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De la laine peignée de Mérinos d’Arles pour remobiliser la filière française

La jeune marque de mode féminine Chandam a pris l’engagement de concevoir un fil peigné en laine française pour sa collection automne-hiver 2022. L’entreprise basée à Antibes espère désormais faire des émules. Des éleveurs des Alpes-Maritime Vaucluse et Bouches du Rhône assurent l’approvisionnement en matière première avec des moutons de race Mérinos d’Arles.

Eléonore Bricca, créatrice de la marque de mode féminine Chandam, va proposer pour sa collection automne-hiver 2022 des vêtements réalisés avec un fil peigné 100% laine française.
© Chandam

La laine des vêtements commercialisés en France vient rarement de France. Elle vient d’Australie, d’Afrique du Sud ou de Nouvelle-Zélande. C’est ce qu’observe Eléonore Bricca qui précise : « aujourd’hui, on ne valorise que 4% de la laine produite sur le territoire ». La créatrice de mode féminine a lancé en octobre 2021 la marque Chandam qui propose pour sa collection automne-hiver 2022 des vêtements réalisés avec un fil peigné 100% laine française.

« Aujourd’hui, on ne valorise que 4% de la laine produite sur le territoire ».

Jusqu’à présent, la laine française valorisée dans l’Hexagone l’est sous forme de fil cardé, un fil plus gonflant que le fil peigné, ou de produits non tissés comme le feutre ou le rembourrage utilisé pour les matelas et la literie.

Une laine produite par des éleveurs de trois départements du Sud

La laine destinée à être transformée en fil peigné provient de moutons Mérinos d’Arles élevés dans les Alpes-Maritimes, le Vaucluse et les Bouches-du-Rhône.

Après la tonte, la laine est acheminée vers Saugues en Haute Loire pour y être lavée. L’opération permet d’enlever le gras, les végétaux et la poussière. La laine d'autres races pourrait être adaptée à cette transformation, notamment la race Ile de France et la race locale des Alpes du Sud Moureros. La laine part ensuite dans le Nord, à Tourcoing, dans la dernière entreprise de peignage française, où elle sera travaillée.

Les deux étapes finales, le filage et la teinture, sont réalisées chez un filateur parti de France pour s’installer en Suisse il y a près d’un siècle. Eléonore Bricca mentionne qu’elle apprécie ce filateur notamment pour son usine couverte de panneaux solaires. Un choix en adéquation avec les valeurs de l’entreprise Chandam qui veut s’engager vers une mode plus responsable dans le processus de fabrication de ses vêtements. C’est ainsi que la marque française a supprimé de son processus de fabrication le traitement superwash, un procédé qui nécessite de l’eau, de l’énergie et des substances chimiques. La matière première destinée au 100 % laine ne nécessite pas cette étape. Grâce à cette option technique, les lainages en fil peigné bénéficient d’un « rendu naturel » qui permet aux vêtements d’être « plus chauds et respectueux de la planète » assure leur créatrice.

Vers une mode plus responsable

« On participe à la remobilisation d’une filière qui était en déliquescence », se réjouit Eléonore Bricca. La demande des clients est de plus en plus forte, assure-t-elle. D’où son appel : « nous avons besoin d’être plus nombreux à travailler des matières à base de laine française afin de développer les savoir-faire sur le territoire ».

En 2021, 200 pièces ont été vendues. L’objectif cette année est de dépasser ce chiffre. Pour produire au plus près de la demande, des précommandes seront organisées d’août à novembre pour des livraisons jusqu’aux fêtes de fin d’année.

En 2021, le prix de vente d’un pull était compris entre 200 et 300 €. En choisissant un style plus « basique », la marque proposera cette année des pulls à moins de 200 €.

 

Eléonore Bricca : « avec la laine, on peut faire énormément »

Eléonore Bricca, à l’initiative de la marque Chandam est ingénieur agronome. C’est sans doute la raison pour laquelle elle attache beaucoup d’importance à l’accompagnement des éleveurs. A ce jour, son entreprise travaille avec 1 éleveur en direct et 2 autres éleveurs par le biais d’un négociant.

En 2021, la maison de mode a acheté et transformé 2,1 tonnes. La production de laine en France est environ de 14 000 tonnes et la majorité de cette production est exportée (vers la Chine en particulier avant la crise sanitaire). Un ovin produit environ 2 kg de laine par an, un chiffre variable en fonction des races. « On ne valorise pas notre laine », observe la créatrice. Son objectif est donc d’essayer de faire grossir le nombre d’éleveurs qui pourraient être « intéressés à valoriser autre chose que la viande ». Mais aujourd’hui, les éleveurs qui ont envie de valoriser la laine ne sont pas nombreux. En cause : le prix. « Pendant des années, on a de moins en moins bien payé la laine » reconnaît Eléonore Bricca. Un kg de laine payé 80 centimes ne rembourse pas la tonte à 1,90 €. « Aujourd’hui, la laine, ça coûte à l’éleveur » déplore la dirigeante et Il faut donc « réussir à inverser la tendance ». Il faut améliorer les pratiques pour améliorer la qualité de la laine. Selon elle, transformateurs et éleveurs sont déçus de la situation actuelle et elle milite pour une « filière plus juste » qui redonne « confiance à tout le monde ».

L’entreprise Chandam trie la laine dans les chantiers et ne paie que la laine qu’elle garde, au prix de 2,50 € le kg. « On ne peut pas tout acheter » explique Eléonore Bricca mais les producteurs préfèrent vendre toute la laine à moindre coût. La différence de prix sur une petite quantité représente peu. Il faut donc améliorer la qualité et mettre en place un suivi. « On s’implique la dedans » assure-t-elle. Elle n’envisage pas de contrat d’exclusivité pour ne pas mettre les éleveurs en concurrence mais va continuer à faire appel à des négociants. Son objectif est aussi d’améliorer les rendements. Actuellement, pour 2 tonnes de laine, la production est de 500 à 600 kg de fil qui revient à 50 € du kilo (10 € pour la laine, 40 € pour les transformations).

 « Il y a pas mal de projets sur les différentes laines en France. On veut montrer qu’avec la laine, on peut faire énormément » affirme-t-elle mais il faut « des filières plus pérennes ».

 

 

 

 

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