Pommes des Alpes de Haute-Durance : « Dans le partenariat C'est Qui Le Patron ?!, le lien n’est pas que financier »

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Productrice de pommes de Alpes de Haute-Durance, Mélanie André s'investit pour la réussite des pommes C'est Qui le Patron ?! qui permettent de mieux valoriser des calibres moyens dont le volume est important compte-tenu du besoin de renouvelement des vergers. Crédits : © C. Gerbod

Fournir des pommes pour C’est Qui le Patron ?! (CQLP), qu’est-ce que cela implique du point de vue du producteur ? Pour le savoir, nous sommes allés voir Mélanie André, l’une des 34 productrices et producteurs participant à la démarche en pommes.

Forte du succès de sa brique de lait, la marque C’est Qui Le Patron ?! (CQLP) décline pour d’autres produits son principe d’un prix rémunérateur pour le producteur validé par les consommateurs. Ainsi, depuis un peu plus d’un an, certaines enseignes référencent un sachet de 1,5 kg de pommes IGP Alpes de Haute-Durance aux couleurs bleues de la marque. À la tête de l’EARL Costanzo, Mélanie André est l’une des productrices et producteurs engagés dans l’aventure.

« C’est la seule démarche que je connaisse qui part de nous. Dans le commerce, personne ne nous demande combien ça nous coûte de produire. CQLP nous a plu pour ça », se réjouit la productrice. Installée sur un verger de 14 hectares, au Poët, dans les Hautes-Alpes, elle se mobilise à fond pour pérenniser l’exploitation créée par son grand-père puis reprise par son père. Comme pour ses collègues pomiculteurs, sans juste rémunération de la production pour vivre et renouveler le verger, l’avenir est compromis. Ce terroir d’altitude a des atouts face au changement climatique mais les vergers sont vieillissants et la valorisation de la production est insuffisante.

Participer à la fixation du prix

Devenue une coopérative, CQLP s’appuie sur quelque 17 000 sociétaires et sur les consommateurs pour se positionner comme la Marque des consommateurs. Son principe est de fixer le prix du produit sur la base d’une discussion entre différentes parties prenantes. Le prix est rediscuté chaque année. Pour cette saison, la tonne de pommes pour CQLP sera achetée à Mélanie 690 euros (départ nu bord de parcelle), comme l’an dernier. Il s’agit de calibres moyens, importants dans la production des pommes de Haute-Durance du fait de l’ancienneté des pommiers.

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Pour représenter le collège des producteurs dans la discussion, Mélanie André a constitué avec ses collègues l’association Arboriculture française et équitable. Elle la copréside et représente Alpes Coop fruits, la coopérative dont elle fait partie. L’autre coprésident, Dorian, porte la voix des producteurs privés. Autour de la table, siègent également Fruits & Compagnie qui conditionne, distribue et apporte sa vision commerciale ainsi que CQLP et ses consommateurs sociétaires.

Jouer le jeu de la transparence

Pour documenter les débats sur le prix juste, CQLP réalise une étude préalable sur l’organisation de la filière, les coûts de production et la formation des prix. « On demande beaucoup d’infos », avoue Julie Levesque, chargée de développement Fruits et Légumes chez CQLP. Pour la pomme des Alpes de Haute-Durance, cette phase a pris deux ans.

Mélanie André et ses collègues se plient à cet exercice de transparence. Tout comme Fruits & Compagnie dont l’ERP a dû s’adapter pour que les bordereaux de paiement isolent les tonnages et la rémunération des pommes CQLP. L’engagement de CQLP envers la rémunération des producteurs doit en effet pouvoir être vérifié très précisément.
 

Un supplément de rémunération dès l’année 1

Dès la première année, en 2025, la productrice a perçu un effet du partenariat. Alors que l’année avait été épouvantable, avec une attaque de pucerons cendrés, le supplément de valeur lui a apporté 5 000 euros de plus. Un apport non négligeable sur un chiffre d’affaires de 60 000 euros cette année-là.

C’est donc avec enthousiasme qu’elle a abordé la deuxième saison. Il s’est encore renforcé avec une récolte bien meilleure qu’en 2025 qui laisse augurer un revenu augmenté. Dans un premier temps, elle entrevoit la possibilité de se faire davantage aider pour, par exemple, attacher les filets, mais à terme, le but sera d’accélérer la rénovation du verger. Mélanie en a déjà renouvelé 5 ha mais une grande partie de ses pommiers date des années 1980, avec pour conséquence des calibres très hétérogènes et des rendements qui tendent à baisser.

L’effet de la démarche n’est pas que financier

Pour Mélanie André, « le lien avec CQLP n’est pas que financier ». Elle voit aussi dans le partenariat « un soutien moral ». « On parle avec des gens qui nous soutiennent, apprécie-t-elle. Participer à des animations, parler avec les consommateurs qui demandent si c’est vrai sur le stand CQLP au salon de l’Agriculture, ce sont des occasions de parler de ce que l’on fait. L’an dernier, j’étais dans le creux mais m’investir avec CQLP m’a motivée ». Tout en étant passionnée par ses vergers, la pomicultrice est aussi contente de sortir le nez de la production pour mener des projets collectifs. Elle s’organise pour pouvoir le faire, notamment avec l’aide de son père. La disponibilité des producteurs pour rencontrer les professionnels et les consommateurs fait partie des éléments de réussite des produits CQLP.

