Préparations biodynamiques : une thèse met en évidence des effets mesurables sur la vigne
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Des baies plus petites, avec des pellicules plus résistantes : lors de sa thèse, Manuela Brando de Lachapelle a pu mettre en évidence un impact des préparations biodynamiques sur la vigne. Un élément nouveau dans un dossier qui divise les esprits.
Y a-t-il un effet des préparations biodynamiques sur la vigne par rapport à une viticulture biologique « standard » ? La question divise au sein même des vignerons, avec les convaincus et les sceptiques. Et la communauté scientifique a du mal à formuler une réponse évidente, car peu d’expérimentations existent sur ce thème.
Une des plus récentes, publiée en 2023, a été conduite par Markus Rienth, professeur de viticulture à l’école de Changins, en Suisse. Sur une parcelle de chasselas, il a comparé une conduite bio à la même conduite avec apports de préparations biodynamiques 500 et 501. Après cinq ans de mesures, aucun avantage ou inconvénient significatif n’a été mis en évidence sur la physiologie de la vigne, le rendement, la qualité des baies ou les propriétés du sol. Des résultats qu’il affirme cohérents avec un large corpus de littérature.
Dans ce contexte, la thèse de Manuela Brando de Lachapelle, directrice recherche et développement durable des domaines Barons de Rothschild Lafite, apporte un éclairage différent. Encadrée par la professeure Laurence Geny-Denis à l’université de Bordeaux, elle a étudié l’effet des préparations biodynamiques sur un dispositif de plein champ, au château Lafite Rothschild, à Pauillac en Gironde, sur environ 4 hectares, entre 2022 et 2024. Et elle a trouvé des résultats significativement différents entre modalités. Ces divergences pourraient être liées à des différences de protocole, notamment l’intensité du programme biodynamique et la taille du dispositif expérimental.
Son travail a consisté à analyser finement la physiologie de la vigne selon trois axes : la croissance végétative de la plante, le développement reproducteur et la maturité texturale de la pellicule du raisin. Pour cela, quatre bandes d’une soixantaine de rangs ont été distinguées sur deux parcelles, alternant témoin bio et bio + préparations biodynamiques (soit quatre répétitions pour chaque modalité).
« Nous sommes certifiés bio et nous utilisons du cuivre, du soufre et des tisanes sur la totalité de nos vignes. Les préparations biodynamiques ont commencé à être appliquées sur ces parcelles en 2017 », indique-t-elle. Alors que le programme est normalement adapté à l’année, pour les besoins de l’expérimentation, un même programme a été fixé, avec neuf apports par an : bouse de corne et compost de bouse Maria Thun en début et en fin de saison, une bouse de corne appliquée en foliaire l’été et six silices, durant les jours « fruits ». Un programme « intensif » par rapport aux usages habituellement recommandés.
Si la biodynamie n’a pas affecté la physiologie générale de la vigne (stades phénologiques, mise en réserve), des différences ont été relevées à chaque stade étudié. Sans qu’une explication puisse toujours être proposée. Lors de sa croissance végétative, la vigne qui reçoit les préparations biodynamiques produit moins de phytomères, ces petites briques élémentaires comprenant une tige, une feuille et une vrille ou une grappe, qui se trouvent entre deux nœuds. Elle subit également une contrainte hydrique plus forte, pourtant elle ne montre pas davantage de symptômes de stress, ce qui laisse supposer une meilleure utilisation de l’eau.
Quant à l’appareil reproducteur, « nous avons disséqué de nombreux bourgeons dans lesquels nous avons dénombré plus d’inflorescences et le comptage de fleurs par inflorescence montre beaucoup plus de fleurs en biodynamie. Malgré ce potentiel de production plus élevé, le taux de coulure est supérieur pour la modalité recevant les préparations, ce qui ramène le nombre de grappes et le nombre de baies au même niveau », constate la chercheuse.
Enfin, lors de la croissance des fruits, les baies sont plus petites en biodynamie et les grappes sont plus lâches. « La différence de rendement calculée ne dépasse pas 10 %, seuil qui reste très faible et qui ne se retrouve pas dans les rendements mesurés (déchets, tri) », pointe Manuela Brando de Lachapelle.
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Intriguée par ces premiers résultats, elle a poussé ses investigations pour comprendre la croissance plus faible des baies. « Nous n’avons pas trouvé d’écart pendant la phase de multiplication cellulaire. La différence provient de la phase d’expansion cellulaire qui est limitée en biodynamie par une résistance mécanique de la pellicule plus importante : les pellicules sont plus dures plus longtemps, notamment à cause d’une enzyme pectine méthyle estérase dont l’activité réduite retarde la dégradation de la pellicule et limiterait le grossissement du fruit pendant la maturation », livre-t-elle.
Partant de ce constat, des travaux complémentaires ont été conduits pour vérifier si la plus grande dureté des pellicules pouvait avec un impact sur la sensibilité au botrytis. 25 jours après prélèvement, et après un contact in vitro avec le champignon, 89 % des baies sont atteintes dans le témoin contre 69 % pour la modalité biodynamique. « Il y a davantage de baies intactes car leur réceptivité est plus faible, grâce à des pellicules plus résistantes », résume Manuela Brando de Lachapelle.
La dernière étape de sa recherche a consisté à vérifier si une différence était repérable en dégustation. De fait, six mois après la vinification, les dégustateurs peuvent distinguer les vins biodynamiques des vins bio en dégustation triangulaire. Malgré une analyse des notations de dégustation, il n’a pas été possible d’attribuer cette différence à une caractéristique précise des vins. De plus, cet effet s’estompe au fil du temps : 18 mois après la mise, les dégustateurs ne repèrent plus de différence. « Cela pourrait provenir d’une stabilisation colloïdale qui s’opère au fil du temps, mais cela reste à confirmer », propose la directrice.
Bien que des questions subsistent et que cette recherche en ait soulevé de nouvelles, la décision a été prise d’adopter les pratiques de la biodynamie au Château Lafite Rothschild.
Lors d’un essai de dix-huit années sur riesling à Geisenheim, en Allemagne, l’équipe de Johanna Döring a mesuré des rendements en bio et en biodynamie inférieurs à la modalité conventionnelle, en moyenne sur la période. Elle a toutefois remarqué une meilleure résilience lors des millésimes chauds et secs, plus prononcée en biodynamie.
Une différence difficile à expliquer car elle n’a pas constaté de différences significatives entre la bio et la biodynamie pour l’ensemble des indicateurs de performance de la vigne (poids des bois de taille, poids de récolte…) et de qualité du raisin (degré, pH, acidité totale…), si ce n’est une teneur des feuilles en phosphore légèrement inférieure pour la biodynamie.
« Le seul paramètre capable d’expliquer cette variation est la concentration en azote organique assimilable du jus à la récolte », écrit-elle. Cette concentration est plus élevée dans les parcelles biologiques en conditions chaudes et sèches, et même significativement plus élevée en biodynamie. Son hypothèse est qu’une meilleure absorption de l’azote serait responsable de l’amélioration du rendement observée en agriculture biologique et, surtout, en biodynamie, ces années-là.
Les préparations biodynamiques sont historiquement désignées par un numéro. Les deux principales sont la 500, bouse de corne, à pulvériser au sol et la 501, silice de corne, à pulvériser sur le végétal. Les biodynamistes utilisent aussi du CBMT, compost de bouse Maria Thun, élaboré à partir de bouse de vache et des préparations habituellement destinées au compost : 502 (achillée), 503 (camomille), 504 (ortie), 505 (écorce de chêne), 506 (pissenlit), 507 (valériane).
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