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Comptes de l'agriculture 2025 : des prix bas qui plombent les résultats en grandes cultures malgré la bonne récolte

En 2025, les grandes cultures retrouvent des volumes, mais pas des revenus. Les comptes prévisionnels montrent que le rebond des récoltes est largement neutralisé par la chute des prix, prolongeant l’effet ciseau qui pèse sur les marges. Les syndicats céréaliers alertent sur une troisième année consécutive de résultats négatifs.

<em class="placeholder">Parcelle semée en grandes cultures en novembre dans les Deux-Sèvres.</em>
Pour les professionnels de la filière, « l’effondrement économique des céréaliers français est l’ultime révélateur du déclin agricole français.»
© MC. Bidault

Si les comptes prévisionnels de l’agriculture 2025 publiés par l’Insee annoncent une augmentation de la production agricole française de 3,7 %, le constat apparaît plus nuancé en grandes cultures. La production végétale (grandes cultures, vigne, fruits et légumes) augmente seulement de 0,6 %, le redressement des volumes (+ 3,5 %) atténuant la baisse des prix (-2,8 %). Dans cet ensemble, les grandes cultures se distinguent par une hausse plus forte des volumes et des prix qui reculent plus lourdement.

Une situation qui alimente l’inquiétude des associations spécialisées de la FNSEA. Dans un communiqué publié le 16 décembre, l’AGPB (Association générale des producteurs de blé), l’AGPM (Association générale des producteurs de maïs) et la FOP (Fédération française des producteurs d’oléagineux et de protéagineux) estiment que ces chiffres confirment « pour la seconde année consécutive un décrochage massif de la filière céréalière, avec les revenus les plus bas, toutes filières agricoles confondues ».

Un net rebond des récoltes de céréales et oléoprotéagineux

Après la mauvaise récolte 2024, les volumes de céréales repartent à la hausse (+ 16,3 %), portés notamment par le blé tendre (+ 30 %) qui retrouve des rendements conformes aux moyennes. Les oléagineux (+ 9,5 %) et les protéagineux (+ 18,9 %) suivent la même trajectoire.  Toutefois, les pics de chaleur et le stress hydrique de l’été 2025 ont pénalisé les récoltes de maïs (-9,7 %), ainsi que celles de sorgho, de tournesol et de soja.

Des prix en fort recul qui limitent le gain économique en grandes cultures

En parallèle, dans un contexte de production mondiale très abondante, le prix des céréales recule à nouveau fortement en 2025 (-10,5 %). Cette diminution concerne de manière comparable le blé tendre, le maïs et l’orge. Les protéagineux enregistrent une chute encore plus marquée (-15,8 %), sous l’effet d’une production en hausse, d’une substitution par des oléagineux dans l’alimentation animale et d’une concurrence canadienne accrue sur les pois. La baisse est plus contenue pour les oléagineux (-5,0 %), en particulier pour le colza.

Constat est fait par les trois syndicats de producteurs que l’érosion des prix atténue fortement l’effet positif des volumes supplémentaires sur le chiffre d’affaires des exploitations de grandes cultures.

Une contribution positive, mais limitée, des grandes cultures à la reprise agricole

Dans les comptes prévisionnels, cette tension entre volumes et prix en grandes cultures se reflète dans la contribution faible de la filière à la reprise agricole globale. Les céréales apporteraient 0,4 point à la hausse de la production totale en valeur entre 2024 et 2025, tandis que les oléagineux et protéagineux contribueraient pour 0,1 point. Ces apports restent inférieurs à ceux des productions animales.

Pour la profession, cette situation n’est pas sans conséquences structurelles. Les syndicats alertent ainsi sur la contraction des surfaces : en dix ans, près de 900 000 hectares de céréales à paille ont disparu en France, dont 680 000 hectares de blé tendre, tandis que la sole de maïs grain a reculé de 550 000 hectares, selon Agreste.

Des charges qui continuent de peser sur les exploitations céréalières

Au final, malgré un retour à des volumes plus élevés, la faiblesse persistante des prix des céréales et des oléoprotéagineux continue de peser sur les marges, d’autant que les charges restent élevées malgré quelques signaux de stabilisation. Les prix des engrais et amendements montrent un repli limité (-2,9 %), tandis que les volumes d’engrais utilisés continuent d’augmenter en 2025 (+ 1,1 %).

Côté énergie, la baisse des prix se poursuit pour la troisième année consécutive, mais à un rythme plus modéré (-1,4 %). Elle résulte principalement du recul du GNR (-11,2 %), en grande partie compensé par la hausse des prix du gaz et surtout de l’électricité (+ 15,7 %).

Le résultat courant avant impôt moyen des exploitations céréalières s’est établi à - 6 800 € par chef d’exploitation en 2024

Dans ce contexte, l’amélioration du revenu dépendra moins du niveau de production que de la capacité des exploitations à maîtriser les coûts et à sécuriser les prix de vente.

D’après les données compilées par l’AGPB à partir des chiffres de la Commission des comptes de l’agriculture, le résultat courant avant impôt moyen des exploitations céréalières s’est établi à - 6 800 € par chef d’exploitation en 2024, après une première année déjà déficitaire en 2023. Et les résultats attendus pour 2025 sont encore négatifs, selon les dernières estimations d’Arvalis.

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