Maraîchage en Seine-Maritime : « Remplir le distributeur automatique prend du temps »

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Baptiste Megard, maraîcher à Mont-Saint-Aignan en Seine-Maritime, a installé un distributeur automatique sur son exploitation en 2017. Crédits : © M. Kerdraon

Baptiste Megard, producteur de légumes près de Rouen, en Seine-Maritime, a monté un distributeur automatique à l’entrée de son exploitation un an après son installation en 2016. Il nous livre son retour d’expérience.

« C’est le premier système de vente que j’ai mis en place. Comme j’ai démarré tout seul, ça me permettait de vendre en parallèle d’être au champ », se remémore Baptiste Megard. Le maraîcher, installé depuis 2016, cultive 1 ha de légumes plein champ et 4 000 m2 sous abri, le tout en bio sauf les fraises produites en hors-sol. Pour lui, la mise en place d’un distributeur automatique à l’entrée de sa ferme a été comme une évidence. Il a attendu d’avoir suffisamment de trésorerie pour l’installer.

Le choix de l’emplacement est primordial

« Nous avons choisi le fournisseur de matériel Filbing distribution. Il était bien implanté dans la région à l’époque, et j’ai un ami qui a fait affaire avec eux, il en était tout à fait satisfait », relate le maraîcher. Le système étant novateur en 2017, l’agriculteur n’a pas pu compter sur des conseils extérieurs mais il s’est tout de même lancé. Après dix ans d’utilisation, Baptiste Megard se dit très content du service. L’emplacement est idéal : devant la ferme, à l’ombre, à la sortie du parking visiteurs et proche de la zone de vente directe ouverte deux fois par semaine, le mercredi après-midi et samedi matin. « Le fait d’avoir le point de vente automatique près de la ferme permet aux consommateurs d’identifier d’où viennent les produits. J’ai un ami maraîcher qui a installé un système similaire loin de son exploitation, en centre-ville, ça n’a pas marché du tout », nous confie-t-il. Le maraîcher y vend 80 % de produits issus de la ferme, majoritairement des fruits et des légumes, mais également des œufs de son poulailler. Les 20 % restants sont des produits d’épicerie locaux que le maraîcher propose en achat revente, à la fois au distributeur et en vente directe. Pour fixer ses prix, il suit les cours des produits les plus sensibles pour rester dans des tunnels de prix cohérents. « Généralement, les produits sont un peu plus chers en début et en fin de saison, lorsqu’ils sont plutôt rares sur les étals », ajoute le producteur.

Une taille à ajuster selon les capacités de production

« Au départ, j’ai dimensionné le distributeur en fonction du coût », se souvient le maraîcher. Autre point important, Baptiste Megard ne souhaitait pas passer par un permis de construire ; le cabanon servant à abriter le distributeur ne pouvait donc pas dépasser 20 m2. L’investissement en 2017 était de 40 000 euros, distributeur et cabanon compris, pour une soixantaine de casiers non réfrigérés, avec un système de paiement en carte bancaire. « Nous n’avons pas d’alerte dès qu’un casier est vide, il y a une application payante proposée par le fournisseur mais nous trouvons le service cher pour ce qui est proposé », rapporte le maraîcher. Il a opté pour des casiers non réfrigérés, moins coûteux et adaptés aux fruits et légumes et au climat local. « Nous pouvons y proposer du fromage neufchâtel en hiver », signale le maraîcher. Il a agrandi l’installation début 2026 pour passer de 60 à 100 casiers pour un coût de 15 000 euros afin de s’aligner avec l’augmentation de sa surface de production. « Maintenant que le distributeur est connu, nous devrions rembourser l’agrandissement en un an », estime-t-il, « nous avons déjà gagné 20 % de fréquentation avec les 40 casiers en plus ».

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La fréquentation varie fortement selon les saisons

« En 2017, nous n’avons pas beaucoup communiqué sur l’installation, mais grâce au bouche-à-oreille les ventes ont rapidement décollé », se félicite Baptiste Megard. En été, le distributeur enregistre un taux de fréquentation de 30 à 50 passages par jour. « On divise par deux la fréquentation après la Toussaint. Les légumes font moins envie et les journées raccourcissent, il fait plus froid aussi », remarque le maraîcher. « On a tout type de fréquentation, des clients qui viennent faire leurs courses, comme d’autres qui ont besoin d’une salade pour le soir », raconte-t-il. Avec l’ouverture de la vente directe en 2019 une fois l’équipe étoffée, la répartition des ventes s’est petit à petit équilibrée pour atteindre le 50/50 entre les deux systèmes de vente aujourd’hui.

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Bien organiser la logistique du rechargement

« Le point le plus contraignant, c’est le remplissage », avoue le maraîcher. Il conseille de ne pas sous-estimer le temps consacré à cette tâche. Pour s’assurer que les casiers soient pleins, un salarié est dédié au remplissage du distributeur de 8 heures à 18 heures en hiver. « En été, on embauche un saisonnier qui ne s’occupe que de ça, puis un salarié ou moi prenons le relais le soir jusqu’à 20 heures », observe Baptiste Megard. Pour lui, le distributeur est donc avant tout un moyen de vente idéal par rapport au contexte de son exploitation, mais il ne lui fait pas particulièrement gagner du temps. Au-delà du remplissage, le maraîcher précise que la charge mentale dédiée au distributeur est importante. Il faut savoir quand les produits ont été ajoutés pour éviter tout problème de péremption et donc des retours négatifs sur les produits les plus fragiles. Le maraîcher regrette également que le lieu de stockage des produits soit loin et non accessible facilement en véhicule. Entretien et surveillance sont des points clés : « chaque matin, lors du premier rechargement, nous faisons un tour des casiers pour s'assurer que tous sont bien remplis, propres, et les produits toujours frais », illustre-t-il.

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Cinq conseils pour s’équiper

  • Interroger différents fournisseurs. « Aujourd’hui, il y a beaucoup plus de fournisseurs sur le marché. Il faut bien se renseigner car ils ont chacun leurs spécificités », prévient le maraîcher.
  • Privilégier un emplacement proche de l’exploitation pour rassurer sur l’origine des produits.
  • Penser à l’emplacement du stockage afin d’optimiser le temps de remplissage.
  • Raisonner le type de casiers (réfrigérés ou non) en fonction des produits vendus et du climat de la région.
  • Sécuriser le bâtiment. « Nous avions un système de paiement en espèces, mais il a été cassé plusieurs fois. Aujourd’hui seul le paiement par carte bancaire est fonctionnel », regrette-t-il. Ce n’est pas un problème isolé, note le maraîcher, qui indique que des producteurs voisins ont également été concernés

Repères de l’exploitation

Ferme Saint Aignan

  • Localisation : Mont-Saint-Aignan, en Seine-Maritime
  • Installation : 2016
  • Surface cultivée : 1 ha plein champ et 4 000 m2 sous abri
  • Effectif : 2 CDI, un apprenti et des saisonniers d’avril à août
  • Exploitation en agriculture bio, sauf les fraises produites en hors-sol
  • Circuit de commercialisation : vente directe et distributeur automatique (50/50)

Une ferme pédagogique

L’exploitation de Baptiste Megard fait partie du réseau Bienvenue à la ferme. À ce titre elle accueille régulièrement des touristes et riverains. Les cultures et l’organisation de la ferme sont présentées et des visites des animaux de la ferme organisées, en plus de la vente directe mise en place. « Le distributeur automatique est un plus, dans ce contexte. C’est très apprécié des enfants car c’est ludique », se réjouit le maraîcher.

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