« Les brebis et les vaches se complètent bien sur mon exploitation agricole », dans l’Allier

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« Au printemps, les vaches gèrent mieux les pousses d'herbe importantes. Sur les prés peu portant et difficilement mécanisables, je mets plutôt des moutons », explique Étienne Debarnot Crédits : © A. Debarnot

Étienne Debarnot élève 60 vaches, 300 brebis et leur suite dans l’Allier. Il apprécie la complémentarité des deux espèces, notamment pour gérer les prairies.

Sur la ferme d’Étienne Debarnot, à Couzon dans l’Allier, se côtoient 60 vaches limousines et 300 brebis – 220 croisées et 80 charollaises inscrites.

« Les limousines sont arrivées sur la ferme quand mon père a arrêté le lait en 2022. J’ai amené les brebis quand je me suis installé, en 2025. Je trouve que les deux espèces se complètent bien », explique l’éleveur qui a été salarié pendant sept ans dans une ferme mixte ovins-bovins du côté de Charolles, où il s’est pris de passion pour les moutons charollais et a commencé à monter sa troupe ovine en parallèle de son emploi.

Au pâturage, gérer les lots en fonction de la pousse de l’herbe

Au pâturage, « il n’y a pas de règles, je m’adapte en fonction des zones et de la pousse de l’herbe », indique Étienne Debarnot. Les brebis peuvent pâturer avant ou après les vaches, ou bien en même temps. Malgré tout, l’éleveur suit quelques grands principes.

« Au printemps, les vaches gèrent mieux les pousses d’herbe importantes. Sur les prés de fond, peu portants et difficilement mécanisables, je mets plutôt des moutons », illustre-t-il.

En hiver, les brebis croisées restent dehors, et gèrent les refus des vaches. « Cela fait comme un déprimage, indique l’éleveur. J’apprécie également l’effet pied de mouton pour pallier les dégâts causés par le piétinement des vaches. »

Sur les prairies nouvellement semées, Étienne Debarnot fait passer en priorité les ovins, pour limiter l’impact du piétinement sur l’installation de la prairie.

Les vaches peuvent valoriser du foin plus grossier que les brebis

Pour gérer les stocks de foin, l’éleveur voit aussi un avantage à la complémentarité des deux espèces. « Lorsque l’année est compliquée, et qu’on ne peut pas bien récolter les foins, que certains sont de moins bonne qualité, les vaches peuvent le manger, alors que les brebis non », expose Étienne Debarnot qui fait sien l’adage de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier.

« Je pense que pour un éleveur bovin qui a entre 60 et 80 vaches, ajouter une soixantaine de brebis croisées, qui restent dehors sauf autour de l’agnelage, cela peut sécuriser le revenu sans trop d’investissements supplémentaires, estime le jeune éleveur. Au pâturage, elles vont faire leur vie et trouver leur alimentation, vaches et moutons ne mangeant pas tout à fait la même herbe. Il faut simplement garder une case à vaches pour les agnelages. En revanche, il faut qu’il y ait déjà des clôtures en place. »

C’est en effet la contrainte numéro 1 citée par l’éleveur quant au cheptel mixte ovins-bovins : avoir des clôtures adaptées aux deux espèces. Pour lui, cela passe par du grillage surplombé de deux rangées de barbelés. « Avec le grillage seul, les vaches s’appuient dessus et cassent tout », confie-t-il.

3 100 €/km de clôture

Installé il y a peu, Étienne Debarnot n’a pas encore pu réaliser toutes les clôtures qu’il voudrait. « Je me donne l’objectif de 1,5 km par an. Avec un poteau tous les trois mètres, j’estime le coût à 3 100 €/km pour les poteaux, le grillage et le barbelé », précise-t-il.

Pour l’instant, les parcelles sont clôturées grâce à du fil électrique. « Mais l’été, entre la laine qui n’est pas conductrice, et la terre sèche, les brebis passent en dessous. Elles ne sentent pas trop la décharge. Il faut donc souvent aller chercher des bêtes, relate Étienne Debarnot. J’ai la chance d’avoir un parcellaire groupé, avec 170 hectares d’un seul tenant. Je voudrais au minimum clôturer de grandes parcelles et les recouper avec des fils électriques. Comme ça, si les moutons passent sous le fil électrique, ils resteraient sur nos terres. »

