Dans les yeux d’Amélie : « J’ai eu une alerte sanitaire en fromagerie ! »
Alors qu’Amélie, nouvelle éleveuse de chèvres et fromagère en Isère, commençait à prendre ses marques et entrer dans une certaine routine en fromagerie, le résultat d’un autocontrôle est venu tout remettre en question.
L’été à la ferme a été bien chargé en travail et en émotions ! Premier coup dur inattendu : un autocontrôle sur un de mes fromages revenu positif à la listeria. Ce germe présentant des risques pour la santé humaine, j’ai donc dû suspendre mes ventes du jour au lendemain et contacter mes revendeurs pour leur demander de bloquer mes produits. Il faut aussi faire une déclaration en ligne sur le site Rappel Conso, informer la DDPP et mettre une affichette en point de vente pour informer les consommateurs de la contamination.
Évaluer l’ampleur et l’origine de la contamination
En parallèle, on sort les grands moyens pour identifier au plus vite d’une part l’ampleur de la contamination et d’autre part son origine. Heureusement, en tant qu’adhérente de l’APFI, Association des producteurs fermiers de l’Isère, j’ai pu bénéficier de l’accompagnement d’une technicienne fromagère pour gérer la crise et d’une prise en charge partielle des analyses à réaliser. Toute la fromagerie est passée au peigne fin pour rechercher la présence de listéria sur mon matériel (tables d’égouttage, grilles, moules, groupes froids…) mais aussi dans mon stock de fromages en cave. Des échantillons sont également prélevés en chèvrerie pour détecter la présence du germe dans l’environnement de l’élevage.
En attendant le résultat de ces analyses, il faut savoir quoi faire de son lait. La listeria ne résistant pas à des températures élevées, je peux continuer à commercialiser mes yaourts. Je décide aussi de pasteuriser une partie de mon lait pour produire quelques faisselles et fromages frais. Mais je n’ai qu’un petit pasteurisateur à yaourt de 20 litres (alors que ma production journalière approche les 90 litres), la pasteurisation est donc assez fastidieuse. Le reste du lait, je le transforme cru sans savoir si je pourrai commercialiser les fromages. J’avoue avoir traversé quelques jours difficiles où je me demandais pourquoi je me levais le matin !
Pasteuriser pour poursuivre les ventes
Heureusement, les premiers résultats d’analyse arrivent assez rapidement après quatre jours : aucune trace de listeria n’a été détectée ni en fromagerie, ni dans aucun autre lot de fromages. Je peux donc reprendre les ventes et rassurer mes revendeurs.
Les résultats des échantillons prélevés dans l’environnement arrivent quelques jours plus tard : la présence du germe est détectée dans mes abreuvoirs. Après un nettoyage et désinfection rigoureux, une nouvelle analyse revient négative. Je m’engage auprès de la DDPP à faire analyser mon lait chaque semaine pendant un mois pour confirmer la sortie de crise.
Après ces émotions, je démarre l’été sur les rotules ! Heureusement, nous avons pu nous organiser avec mon associé pour prendre chacun une semaine de vacances. La dernière semaine avant le départ est bien chargée pour tout mettre en ordre afin de faciliter mon remplacement mais je suis consciente que j’ai beaucoup de chance de pouvoir partir dès ma première année d’installation. À mon retour, c’est au tour de mon associé de partir. Même si c’est une période creuse pour les autres ateliers (moutons et vaches allaitantes), c’est quand même sportif de devoir gérer les trois élevages toute seule ! Cela tombe bien, je reçois la visite pour quelques jours de ma sœur et mes neveux qui n’avaient encore jamais vu la ferme et sont ravis de pouvoir prêter main-forte. Les tâches les plus fastidieuses comme poser ou enlever des filets sont un amusement pour qui ne le fait pas tous les jours et vont beaucoup plus vite à plusieurs !
Durcissement du seuil d’alerte listeria
Depuis le 1er juillet, le critère concernant la présence de listeria s’est durci. Alors qu’il y avait auparavant un seuil de tolérance à 100 UFC/g à la date limite de consommation, il est désormais exigé une absence totale du germe dans 25 g pendant toute la durée de vie du produit.