Deux nouvelles références lancées

« On va se mobiliser pour que ça fonctionne et le tonnage va monter », motive la productrice. Aujourd’hui, les ventes de pommes sous démarche CQLP reposent sur le sachet de 1,5 kg à 3,69 euros contenant des goldens IGP Alpes de Haute-Durance de catégorie 2. Le tonnage écoulé d’octobre 2025 à septembre 2026 a été d’un peu plus de 400 tonnes. Mais pour booster les ventes, deux nouveaux produits CQLP sont lancés cet automne. Le premier est une barquette carton de 6 fruits à 2,99 euros pour toucher les foyers plus petits. Le second est un petit sachet de pommes prédécoupées inclus dans le menu enfant de Burger King qui devrait représenter 255 tonnes en plus. Pour ces deux produits, la rémunération est de 800 €/t car les calibres sont plus gros.

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Ces nouveautés ont été validées par un vote des consommateurs sociétaires en juillet dernier. Mélanie s’est investie avec ses collègues dans ces projets. Elle compte bien entretenir le dynamisme collectif impulsé par le partenariat.

 

« Ce n’est pas parce que c’est CQLP que c’est magique »

Édouard Gassier, producteur-dirigeant de Fruits & Compagnie

Edouard Gassier, dirigeant-producteur de Fruits & Compagnie et Mélanie André, productrice de pommes en Hautes-Alpes.

Face à la difficulté pour les producteurs de pommes des Alpes de Haute-Durance de valoriser leur production, Édouard Gassier, producteur-dirigeant de Fruits & Compagnie a eu l’idée de solliciter C’est Qui le Patron ?!. Il a entraîné ses équipes et la filière dans le projet. « Nous partageons une préoccupation constante pour la rémunération des producteurs et nous avons des compétences très complémentaires », estime-t-il. S’il reconnaît que pour les producteurs, « la vertu économique est encore modeste », il voit déjà un « impact psychologique » sur les producteurs et les équipes qui les accompagnent. Mais il prévient, « la rémunération est double sur les calibres concernés pour le producteur mais le produit doit trouver ses consommateurs. Ce n’est pas parce que c’est CQLP que c’est magique ». Il faut convaincre les enseignes avec lesquels il travaille sur d’autres références de choisir aussi le sachet bleu dont le prix est inscrit sur l’emballage. Des producteurs et des sociétaires de CQLP participent aux rendez-vous. Fruits & Cie peut notamment mettre en avant sa capacité logistique. L’entreprise a équipé sa station de Ventavon (Hautes-Alpes) d’une nouvelle ligne de conditionnement ultra-performante, qui permet d’honorer au pied levé les commandes des magasins.

Si le sachet CQLP valorise des petits calibres, « il ne faut pas perdre de vue que le rendement en catégorie 1 est le cœur de la rentabilité, insiste le dirigeant. La pomme perd 80 % de sa valeur si elle passe de catégorie 1 à 2 ». D’où l’enjeu du renouvellement des vergers. « Ici, il y a un terroir exceptionnel pour les pommes », encourage Édouard Gassier, confiant.

Rechercher l’impact financier pour le producteur

« Notre priorité c’est le compte de résultat de l’exploitation, souligne Julie Levesque, chargée de développement Fruits et Légumes de CQLP. Pour l’instant le tonnage ne justifie pas d’élargir à de nouveaux producteurs. Le but est d’abord de faire monter les volumes pour que ça soit efficient financièrement par producteur ». Pour chaque produit lancé, le travail avec le partenaire qui le commercialise est fondamental. Il doit être capable d’assurer du volume pour alimenter les rayons et être rompu aux discussions avec les grandes surfaces. De son côté CQLP communique sur ses produits et leur impact. La coopérative anime aussi le réseau de ses quelque 17 000 sociétaires, des consommateurs qui ont pris une part sociale de 1 euro. Ils se prononcent sur les critères à inclure pour définir le prix juste. Ils sont conviés à des animations en magasins ou encore des visites chez les producteurs. À ce jour, en fruits et légumes, CQLP propose des cerises, des pommes de terre, des oignons et des échalotes. Pour la pomme de terre, les 350 tonnes en année 1 sont passées à 4 200 tonnes à la sixième campagne.

Repères

EARL Costanzo

Surface : 14 hectares dont 7,5 ha de golden

Production : pommes, poires, jus, compotes

Variétés : pommes : golden, Gala, Pink Lady ; Poires : Fred, Louise Bonne, williams verte.

Labels et engagements : Vergers Écoresponsables, HVE, IGP Pommes des Alpes de Haute Durance, CQLP, Global Gap, Agriculture biologique.

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