Aller au contenu principal

Projet de loi d’urgence agricole : que contient le texte envoyé au Conseil d’Etat ?

La version du projet de loi d’urgence agricole transmis par le gouvernement au Conseil d’Etat a fuité dans la presse. Reussir.fr vous en livre ses principales mesures.

Chemin agricole entre parcelles de terre dans la Marne
Le projet de texte pour l’heure appelé « loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricole » compte finalement une vingtaine d’articles dont une partie sur le foncier et une autre sur le revenu des agriculteurs.
© JC Gutner

 

 


 

Une première version du projet de loi d’urgence agricole 

Après avoir terminé sa phase de consultation avec les syndicats agricoles, le gouvernement a transmis ce lundi 9 mars une première version du projet de loi d’urgence agricole au Conseil d’Etat. Le texte consulté par Contexte, et dont nous avons obtenu une copie avec nos confrères d’Agra Presse, comporte plus de 20 articles et s’ouvre à des thématiques non évoquées au départ par Sébastien Lecornu, comme le foncier (le Premier ministre l’avait annoncé au salon de l’Agriculture) et les relations commerciales. 

Reussir.fr vous éclaire sur ce que le projet de texte pour l’heure appelé « loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricole ». 

Relire : Loi d’urgence agricole ou de simplification ? Suspension de la MACF oubliée ? Les céréaliers s’inquiètent au salon de l’agriculture

 

Des « projets d’avenir » intégrés par le projet de loi d’urgence agricole 

Comme promis par Sébastien Lecornu, les plans et contrats d’avenir, idée portée par les Jeunes agriculteurs, sont inscrits au Titre 1er du texte. Le projet de texte stipule que « pour répondre aux objectifs et aux priorités issus des conférences de la souveraineté alimentaire, des « projets d’avenir agricole », initiés et portés par les acteurs économiques du territoire, sont conclus ». Ils pourront concernés une ou plusieurs régions. Et « l’accompagnement, notamment financier et administratif, des acteurs portant ces projets labellisés (par des comités de pilotage régionaux, ndlr) » sera « priorisé par l’Etat et les collectivités ». 

Relire : « Nous voulons quelques milliers de contrats d’avenir signés d’ici la fin de l’année », demandent les Jeunes agriculteurs

 

Des mesures pour protéger contre la concurrence déloyale dans le projet de loi d'urgence agricole 

Face aux concurrences déloyales dénoncées par les agriculteurs, le projet de loi d’urgence agricole prévoit plusieurs mesures dont la suspension de l’importation sur le marché français de denrées contenant des résidus de substances interdites dans l’Union européenne. Et ce dans un délai de deux mois à compter de l’entrée en vigueur de l’interdiction. 

Le texte prévoit par ailleurs, dans son article 4, « d’interdire de proposer dans les repas servis dans les restaurants collectifs publics des produits non issus de l’Union européenne », sauf « en cas d’absence d’offre pour un produit particulier dans les quantités demandées ». 

Une mesure qui aurait peu de chances de passer en Conseil d’Etat, selon nos confrères d’Agra Presse, sachant qu’un travail est mené en parallèle au niveau européen.

Lire aussi : « Avocats, mangues, goyaves, agrumes, raisins et pommes d’Amérique du Sud ou d’ailleurs ne pourront plus entrer sur le territoire national », promet Sébastien Lecornu

 

Simplification des normes : quelles mesures proposées par le projet de loi d’urgence agricole ? 

Comme annoncé par Sébastien Lecornu en janvier, le projet de loi d’urgence agricole propose des mesures de simplification pour développer le stockage de l’eau pour les agriculteurs ou encore permettre la construction de bâtiments d’élevage. 

Quelles dispositions pour le stockage de l’eau ? 

Dans le projet de loi, le gouvernement propose plusieurs dispositions visant à sécuriser les projets d'ouvrages de stockage d'eau et les droits de prélèvement. Le texte « rend facultative la réunion publique prévue dans le cadre d’une demande d’autorisation environnementale pour les projets d’ouvrages de stockage d’eau et les prélèvements », comme la loi Duplomb l’a instauré pour les élevages de bovins, porcs ou volailles soumis à procédure d’autorisation environnementale. Un autre article prévoit que le ministre de l’Environnement puisse, « sur saisine du préfet compétent, autoriser par arrêté ce dernier à déroger aux règles du schéma d’aménagement et de gestion des eaux pour autoriser des projets d’ouvrages de stockage d’eau ». Par ailleurs, en cas d'annulation d'une autorisation de prélèvement par un juge administratif, le préfet « peut autoriser des prélèvements à titre provisoire jusqu’à la délivrance d’une nouvelle autorisation et pour une durée qui ne peut excéder deux ans », selon le projet de loi.  

