Accord UE-Mercosur : quel premier bilan des échanges agricoles et alimentaires ?

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Nelson Illescas, porte-voix de ce lobby de grands fermiers sud-américains qu’est le Groupe des producteurs du sud Crédits : © MHA

Certes, les échanges agroalimentaires ont progressé entre le Mercosur et l’UE depuis l’entrée en vigueur de l’accord. Mais ils n’ont pas atteint des niveaux démesurés dans l’ensemble. Reste la ruée vers les quotas de bœuf, ovoproduits et miels. Du côté de l’UE vers le Mercosur, les volumes ont au contraire reculé.

Impossible d’attribuer à ce seul accord commercial la performance globale des échanges agro-alimentaires réalisés entre l’Union européenne et le Mercosur au bout du trimestre mai-juillet 2026, le premier de son application depuis le 1er mai dernier, comparée à la performance moyenne des cinq saisons précédentes sur la période retenue (+9% en volume, +4,5% en valeur, selon les chiffres d’Eurostat tombés le 15 septembre).

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Cette comparaison est faussée au niveau des volumes, d’une part, car les fèves et les tourteaux de soja importés d’Amérique du Sud vers l’Europe pèsent lourd dans ces échanges. Détaxés depuis belle lurette, leur dynamique positive actuelle ne doit rien à cet accord. Au niveau des valeurs, d’autre part, la comparaison est elle aussi biaisée par la forte hausse, récente, des prix du bœuf sur le marché mondial.

Aucun flux commercial hors norme entre l’UE et le Mercosur

Cette pondération faite, aucun flux commercial hors norme n’a été constaté depuis l’entrée en vigueur de l’accord. Et ceci sur aucune des « 5 104 nomenclatures qui ont vu leur tarif douanier totalement éliminé dès le 1er mai », comme l’a rappelé, à Rosario, au congrès de l’association argentine des producteurs en semis direct (AAPRESID), le 5 août dernier, l’attachée commerciale de l’ambassade de l’UE en Argentine, l’Espagnole Inmaculada Montero Luque. Elle y a précisé qu’il s’agit de : « 5 104 nomenclatures sur les 9 376 comprises par l’accord, dont 317 font l’objet de quotas tarifés. 106 en sont exclues ». Cet accord remplirait ainsi, d’entrée de jeu, son rôle de grande mécanique régulatrice, aux antipodes du libre-échange énoncé, juge-t-on de l’autre côté du globe.

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Hormis la ruée attestée sur les quotas (bœuf, ovoproduits, miel), cet accord avec le Mercosur aurait donc eu un effet immédiat global a priori nul sur le commerce.

Les exportations européennes vers le Mercosur limitées malgré l’accord

Dans le sens inverse, de l’Europe vers le Mercosur, les quantités de biens agricoles accusent même une étonnante contre-performance de -35,9% en volume, et une performance de + 4,5% en valeur, au bout de ce trimestre inaugural mai-juillet 2026, toujours par rapport à la moyenne quinquennale précédente.

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Au passage, le détail pays des chiffres d’Eurostat rappelle à toutes les PME de France et de toute l’UE, la proportion gigantesque du Brésil dans ce marché ouvert à elles, depuis peu, qu’est le Mercosur : grosso modo 80% du gâteau.

« Cet accord avec l’Europe est un accord du monde d’avant, de ceux qui ne se font plus. Profitons-en à plein »

À Rosario, le représentant du gouvernement de Javier Milei, Agustín Tejeda, a dit que : « Cet accord avec l’Europe est un accord du monde d’avant, de ceux qui ne se font plus. Profitons-en à plein », a-t-il lancé à l’auditoire du congrès d’AAPRESID.

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Miels, bœuf et ovoproduits ont suscité les convoitises

Pour Nelson Illescas, porte-voix de ce lobby de grands fermiers sud-américains qu’est le Groupe des producteurs du sud : « La ratification parlementaire de l’accord en temps record, et dans la foulée, par l’ensemble des quatre pays du Mercosur, en ce début d’année, a surpris tout le monde, nous compris ! admet-il. Les entreprises d’Argentine et d’Uruguay étaient semble-t-il mieux préparées. On l’a vu en miel et en ovoproduits avec des quotas trimestriels couverts en moins d’une semaine par une poignée de PME au jus », nous a-t-il dit.

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La pleine utilisation des nouveaux quotas ouverts par l’UE est vraie, aussi, en bœuf. À ce titre, les récents déboires commerciaux de l’origine brésilienne en Europe à cause du « dossier antibiotiques » favorisent, bien entendu, à court terme, toutes les autres origines en bœuf du Mercosur.

En fruits et légumes, pas de bond des envois européens 

En fruits et légumes, l’application de l’accord a eu un impact nul sur le marché argentin. Le chef du service des statistiques du Marché central de Buenos Aires, le plus gros MIN du pays, Oscar Liverotti, n’a remarqué « aucune importation d’origine européenne en hausse particulière depuis le 1er mai ».

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De janvier à juillet 2026, il fait état d’importations minimes habituelles de contre-saison provenant d’Espagne, en prunes, oranges et nectarines, et des kiwis d’Italie. « Il s’agit de marché de niche pour l’hôtellerie et la restauration haut de gamme à Buenos Aires. La signature de l’accord avec l’UE n’y a rien changé », dit-il.

Du machinisme allemand et des fromages français en perspective ?

L’attaché agricole de l’ambassade d’Allemagne à Buenos Aires, Christoph Neitzel, constate que « le nouveau quota de bœuf ouvert par l’UE se remplit comme prévu, étant limité. Il s’agit de viande consommée, en Allemagne, hors domicile par celles et ceux qui peuvent se l’offrir ».

Selon lui, les PME allemandes sont à l’affût des opportunités ouvertes par l’accord dans les secteurs des semences, pharmaceutique et machinisme agricole. « L’accord peut aider nos PME européennes à contrecarrer la concurrence chinoise féroce qui a débarqué en Argentine de fraîche date », juge-t-il.

« Il serait actuellement bien plus avantageux d’exporter des fromages européens vers le Mercosur, plutôt que l’inverse »

Sur le front diplomatique français, depuis Buenos Aires, le chef du service économique régional Cône Sud, Stéphane Tabarié, nous a fait part d’échos entendus auprès des groupes Danone et Savencia selon lesquels « il serait actuellement bien plus avantageux d’exporter des fromages européens vers le Mercosur, plutôt que l’inverse ».

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