Producteur de céréales et légumes en bio dans le Morbihan, Alexandre Hervé a choisi en 2026 de se diversifier en chanvre. Malgré un été chaud et sec, la culture s’est bien passée.
« L’idée me trottait dans la tête depuis un moment, explique Alexandre Hervé, agriculteur en bio à Baud, dans le Morbihan. Quand Baud Communauté et le GAB 56 m’ont proposé une expérimentation de culture de chanvre avec Terrachanvre et après avoir discuté avec des producteurs qui en cultivaient déjà, j’ai décidé de me lancer. » Installé en 2018, Alexandre Hervé cultive 124 hectares en bio, dont 80 hectares de céréales, 7 à 8 hectares de légumes industrie et 4 à 5 hectares de pommes de terre, le reste en herbe valorisée par des éleveurs voisins. « Sur les neuf cultures que j’implante en général, il y a souvent un ou deux ou trois échecs, indique le producteur. Ma stratégie est donc de me diversifier le plus possible pour limiter les risques. De plus, le chanvre est une culture nettoyante. J’avais une parcelle de 3,70 hectares très envahie par le rumex. J’ai choisi d’y implanter du chanvre pour la nettoyer. »
L’expérimentation de Baud Communauté, qui bénéficie du soutien de l’Ademe, vise à développer une filière locale de valorisation de chanvre bio en biomatériaux et en alimentation avec l’entreprise Terrachanvre, basée à Quistinic, dans le Morbihan. Pour la collectivité, l’enjeu est de préserver la ressource en eau. Pour cette première année, 13 hectares ont été semés sur trois exploitations, dont celle d’Alexandre Hervé.
Le chanvre, un atout dans la rotation
Culture historique en Bretagne, le chanvre présente de nombreux avantages d’un point de vue agronomique. « C’est une espèce rustique, résistante à la sécheresse et qui étouffe les adventices grâce à sa croissance rapide, précise Céline Rolland, du GAB 56, qui suit depuis dix ans des producteurs de chanvre en Bretagne. C’est un bon précédent à céréales. Il permet de diversifier son assolement et de casser le cycle des adventices et maladies. Il est peu sensible aux bioagresseurs et ne nécessite pas de produits phytosanitaires. Et sa racine pivot structure le sol. »
Sur l’exploitation d’Alexandre Hervé, le chanvre a été semé après un précédent colza et trèfle Haïfa, avec une interculture constituée de repousses de trèfle. Début avril, le producteur a passé le rotovator pour détruire le reste de trèfle, puis est repassé avec un outil à dents pour fissurer le sol. Il a ensuite labouré et passé le rouleau le 1er mai. Puis il a épandu 4 tonnes par hectare de fumier de volaille acheté à un voisin, le chanvre nécessitant une minéralisation rapide de l’azote, ainsi que 1,50 tonne par hectare de carbonate humide, le chanvre n’aimant pas les sols trop acides. Il a ensuite fait un passage de Canadien pour effacer les traces.