L’eau et la complémentation au pré posent aussi question lorsque les deux espèces pâturent ensemble. « La hauteur des bacs à eau doit être de 50 cm pour les brebis, les vaches peuvent s’y adapter, explique l’éleveur. Il faut aussi faire attention à la zone autour de l’abreuvoir. Si elle est trop piétinée, les brebis iront moins boire, et elles peuvent aussi développer des problèmes de boiteries. Le mieux est sans doute de réaliser une plateforme en béton autour de l’abreuvoir. » Il prévoit toujours une zone spécifique pour les ovins, avec un fil électrique à 1,2 mètre, pour y mettre l’eau, un nourrisseur à mouton et la complémentation minérale. « Sinon les vaches mangent tout, affirme-t-il. Il faut aussi veiller à ce que la complémentation minérale des vaches ne soit pas accessible aux moutons, car le cuivre leur est toxique. »

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Un bâtiment en projet

Pour l’instant, Étienne Debarnot gère les deux espèces avec un seul bâtiment, l’ancien bâtiment des vaches laitières et une grange en complément, où agnellent les 80 brebis charollaises en janvier-février. Les brebis croisées et les génisses hivernent dehors. Les vaches vêlent dehors à l’automne, entre août et octobre, et rentrent le 1er décembre. « Les veaux sont bien dehors, je n’ai jamais de frais de véto dehors », explique l’éleveur.

Au 15 mars, toutes les vaches sont ressorties, pour laisser la place aux brebis croisées, dont 150 agnellent au printemps, autour du 1er avril et 70 à l’automne. Les agneaux du printemps ressortent après 15 jours, ceux d’automne ne ressortent pas. « Nous démontons tous les cornadis au printemps, pour aménager en mouton. Nous refaisons la manœuvre en sens inverse à l’automne, en gardant un peu de place pour les agneaux d’automne », précise Étienne Debarnot.

L’éleveur a toutefois engagé un projet de bâtiment dédié aux vaches avec un hébergeur de panneaux photovoltaïques. « Ce serait plus simple d’avoir un bâtiment pour chaque espèce, ainsi que du matériel de contention adapté », confie-t-il.

Fiche élevage

220 ha de SAU dont 170 ha d’herbe et 50 ha de cultures

60 vaches limousines avec mâles vendus en veaux gras sans complémentation entre avril et juin

220 brebis croisées et 80 brebis charollaises inscrites

Vaches et cultures en bio

Parasitisme et mixité : de premières études rassurantes

Dans le cadre du projet Accomplir, des études ont été menées sur le parasitisme lorsqu’il existe du pâturage mixte ovins-bovins. Les résultats sont encourageants.

Si la plupart des strongles digestifs sont spécifiques aux ovins ou aux bovins (seulement quatre sont communs), les petites et grandes douves et le paramphistome peuvent infecter les deux espèces.

Une étude sur l’effet du pâturage alterné ovin-bovin au printemps a été menée en 2024 et 2025 à l’Herbipôle de l’Inrae de Laqueuille, en Puy-de-Dôme, dans le cadre du programme Accomplir (1). Elle suggère une réduction de l’infestation des brebis par les strongles digestifs lorsque celles-ci pâturent en alternance avec des vaches. « En 2025, les brebis pâturant après les vaches ont excrété moins de 500 opg (œuf de strongles par gramme de crotte) contre plus de 3 000 opg pour celles conduites en pâturage exclusivement ovin », indique l’étude. Malgré une réduction de l’excrétion de moitié pour les agneaux en 2025 (2 000 g opg contre 4 000 g opg), les niveaux d’infestation sont restés très élevés quel que soit le type de pâturage.

Vérifier le statut parasitaire

« Le strongle digestif le plus dangereux pour la santé des animaux, Haemonchus contortus, très présent chez les brebis et les agneaux, n’a pas été transmis aux génisses », note l’étude. En revanche, la petite douve, qui avait été détectée chez les brebis, mais pas chez les génisses avant le pâturage, a été retrouvée après le pâturage. Les auteurs de l’étude conseillent donc de vérifier le statut parasitaire des animaux avant le pâturage par coproscopie, pour éviter la transmission.

Le pâturage hivernal des brebis sur les parcelles des vaches a aussi fait l’objet de suivis. Leurs résultats suggèrent que le risque de transmission entre les espèces est faible pour les strongles, la petite et la grande douve, et reste indéterminé pour le paramphistome. Les auteurs de l’étude ont respecté deux mois entre le pâturage des brebis et le retour des vaches.

(1) Accomplir, accroître la complémentarité ovin-bovin pour plus de résilience, est un projet Casdar visant à créer de nouvelles références sur le pâturage mixte ovins-bovins.
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