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Fruits et légumes : « Nous sommes dans un monde de plus en plus interdépendant », affirme Sébastien Abis à l’assemblée générale d’Interfel

L’interprofession a choisi d’évoquer les fruits et légumes sous l’angle de la géopolitique et du changement climatique, lors de son assemblée générale qui s’est tenue le 23 juin au Quai d’Orsay, à Paris. Elle a pour cela invité Sébastien Abis, directeur du Club Demeter, qui a notamment insisté sur l'interdépendance croissante du monde.

<em class="placeholder">Photo d&#039;une salle du Quai d&#039;Orsay, à Paris, avec des membres d&#039;Interfel organisant leur assemblée générale. </em>
Organisée le 23 juin au Quai d'Orsay, à Paris, l'AG d'Interfel avait pour thème la géopolitique des fruits et légumes.
© CC

« Le monde n’est plus le même qu’il y a quelques années, il s’impose de plus en plus à nous », a affirmé Sébastien Abis, chercheur associé à l’Iris et directeur du Club Demeter, le 23 juin. Il était invité à s’exprimer à l’occasion de l’assemblée générale d’Interfel organisée au Quai d’Orsay, à Paris, en s’appuyant notamment sur l’ouvrage qu’il a publié en juin aux éditions Eyrolles, intitulé « Géopolitique des fruits et légumes ».

« Nous sommes dans un monde plus nerveux géopolitiquement, plus instable climatiquement, mais de plus en plus interdépendant, a-t-il insisté. Si vous n’avez pas conscience que les interdépendances vont s’intensifier, c’est que vous espérez qu’il existe une planète B. Or, elle n’existe pas sur le climat, elle n’existe pas sur la géopolitique, elle n’existe pas sur la santé ou la sécurité du monde. »

<em class="placeholder">Sébastien Abis, directeur du Club Demeter.</em>

Produire des fruits et légumes de manière stable

Le grand défi du siècle n’est pas, selon lui, de produire plus mais de produire de manière stable. « Nous devons prendre conscience que le monde entier va expliquer aux Européens et aux Français comment produire dans un contexte climatique tendu, a souligné Sébastien Abis. Ils vont nous apprendre beaucoup de choses, dans la rareté des ressources, la complexité à produire stablement. »

Peser grâce à l’Union européenne

Alors que la politique agricole commune (PAC) et les budgets européens font régulièrement débat, l’expert a aussi rappelé l’importance de l’Union européenne. « Dans le monde complexe dans lequel nous allons vivre, a-t-il anticipé, la masse critique européenne est sans doute la taille stratégique à avoir pour ne pas se retrouver au menu du reste de la planète. »

Dérisquer la production de fruits et légumes grâce aux innovations

L’expert a mis en avant le rôle que peut jouer le digital, qui « dérisque l’incertitude climatique », de même que la recherche agronomique, les biotechnologies et les nouvelles techniques de sélection végétale (NGT), controversées. Il a recommandé d’écouter les professionnels et de regarder ce qui se fait ailleurs. « Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de débats à avoir sur toutes ces innovations, en démocratie, a-t-il rappelé. Mais quand on est en Europe et en France, et qu’on sort des Trente Glandeuses, c’est-à-dire qu’il va falloir se remettre à bosser et à avancer face à l’adversité, ne refusons pas, par dogmatisme, des solutions d’innovation. »

Les attentes des consommateurs de fruits et légumes sont « immenses »

L’innovation est d’autant plus nécessaire que les attentes des consommateurs sont « immenses », selon Sébastien Abis, notamment en termes de disponibilité et de fraîcheur, ce qui pose le défi de la logistique et du froid du futur. « Les frigos du monde font déjà deux fois la superficie de la Belgique, compare l’expert, et on aura de plus en plus besoin de froid sur terre ou sur mer. »

Par ailleurs, le consommateur est vieillissant et à la recherche d’une alimentation ultra-personnalisée. « Nous sommes dans un monde qui grisonne, indique Sébastien Abis, et où le sujet n’est pas l’alimentation pour tous, mais l’alimentation de chacun. »

Les coupe-faim GLP-1, un enjeu pour les fruits et légumes

La « révolution des coupe-faim » sur les marchés nord-américains et dans le monde est un autre enjeu pointé par l’expert. Ces médicaments, notamment de type GLP-1, réduisent l’appétit, peuvent entraîner une déconsommation et un changement dans les habitudes alimentaires. Le phénomène pourrait potentiellement constituer une opportunité à saisir pour le secteur des fruits et légumes. « Si Interfel se projette dans dix ou vingt ans, le sujet des coupe-faim va devoir être regardé de près », estime l’expert.

Il voit aussi dans ces médicaments des « tue-vivre ensemble à table », porteurs d’une « rupture anthropologique et sociale non négligeable ».

Fruits et légumes : une vision de long terme sur la main-d’œuvre étrangère ?

L’expert a bien sûr rappelé la problématique de la main-d’œuvre étrangère saisonnière en fruits et légumes, dans une Europe « qui vieillit et qui a encore du mal à retrousser ses manches ». Ce qui soulève, selon lui, des enjeux « non pas juste de dignité de quelques mois, mais de vrais systèmes organisés, avec nos valeurs, nos intérêts, une vision de long terme, à la fois économique et d’intégration en République, pour faire nation ».

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