Le chanvre a été semé le 21 mai, en combiné herse rotative et semoir, à 45 kilos par hectare et 0,5 centimètre de profondeur, pour favoriser un démarrage rapide. « Le semis doit se faire dans un sol réchauffé à 10-12 °C, précise Céline Rolland. Il faut éviter les sols hydromorphes ou trop caillouteux et faire un lit de semences fin. Le roulage après semis est fortement conseillé. L’objectif de peuplement pour une récolte graine et paille est de 200 à 250 pieds par mètre carré. Une fertilisation à hauteur de 100 unités d’azote est aussi recommandée, ainsi qu’un apport de potasse. »
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Aucune intervention n’a ensuite été nécessaire jusqu’à la récolte. « Après un hiver très pluvieux, les mois d’avril et mai ont été très secs, puis les canicules se sont enchaînées sans précipitations, indique Alexandre Hervé. Il est quand même tombé 50 mm en juillet, ce qui a sans doute sauvé la culture. » « Le chanvre souffre de la canicule et de la sécheresse, mais il reste vert et repart dès que les conditions s’améliorent », souligne Céline Rolland. La récolte a été réalisée début octobre avec une moissonneuse-batteuse double coupe. « La récolte peut se faire en un passage, avec une moissonneuse équipée d’une double coupe, une coupe haute pour les graines et une coupe basse pour la paille, explique Hervé Derrien, fondateur de Terrachanvre. Il est aussi possible de procéder en deux passages, un premier pour les graines, avec une moissonneuse-batteuse adaptée, et un second pour la paille avec une faucheuse. »
Cette année, le rendement graines devrait s’établir à 500 ou 600 kilos par hectare, contre 800 kilos par hectare habituellement. La valorisation des graines se chiffre à 1 600 euros la tonne. La paille, elle, est valorisée environ 130 à 150 euros l’hectare avec un rendement là aussi en retrait (moyenne 10 ans en Bretagne de 4 t/ha). Les graines devaient être envoyées dans un séchoir dans les quatre à cinq heures suivant la récolte. Et la paille, récoltée en round-ball, devra encore être stockée sous un hangar pendant trois à six mois avant son enlèvement. « La conduite du chanvre est simple, mais sa récolte implique du matériel adapté, beaucoup de manipulations et de la place à l’abri pour stocker la paille pendant trois à six mois », note Céline Rolland. Des apports en eau suffisants sont aussi importants pour la valorisation de la paille.
Une filière chanvre en développement en Bretagne
Même si les surfaces restent encore limitées, une filière chanvre se structure peu à peu en Bretagne avec différents opérateurs qui ambitionnent d’augmenter les surfaces. En 2025, selon la chambre d’agriculture de Bretagne, 380 hectares de chanvre ont été cultivés en Bretagne, dont 60 % dans le Morbihan. 250 hectares ont été valorisés en graines bio par Terrachanvre, avec des débouchés notamment en Europe du nord et de l’est (Allemagne, Lituanie…), les pailles étant transformées par Agrochanvre (Manche) et par la Cavac (Vendée). La récolte se fait avec trois machines acquises en copropriété par la Cuma Saveurs Paysannes (Morbihan) et par Terrachanvre, avec également un réseau de séchoirs pour le séchage des graines.
Terrachanvre veut aussi créer une unité de valorisation des pailles et envisage de cultiver 1 500 hectares de chanvre bio en Bretagne d’ici quelques années. La Bretagne compte une autre filière pilotée par la coopérative Eureden, qui cultive actuellement 50 hectares de chanvre en conventionnel pour la Cavac, avec une récolte par une ETA et une valorisation uniquement de la paille. Cavac Biomatériaux, qui cultive 3 000 hectares de chanvre au total, est en fort développement et cherche à diversifier ses zones de production pour limiter les risques climatiques. Son ambition est de valoriser 300 à 500 hectares de chanvre en Bretagne. S’y ajoutent encore Terres de Sources (Ille-et-Vilaine), Lin et Chanvre en Bretagne (Finistère), LB Éco Habitat (Ille-et-Vilaine), Espace Éco-chanvre (Ille-et-Vilaine), Chanvre de Cornouailles (Finistère) et des transformateurs à la ferme.
Alexandre Hervé, agriculteur en bio à Baud, dans le Morbihan : 124 ha de SAU, dont 80 ha de grandes cultures (blé, orge de brasserie, colza, maïs, sarrasin, féverole), 7-8 ha de légumes industrie (pois, haricots), 4-5 ha de pomme de terre, 4 ha de chanvre, 28 ha de prairies. 1 UTH
La culture du chanvre est réglementée
Il est obligatoire d’utiliser des semences de chanvre certifiées à moins de 0,3 % THC. Il est interdit de resemer ses graines. Et les étiquettes des sacs de semences doivent être envoyées à la DDTM.