Le changement climatique bouleversera les calendriers de récolte et la conduite des prairies de demain. Exemple en Bretagne présenté lors de la journée régionale caprine de juin.
« La Bretagne de demain aura une température moyenne annuelle proche de celle du Montpellier des années 2000 », résume Jérémie Jost de l’Institut de l’élevage pour illustrer l’évolution attendue d’ici la fin du siècle. Les projections annoncent pour la fin du siècle une hausse des températures de près de 3 °C avec des étés plus secs et davantage de journées dépassant les 25 °C. « Les chaleurs extrêmes vont être de plus en plus fréquentes et de plus en plus intenses », prévient-il ce 2 juin lors de la journée régionale caprine de Bretagne, avant que la France ne connaisse sa pire canicule enregistrée à ce jour.
Pour les systèmes fourragers, les conséquences sont déjà connues. « On va avoir une précocité du démarrage de la croissance de l’herbe, un arrêt plus précoce avec les sécheresses estivales, puis une reprise plus marquée à l’automne grâce à des hivers plus doux. »
Récolter l’herbe tôt
Cette évolution obligera les éleveurs à revoir leurs dates d’intervention. Les modèles présentés par Idele montrent que les premières coupes pourront intervenir 15 à 20 jours plus tôt qu’aujourd’hui. « Les premières coupes seront disponibles plus tôt, mais les fenêtres météo pour faire du foin risquent d’être plus courtes », souligne Jérémie Jost.
En élevage caprin, la qualité alimentaire des fourrages reste la priorité. Or la valeur alimentaire de l’herbe chute rapidement lorsque les plantes avancent en stade. « Plus on attend, plus on gagne en rendement, mais plus on perd en qualité. En chèvres, il vaut souvent mieux récolter un peu moins mais récolter tôt. »
Envisager l’enrubannage ou le séchage en grange
Le réchauffement ne signifie pas davantage de journées favorables au séchage. Au contraire, les créneaux météo pourraient devenir plus difficiles à saisir. « Si l’on veut rester sur un système tout foin, il faudra être extrêmement réactif. Avoir cinq jours consécutifs de beau temps au printemps deviendra plus compliqué. »
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Pour sécuriser la qualité des fourrages, Jérémie Jost invite les éleveurs à envisager d’autres modes de conservation. « L’enrubannage ou le séchage en grange permettent de réduire fortement le temps passé au champ, donc de limiter les risques de pertes de feuilles et de valeur alimentaire. » Le pâturage ou l’affouragement en vert permettent aussi de valoriser l’herbe tout en diminuant la pression sur la quantité de stock à réaliser.
Même avec du foin, quelques règles restent incontournables. Une coupe à sept ou huit centimètres de hauteur permet de limiter la terre, et de faciliter la circulation d’air et la reprise. Le fanage et la mise en andain seront idéalement réalisés après la levée de la rosée et avant les pleines chaleurs.
Des stocks à sécuriser
Au-delà de la récolte, c’est toute l’organisation fourragère qui devra gagner en souplesse. Les années seront plus contrastées, avec des printemps parfois très productifs et des étés marqués par des arrêts de pousse précoces. Certaines espèces estivales, comme le sorgho, pourraient prendre davantage de place lorsque les conditions pédoclimatiques le permettent.
« Il va falloir gérer une variabilité beaucoup plus forte d’une année sur l’autre », insiste Jérémie Jost. Cela passera par des stocks de sécurité plus importants et des prairies capables de résister aux sécheresses estivales. « Produire de l’herbe est une chose, mais il faudra surtout faire en sorte que les prairies survivent aux épisodes de chaleur et repartent correctement à l’automne. »