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MAGASIN D'USINE
Le lin normand se réapproprie le « made in China »

Cultiver et teiller le lin dans le Calvados, on sait le faire depuis longtemps. Désormais, on crée des vêtements qui seront fabriqués en Chine pour les vendre localement en Normandie.

Henri Pomikal est à la tête d'une exploitation céréalière sur la plaine de Caen. Sa passion, c'est la culture du lin. Il préside depuis plusieurs années la coopérative linière du Nord de Caen, dont le teillage se situe à Villons- Les-Buissons, à sept kilomètres de la capitale bas-normande. Cultiver et teiller le lin sur ce merveilleux terroir linier se transmet depuis des générations.

Le climat exceptionnel de bordure maritime est naturellement propice à la culture. « L'industrie de la filature de lin a disparu en France, raconte Henri Pomikal. On cultive le lin, on le teille et après on fait comme les autres, on vend la filasse aux Chinois, qui filent, tissent, cousent et réexpédient partout dans le monde leurs vêtements made in China. Nous exportons 80 % des fibres sorties de notre teillage sur la Chine, les 20 % restants sont expédiés sur la Hongrie », seul pays avec la Pologne à encore tisser les filasses de lin en Europe.Se rendant un jour en Chine, chez un des clients qui achète près de 10 % de la filasse de la coopérative, Henri Pomikal commande un lot de chemises pour offrir aux adhérents à l'occasion de l'assemblée générale.


UNE HISTOIRE DE FEMMES...


De retour en France, les épouses des administrateurs questionnent : « Pourquoi uniquement des chemises d'hommes ? » La discussion s'anime au sein du conseil d'administration et la réflexion progresse. « Et si nous dépassions le stade de simple fournisseur de matière première en créant notre ligne de vêtements pour hommes et femmes à des prix abordables. » L'idée de construire une filière complète -- de la filasse au produit fini -- prend forme. La coopérative fera donc fabriquer en Chine, à son nom, sa propre ligne de vêtements et la commercialisera en direct en France. Les hommes se spécialisent dans la culture et l'enroulage d'un lin de qualité. Les femmes -- huit épouses d'administrateurs -- se mobi l i s ent pour imaginer une gamme de vêtements pour hommes et femmes. Elles se font épauler par une école de couture caennaise pour dessiner les patrons.Des prototypes sont réalisés, des couleurs choisies... « Durant dix mois nous avons travaillé avec notre interlocuteur chinois pour ajuster et caler les différents modèles, explique Camille Pomikal, assistante de gestion à la coopérative. Notre fabricant chinois file, tisse et confectionne des vêtements pour des grandes marques de la couture française. »


UN LIN DE QUALITÉ À LINFINI


Un nom de marque est trouvé -- Linfini -- et chaque vêtement est estampillé du logo. Un magasin est aménagé dans un local disponible à côté des bureaux de l'usine normande de teillage. Camille Pomikal prend en charge la boutique, secondée par les épouses des producteurs. La SARL Linfini est créée, elle est détenue par la coopérative (92,5 %) et les femmes d'administrateurs (7,5 %). Le magasin d'usine ouvre ses portes au public début octobre 2009 et le succès est au rendez-vous ! Depuis, l'offre des produits s'est étoffée avec des vêtements femmes et hommes en pur lin, du linge de table, de lit, de toilette, du tissu au mètre... Outre la contribution des épouses au niveau de la création des vêtements et de leur vente, les enfants des producteurs jouent aussi régulièrement les mannequins le temps d'un défilé de mode...


UN COMPLÉMENT À LA COOPÉRATIVE


Quant à la rentabilité de l'affaire, avec une structure légère, la coopérative limite les risques. « Le magasin est autonome sur le plan financier. Le chiffre d'affaires tourne autour de 120000 euros par an. Il est stable ; nous reversons un dividende de 20000 à 30000 euros à la coopérative, en plus de la participation de la SARL aux charges de structure de la coopérative. Cette activité contribue aussi à maintenir notre personnel administratif », précise Henri Pomikal. Pourquoi ne pas envisager une relocalisation complète de l'activité en France ? « En plus du terroir, nous avons acquis un certain savoir-faire en matière de création de ligne de vêtements. Relocaliser une partie des confections en France reste un de nos objectifs, affirme Henri Pomikal. Mais dans l'immédiat, l'expertise de la Chine, sa réactivité et ses faibles coûts de production en font encore un passage obligé... » N'empêche, les vêtements Linfini made in China sont désormais sacrément normands !

Le magasin d'usine Linfini en Normandie !

Carrefour Hell's Corner, 14610 Villons-Les-Buissons.

Tél. 02 31 44 29 64

E.mail : sca.Inc@orange.fr

www.linfini-normandie.eu

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