Thibaut Guionneau fait partie des quatorze agriculteurs qui ont expérimenté en 2026 la culture de la cacahuète avec la coopérative Océalia. Cette plante tropicale, délicate à semer et à récolter, est celle qui a le moins souffert de la sécheresse sur son exploitation de Charente-Maritime.
Agriculteur à Balanzac (17), Thibaut Guionneau* observe avec satisfaction, ce 7 octobre 2026, les premiers arrachages de ses cacahuètes semées sur 1,2 hectare au printemps. « C’est sans doute la culture la mieux réussie cette année sur mon exploitation.Mon objectif était de me diversifier, de tester une nouvelle culture face au changement climatique. Aujourd’hui, je ne regrette pas mon choix. »
La cacahuète encore au stade expérimental en Charente-Maritime
La cacahuète est une plante tropicale dont la culture reste délicate et les résultats incertains, explique Guillaume Lamy, directeur à la fois du pôle agro-alimentaire d’Océalia et de l’entreprise Menguy’s, sa filiale depuis 2020. Dans le cadre de sa stratégie de diversification, la coopérative expérimente cette culture depuis plusieurs années. « C’est une plante qui exige de la chaleur, des sols légers, sableux. La Charente-Maritime répond assez bien à ses exigences. » Un premier round a été lancé en 2025 sur 10 ha, avec 5 producteurs. En 2026, ce sont 30 ha chez 14 producteurs qui ont été semés.
Thibaut Guionneau reconnaît avoir eu un peu d’appréhension au départ. « En 2025, la coopérative m’avait déjà proposé de faire de la cacahuète. À l’époque je n’étais pas décidé. Cette année, j’ai sauté le pas. Une technicienne est venue voir pour déterminer les parcelles les mieux adaptées et me conseiller sur l’itinéraire technique. » La réussite du semis est la première étape à franchir indique Mickaël Bertrand, coordinateur des filières cacahuète et maïs pop-corn chez Océalia. « Le semis est compliqué. Il fautsemer à la bonne date et la bonne température de sol, sur un lit de semence fin sur les cinq premiers centimètres. »
Une culture qui supporte bien les binages
« Après le semis au 10 mai au monograine, j’ai fait un désherbage de prélevée, suivi d’un rattrapage 15 jours après. En juin, j’ai réalisé un binage », explique Thibaut Guionneau. Un seul herbicide bénéficie actuellement d’une autorisation de mise sur le marché (AMM) dérogatoire de 120 jours pour un usage sur cacahuète. « Au niveau de la coopérative, nous travaillons sur le sujet pour faire homologuer d’autres matières actives », énonce Mickaël Bertrand. La cacahuète peut toutefois être désherbée mécaniquement : elle supporte bien un, deux, voire trois binages.
Pas de besoin de fertilisation azotée pour faire pousser des cacahuètes
En tant que légumineuse, la cacahuète ne requiert aucun apport d’azote. Selon les sols, des apports de phosphore, de potassium ou d’oligoéléments, notamment de bore, peuvent toutefois s’avérer utiles. Par ailleurs, la culture ne nécessite pas de traitements insecticides ou fongicides, les faibles surfaces cultivées limitant la pression des ravageurs et des maladies. « S’il y a des attaques mineures au niveau du feuillage, cela n’est pas grave puisque la gousse, qui se développe dans le sol, n’y est pas exposée », précise Mickaël Bertrand.
Autre atout, la cacahuète est moins exigeante en eau qu’un maïs. L’irrigation reste néanmoins nécessaire, en apportant « la juste quantité d’eau. » Malgré la sécheresse et les nombreuses journées à 40 °C dans cette région, les plantes sont restées bien vertes, sans montrer de signe de fléchissement. L’agriculteur Thibaut Guionneau précise avoir apporté 100 millimètres d’eau en 4 passages séparés de 15 jours sur juillet et août. « Nous allons sans doute être surpris par la profondeur d’exploration des racines. Elle semble importante », indique Mickaël Bertrand qui ajoute que la floraison s’étale sur une longue période, sans impact néfaste de la chaleur.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Après le semis, la récolte constitue l’autre étape délicate de l’itinéraire technique. Guillaume Lamy d’Océalia explique qu’elle se fait en deux temps. « D’abord, on arrache les plantes. Ensuite, on les laisse sécher au champ. Les graines sont protégées par leur coque. Puis on repasse une deuxième fois pour battre, afin de séparer les coques de la tige et des feuilles. » La récolte est assurée par un prestataire, lui-même producteur de cacahuètes, à l’aide d’une machine spécialement importée du Brésil. Cette opération reste très dépendante de la météo, les pluies d’octobre pouvant compliquer le chantier.
Une rémunération qui reste à déterminer
L’objectif est de parvenir à un rendement commercialisable d'environ 2,5 tonnes par hectare, mais le résultat ne sera réellement connu qu’après les opérations de tri, de séchage et de décorticage. Les coques trop petites sont généralement écartées lors du tri. « Il reste difficile d’évaluer la qualité des graines avant le décorticage », indique Mickaël Bertrand. Dans ces conditions, difficile pour la coopérative de fixer à l’avance un prix de rémunération aux producteurs. Océalia ne communique pas encore sur un prix. « Nous sommes en phase expérimentale, nous proposons cette année un forfait aux producteurs. Nous basculerons l’an prochain sur une rémunération à la tonne de coque produite par hectare. »
Au 7 octobre, Thibaut Guionneau se montrait optimiste au vu des premières cacahuètes sorties de terre. « Nous arrivons à l’arrachage avec la satisfaction du travail accompli et une belle fierté d’avoir mené au bout cette culture, malgré la sécheresse. » L'agriculteur prévoit d’ores et déjà de faire 3,5 ha en 2027.
*180 ha de SAU en grandes cultures (blé tendre, blé dur, orge, colza, maïs pop-corn, tournesol, cacahuète) et vignes (18 ha). 100 % coopérateur.
Objectif 1 000 ha de cacahuètes en 2030
Après la récolte, les cacahuètes seront triées, nettoyées, séchées et décortiquées chez Océalia à Rochefort (17), avant d’être expédiées chez Menguy’s, à Mazamet (82), pour être grillées. Au-delà du défi agronomique, Océalia doit réussir à valoriser cette production. « Nous sommes convaincus qu’il y a de la place pour un produit français dans l’univers de la cacahuète et du beurre de cacahuète. Nous voulons développer une signature locale, avec une bonne qualité gustative », indique Guillaume Lamy, directeur du pôle agro-alimentaire d'Océalia.
La vingtaine de tonnes récoltée en 2025 a été commercialisée sans difficulté malgré un prix deux fois supérieur à la cacahuète importée. En 2026, la production attendue est de 60 tonnes. L’objectif affiché est une production de 2 000 tonnes de cacahuètes françaises à l’horizon 2030 sur 1 000 ha chez une centaine de producteurs, avec une filière consolidée et rémunératrice.