Canicule 2026 : un impact qui pourrait être majeur sur les cultures de printemps
Face à l’épisode de canicule exceptionnelle que traverse la France, deux écophysiologistes, Jean-Charles Deswartes d'Arvalis, et Sylvain Delzon de l'Inrae, font un point de situation sur les impacts possibles sur les cultures en place. Les inquiétudes sont fortes pour les maïs et tournesols les plus précoces à floraison.
Face à l’épisode de canicule exceptionnelle que traverse la France, deux écophysiologistes, Jean-Charles Deswartes d'Arvalis, et Sylvain Delzon de l'Inrae, font un point de situation sur les impacts possibles sur les cultures en place. Les inquiétudes sont fortes pour les maïs et tournesols les plus précoces à floraison.
Si les cultures d’hiver les plus avancées ont passé le cap critique et sont en train d’être récoltées, la situation apparaît plus incertaine pour les blés tardifs et les orges de printemps encore en phase de remplissage, et surtout pour les cultures d’été comme le maïs ou le tournesol, notamment dans le Sud-Ouest.
Les orges d’hiver et blés précoces hors de danger
Les orges d’hiver sont largement à maturité. Les récoltes sont très avancées, bientôt terminées à l'échelle nationale, et il n’y aura « pas de conséquence des fortes chaleurs sur le plan physiologique », indique Jean-Charles Deswartes d'Arvalis. L’impact se situe du côté des conditions de récolte : les températures élevées et la sécheresse globale imposent de moissonner très tôt le matin.
Le constat est similaire du côté des blés tendres les plus précoces et des blés durs. Les moissons ont déjà commencé dans le tiers sud et le seront bientôt dans le Centre-Val de Loire. Là aussi, pas d’inquiétude : « la maturité physiologique est atteinte, la chaleur n’aura aucun impact sur le rendement. » En revanche, Jean-Charles Deswartes évoque le réglage de la moissonneuse. « Avec un grain très sec, il y a un risque de casse. » Dans ces situations, l’enjeu est donc avant tout logistique.
Côté colza, même constat : « Physiologiquement les choses sont réglées. On cherche maintenant les bonnes conditions de récolte, pour éviter que les siliques n’éclatent à l’approche de la batteuse. Les plantes sont très sèches et risquent d’être cassantes. »
Des impacts possibles sur les blés tardifs et orges de printemps
Jean-Charles Deswartes se montre plus inquiet pour les blés tendres tardifs, des bordures maritimes et du nord de la Seine. « Les températures extrêmes vont précipiter les fins de cycle, avec une atteinte de la maturité physiologique plus rapide. Le remplissage pourrait être tronqué vers la fin. » Si l'ingénieur d'Arvalis précise que pour l’instant, il n’y a pas de remontées terrain de ce type d’impact, Sylvain Delzon confirme que le risque existe bien.
Reste à savoir si des conditions sèches et ensoleillées, favorables à la récolte, vont se maintenir dans les deux semaines à venir sur le tiers nord de la France. « On va surveiller les risques d’orages tempétueux qui font verser les cultures, ou un basculement brutal vers un temps frais et humide. Après les fortes températures, il peut y avoir une levée de dormance des grains.» L’écophysiologiste précise que ce n’est pas problématique si la récolte intervient rapidement. En revanche, s’il faut attendre, un risque de germination sur pied apparaît, avec une perte de qualité technologique et sanitaire du grain.
La crainte est la même pour des orges de printemps, « vraiment semées au printemps. » Les plantes sont au stade de remplissage, et la dernière partie de ce cycle pourrait être tronquée, avec des impacts possibles sur le rendement, le calibrage et la concentration en protéines, énonce Jean-Charles Deswartes. « Mais là aussi, il faudra attendre des éléments concrets pour mesurer l’ampleur de l’impact. Le coup de chaud de mai n’a pas eu, par exemple, les conséquences que l’on pouvait craindre. »
Beaucoup de craintes pour les maïs non irrigués
Pour le maïs, la situation est toute autre. L’épisode climatique actuel accélère fortement les stades et entraîne un niveau d’évapotranspiration très élevé, « entre 7 et 9 millimètres par jour. » L’écophysiologiste Jean-Charles Deswartes rappelle qu’une plante peut réguler sa température si elle est capable de transpirer, et pour cela il lui faut de l’eau. Or l’évaporation des sols est actuellement soutenue, et dans de nombreuses régions, les dernières pluies sont loin. « Au-delà de 35 degrés, en situation irriguée, pas de problème. Par contre en sec, la plante entre en stress et s’échauffe, avec un impact potentiel sur les organes déjà initiés. »
Jean-Charles Deswartes s’interroge sur les conséquences possibles pour la formation des panicules mâles et femelles, et précise qu’un tel coup de chaud à ce stade du maïs est du jamais vu en France. « Nous sommes dans l’inconnu en termes de références locales. En 2003, le coup de chaud est arrivé post-floraison. » Le risque est particulièrement élevé pour les maïs non irrigués implantés sur des sols très superficiels. « Il faudra peut-être se poser la question de poursuivre ou non la culture car le potentiel de rendement sera sans doute très affecté. »
Une situation très préoccupante dans le Sud-Ouest
Dans le Sud-Ouest en particulier, où les maïs ont été semés pour certains dès la première quinzaine de mars, la situation est jugée grave par Sylvain Delzon. « Les semis les plus précoces sont à pleine floraison. La demande en eau est très importante alors qu'il n'y a plus d'eau dans les sols. » Les conséquences risquent d'être catastrophiques pour les maïs en sec et en irrigué, le rythme risque d'être difficile à tenir. « Actuellement la demande en eau est telle qu'il faut repasser dans les parcelles tous les 4 jours. Certains maïs sont déjà à 5 tours d'irrigation. L'impact en termes de charges pour les exploitations va être énorme. »
Le tournesol est globalement plus résistant, mais là aussi, sur des semis précoces qui sont à pleine floraison, le besoin en eau est très élevé. « Le rendement risque d'être fortement impacté », indique l'écophysiologiste de l'Inrae qui a même observé des mortalités de pied dans certains secteurs du Sud-Ouest. Le sorgho, le soja souffrent de la même manière.