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« La fétuque élevée repart toujours après une période de chaud », dans le Maine-et-Loire

Le Gaec de la Jutière, dans le Maine-et-Loire, intègre de la fétuque élevée méditerranéenne dans son mélange prairial. Cette espèce s’adapte aux conditions séchantes et se montre plus appétente que le dactyle utilisé auparavant.

<em class="placeholder">Gilles Onillon, éleveur laitier, dans une prairie avec ses vaches Jersiaises</em>
Gilles Onillon : « La fétuque élevée est bien adaptée à nos terres séchantes et superficielles »
© Gaec de la Jutière

« Pour sécuriser notre bilan fourrager, nous privilégions l’herbe plutôt que le maïs, car nous sommes situés dans une zone très séchante », explique Gilles Onillon, associé en Gaec avec son cousin Olivier. Comme le ray-grass est trop sensible à la sécheresse, les éleveurs se sont tournés vers un mélange à base de dactyle et de trèfles. Mais l’appétence n’était pas au rendez-vous pour les 70 jersiaises. « Le dactyle avait tendance à faire des touffes dures, difficiles à consommer pour les vaches », précise l’éleveur. Il y a trois ans, un conseiller leur a fait découvrir la fétuque élevée qu’ils intègrent en mélange avec du trèfle blanc et violet sur les 37 ha de prairies destinés au pâturage. Cette graminée se met en dormance pour résister à la sécheresse et supporte bien le gel.

La fétuque élevée est implantée dans les prairies destinées au pâturage. La variété utilisée, Rorante, est une fétuque élevée méditerranéenne qui a un démarrage très précoce en sortie d'hiver et est bien adaptée au pâturage, avec des feuilles plus fines et plus souples que les fétuques élevées classiques.

Les valeurs alimentaires de la fétuque ne sont pas forcément les plus élevées, mais les caractéristiques recherchées par les éleveurs sont surtout la pérennité et la résistance aux conditions difficiles, pour assurer un stock d’herbe toute l’année. « C’est toujours impressionnant de voir sa capacité de reprise après l’été », souligne l’éleveur.

Implantation sous couvert pour assurer le développement de la fétuque

La fétuque élevée est peu agressive et a besoin de temps de six et huit semaines pour se développer. « Au début, nous l’avions associée au dactyle, se remémore Gilles Onillon. Mais celui-ci prenait le dessus sur la fétuque. » Les éleveurs ont donc retiré le dactyle du mélange et réalisent un semis sous couvert pour l’implantation des prairies afin d’éviter le salissement et de laisser le temps à la fétuque de se développer. Le semis est réalisé entre septembre et octobre dans des sols plutôt limoneux.

Les éleveurs confectionnent eux-mêmes leur mélange prairial à l’aide de l’outil Herbe-book pour choisir les variétés qui conviennent le mieux à leurs besoins. Il est composé de fétuque élevée méditerranéenne (15 kg/ha), de trèfle blanc (6 kg/ha) et de trèfle violet (3 kg/ha). Le couvert est composé de 20 kg/ha d’avoine et 7 kg/ha de trèfles annuels (squarosum, Micheli, incarnat). Ce mélange est semé en un seul passage à l’aide d’un semoir à dents avec une trémie à double compartiment. Les petites graines sont semées à la volée avec une rampe à l’avant du tracteur, et les grosses graines (avoine) à l’arrière avec le semoir. « Il est important de bien réappuyer le sol après le semis », précise l’éleveur.

 

 
<em class="placeholder">Graine de fétuque élevée</em>
Le mélange prairial, composé de fétuque et de trèfle blanc et violet, est semé sous couvert d’avoine et de trèfles annuels. © G. Onillon

Le coût de semence de fétuque est de 7,30 €/kg, plus élevé que celui du dactyle qui était à 6,75 €/kg. « Au total, le mélange prairial me revient à 190 €/ha de semences auquel il faut rajouter 50 €/ha pour celles du couvert », calcule Gilles Onillon.

