L’éleveur a fait le choix de s’entourer de huit salariés pour conserver une organisation souple sur les journées de ses collaborateurs. « L’élevage peut tourner à cinq personnes pendant quelques semaines, mais à huit, cela permet d’être beaucoup plus flexible et de ne pas surcharger les journées », détaille-t-il. Cette flexibilité permet aussi de mieux gérer les aléas liés aux salariés au sein de l’équipe : prise de congés parfois au même moment, arrêt maladie possible… « En comptant les congés et les possibles arrêts maladies, on peut compter une personne effective de moins, c’est-à-dire qu’on passe facilement de huit à sept personnes. » Les moments plus intenses, principalement en début de semaine liés à la conduite en bande sont compensés par des tâches réalisées en binôme pour limiter la pénibilité. « J’ai été moi-même salarié d’élevage, j’essaie de créer les conditions que j’aurai aimé avoir à ce même poste », explique l’éleveur. Aujourd’hui, cette organisation permet à Alexis Didion d’être sur la partie opérationnelle de l’élevage tous les matins et de se libérer les après-midi pour réaliser des rendez-vous avec les partenaires et organiser la stratégie de l’élevage. Ce fonctionnement est rendu possible par l’implication de son équipe au quotidien à qui il peut déléguer les tâches sur les deux élevages.

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Mélinda Buisson, responsable gestion des compétences de la Cooperl

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Mélinda Buisson, responsable gestion des compétences chez Cooperl © M. Buisson

« J’accompagne les éleveurs sur leurs problématiques autour du travail, de l’organisation et du management. Nous partons toujours d’une demande de la part de l’éleveur, qui souhaite par exemple pouvoir gagner du temps, prendre du recul et/ou entamer un travail de stratégie au niveau de l’exploitation. Nous réalisons un audit en élevage pour bien comprendre le fonctionnement de l’élevage, de l’éleveur et de l’équipe salariale. Puis, un plan d’action est établi en fonction des objectifs de l’éleveur, qui peut être une action « one-shot » ou un suivi sur le long terme. Dans beaucoup de cas, ce plan d’action consiste à mettre en place des plannings, ainsi que des rituels qui sont très importants pour la communication au sein de l’équipe. Je réalise également beaucoup d’études de temps. Nous savons combien de temps doit prendre une tâche et allons regarder quelles sont les tâches qui demandent plus de temps que prévu, afin de pouvoir mieux les optimiser. Cette démarche d’accompagnement est toujours réalisée à la demande de l’éleveur et est construite autour d’un besoin. L’éleveur doit lui, être prêt à se remettre en question, au même titre que ses salariés qui doivent être inclus dans la démarche. Sans ces conditions réunies, il n’est souvent pas possible d’avancer sur les objectifs d’optimisation du temps. »

FICHE ÉLEVAGE

Boca : groupement des 8 collaborateurs des deux élevages

Alexis Didion

8 salariés

1 site naisseur-engraisseur et 1 site de sélection et multiplication

900 truies : 100 en sélection, 200 en multiplication, 600 en naisseur-engraisseur

250 ha

Conduite en 5 bandes sur chaque site, équivalent au total à une conduite 10 bandes

25 000 porcs charcutiers par an

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