Lire aussi : 350 tracteurs dans Paris : face à la pression Sébastien Lecornu annonce 4 nouvelles décisions

Un nouveau régime remplaçant l’ICPE pour les élevages 

Comme prévu dans le projet de loi Dadue, et promis par le gouvernement dans la lignée de la loi Duplomb, le texte autorise le gouvernement à légiférer par ordonnance, dans un délai de douze mois, afin de créer un nouveau régime (remplaçant l’ICPE) encadrant « la mise en service, le fonctionnement, l’exploitation, le contrôle et la cessation d’activité des élevages d’animaux ». Et ce en assurant la transposition des dispositions de la directive européenne IED

L’ordonnance devra notamment définir « les principes de classement dans une nomenclature » des élevages selon leurs risques et impacts environnementaux. 

Lire aussi : ICPE : la sortie de l’élevage prévue par ordonnance

 

Loi d’urgence agricole : quelles mesures pour le foncier ? 

Sur le foncier, le projet de loi d’urgence agricole prévoit, comme le demandait la FNSEA, que les compensations écologiques en cas de destruction de la biodiversité soient « réalisées en priorité sur des espaces non-productifs ou à défaut sur des espaces à faible productivité ». Et ce « pour limiter les atteintes aux activités économiques des filières agricoles existantes ».  

Le texte prévoit par ailleurs de réformer le code de l’urbanisme pour que les espaces de transition végétalisée (encore appelée « zone tampon ») entre les espaces agricoles et les espaces urbanisés soient situés en dehors des zones agricoles.  

Enfin pour les projets agrivoltaïques, le projet de loi « instaure des amendes en cas d’absence d’étude préalable agricole ou d’absence de mise en œuvre des mesures de compensation collective ». 

Lire aussi : Loi d’urgence agricole : la FNSEA arrive au salon de l’Agriculture avec sa liste de mesures

 

Loi d’urgence agricole : quelles dispositions pour protéger le revenu des agriculteurs ? 

Dans un titre intitulé « renforcer la place des agriculteurs dans la chaine économique pour renforcer leur revenu », le projet de loi d’urgence agricole prévoit que « lorsqu’un producteur ou une organisation de producteurs transmet une proposition de contrat à un acheteur, celui-ci devra être conclu dans un délai maximal de quatre mois à compter de sa réception » (extensible à six mois par accord interprofessionnel). Autre mesure : imposer aux instituts techniques d’élaborer les indicateurs de coûts de production servant à la constitution des contrats si l’interprofession ne le fait pas sous quatre mois. Le texte prévoit aussi « de sanctionner les acheteurs contournant les organisations de producteurs (OP) ou incitant les producteurs à les quitter». 

Expérimenté depuis la loi Egalim 2 dans la filière bovine, le texte étend la possibilité d’avoir recours au principe de tunnels de prix. « Les parties pourront convenir de bornes minimales et maximales, la borne minimale ne pouvant être inférieure aux indicateurs de coûts de production, sauf mention explicite et motivée », peut-on lire dans le texte. 

Lire aussi : Le projet de loi d’urgence agricole n’intégrera pas la PPL Duplomb 2, qui suscite déjà de fortes oppositions


 

Quel calendrier pour le projet de loi d’urgence agricole ?

Le projet de loi d’urgence agricole devrait être présenté début avril en Conseil des ministres puis examiné à l’Assemblée nationale en mai puis en juin au Sénat, selon le calendrier annoncé par Sébastien Lecornu au salon de l’Agriculture.

Lire aussi : Loi d’urgence agricole : le Premier ministre précise le calendrier et ouvre le texte au foncier

Les plus lus

Carte de la situation des eaux superficielles en France au 3 septembre 2026.
Sécheresse 2026 : encore 75 départements en situation de crise, quelles conséquences sur les activités agricoles ?

Après le manque de précipitations en avril, les épisodes caniculaires fin mai, en juin et en juillet, la sécheresse s'accentue…

Haie arrachée en Normandie
Arrachage d’une haie : quelles modalités à partir du 1er octobre 2026 ?

Instauré par la loi d’orientation agricole de mars 2025, le régime unique de la haie et son guichet unique entrent en vigueur…

Transport de paille
Sécheresse : des transports illégaux de fourrages et de paille entre la France et la Suisse constatés dans le Doubs

Alors que la FDSEA du Doubs dénonce un trafic de fourrage entre la France et la Suisse, la préfecture confirme le constat par…

Carte de France des cas de FCO 3 entre début juin et le 10 septembre 2026.
FCO 3 : plus de 700 cas recensés depuis début juin 2026

Le ministère de l’Agriculture recense 885 foyers de fièvre catarrhale ovine de sérotype 3 en France depuis le début du mois de…

Distribution de la ration alimentaire à des broutards charolais dans un élevage allaitant.
Engraissement de bovins allaitants : le Crédit agricole lance une offre de financement au Space 2026

Le Crédit agricole a lancé, le 15 septembre à l’occasion du Space 2026, une offre de financement pour soutenir l’engraissement…

Parcelle agricole touchée par la sécheresse
Sécheresse : le dégrèvement de la taxe foncière sur les propriétés non bâties doit être reversé aux fermiers

Dans une communication, le ministère de l’Agriculture précise les conditions de mise en œuvre du dégrèvement de taxes…

Publicité