La première année, une coupe est réalisée en ensilage au mois d’avril. En plus de protéger la fétuque, la présence d’avoine permet d’assurer du volume. Il va ensuite disparaître avec les trèfles annuels et laisser place à la fétuque et aux trèfles blanc et violet. Les prairies sont ensuite pâturées, l’objectif est de les maintenir cinq ans.

La fétuque élevée valorise bien l’azote. Au Gaec de la Jutière, trente unités d’urée sont apportées avant la fauche. Ensuite, les prairies reçoivent 25 m3 de lisier de porcs (et de vaches selon les stocks) au printemps et aussi à l’automne.

Fiche élevage

2 associés, un apprenti

70 Jersiaises à 6 000 L

TB 61 g/kg ; TP 41 g/kg

Atelier porcin : 100 truies

80 ha dont 12 ha d’orge, 6 ha de maïs, 25 ha de prairies de fauche et 37 ha de pâtures

Les plus Les moins

Les plus

Graminée rustique et productive

Tolérante à l’excès d’eau et à la sécheresse

Démarrage précoce au printemps

Pérennité

Bonne réponse à l’azote (1 kg UN pour 45 kg de MS)

Les moins

Valeurs alimentaires faibles (0,65 UFL et 8 % MAT)

Appétence selon les variétés

Implantation longue

Moins de refus qu’avec le dactyle

 

 
<em class="placeholder">Fétuque élevée </em>
La fétuque élevée se met en dormance l'été. Elle n'est pas impactée par les périodes de sec, ce qui lui permet de bien redémarrer à l'automne. © G. Onillon

Les éleveurs essayent de faire pâturer au maximum les vaches. Les 37 ha sont accessibles depuis le bâtiment et conduits en pâturage tournant. Elles reviennent sur un paddock au bout de vingt-huit jours. Les vaches ont de l’herbe fraîche toutes les demi-journées. « La souplesse des feuilles de la fétuque cumulée avec une bonne gestion du pâturage nous permet d’éviter les refus, ce qui n’était pas le cas avec le dactyle. Nous n’avons pas besoin de faucher après le passage des vaches. » Si la fétuque monte en épiaison, les éleveurs réalisent alors du topping pour garder de la qualité. « L’avantage, c’est qu’elle ne fait qu’un seul épi par an », précise l’éleveur.

Au moment de la destruction de la prairie, le travail du sol se fait sans encombre. Si la parcelle est trop sale, une orge est implantée pendant un an pour la nettoyer.

 

À retenir

Les fétuques élevées méditerranéennes ont des feuilles plus souples que les fétuques élevées classiques : cela les rend plus appétentes et plus adaptées pour le pâturage

Avis d’expert – Bruno Osson, expert prairies Semae

 
<em class="placeholder">Bruno Osson</em>
Bruno Osson © B.Osson

« Attention à l’appétence au pâturage »

« Une talle de fétuque élevée est composée de deux feuilles vivantes. Leur durée de vie est de trente-quatre jours. Les dix-sept premiers correspondent à la croissance des feuilles. C’est là qu’elles vont être le plus appétentes. Les dix-sept jours suivants, la plante va développer des phénols pour se protéger et fixer la silice du sol, ce qui durcit les feuilles et rend la fétuque moins appétente. Lorsqu’elle est récoltée, ce phénomène n’impacte pas le fourrage. Les feuilles meurent rapidement, ce qui permet de garder une bonne valeur alimentaire, quasiment identique avant et après la fauche. Mais au pâturage, il est important que les vaches passent sur les parcelles pendant les dix-sept premiers jours. Cela implique de revenir rapidement sur les paddocks. Les sélectionneurs ont travaillé sur des types de fétuques dotées de feuilles plus souples. La fétuque élevée méditerranéenne est à privilégier pour une utilisation au pâturage. »

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