Dans la Drôme : « Les vermicomposts liquides protègent les sols et la vigne »
Chercheuse indépendante, Céline Basset prépare une thèse dans laquelle elle s’intéresse au microbiote. Ses travaux suggèrent que des pulvérisations de vermicompost liquide sur le sol et les feuilles représentent une solution pour la santé de la vigne.
Chercheuse indépendante, Céline Basset prépare une thèse dans laquelle elle s’intéresse au microbiote. Ses travaux suggèrent que des pulvérisations de vermicompost liquide sur le sol et les feuilles représentent une solution pour la santé de la vigne.
Ne vous fiez pas aux apparences. Depuis son petit laboratoire isolé à Dieulefit, dans la Drôme, Céline Basset est en lien aussi bien avec l’université de Barcelone, le Centre des sciences et des technologies forestières de Catalogne (CTFC), ou encore la Commission européenne. En 2022, la jeune femme a décidé de mettre au profit de la recherche agronomique son passé académique (elle est titulaire d’un master avec spécialisation en neuropsychologie) et son expérience de maraîchère, fruit d’une reconversion. Son intuition ? En restaurant le microbiote du sol, ce dernier gagne en résilience. « Et cet équilibre de la rhizosphère, avec le temps, amènera à un équilibre du microbiome des parties aériennes de la plante, la phyllosphère », pose-t-elle.
Pour le prouver, Céline Basset s’est lancée dans l’expérimentation, dans le cadre d’une thèse (1). Et le modèle sur lequel elle travaille n’est autre que la vigne. « J’ai trouvé dans le village voisin une agricultrice avec une parcelle de raisins de table, sur laquelle elle a arrêté le travail du sol il y a une quinzaine d’années. Et qui n’a appliqué ni irrigation, ni fertilisation, ni aucun biocide depuis quatre ans, explique la chercheuse. Un cas idéal. » Afin de reconstituer l’écosystème du sol, Céline Basset s’appuie sur les vermitechnologies, regroupant le vermicompost et le thé de vermicompost oxygéné (TVO). « Il y a environ quarante ans de recherche, principalement dans les pays du sud global, qui témoignent des nombreux effets bénéfiques de ces produits pour les sols et les plantes », assure-t-elle.
Pulvériser du TVO sur les feuilles pour occuper l’espace
Concrètement, la thésarde a découpé cette parcelle de vigne de 80 ares en trois modalités. La première ne reçoit toujours aucun traitement et sert de contrôle. La deuxième, nommée « agroécologie », a subi une décompaction du sol sur le rang à une trentaine de centimètres de profondeur (à la grelinette), « pour aérer sans casser les racines », et a reçu de la matière organique au pied sous forme d’un épais tapis de paille (environ 15 centimètres). La troisième modalité a connu le même traitement en plus de quatre inoculations de TVO au sol à l’automne, par arrosage au pied avec du vermicompost liquide, et de pulvérisations foliaires en saison végétative. Ces TVO contiennent des organismes et micro-organismes locaux émanant du vermicompost. « L’idée des pulvérisations foliaires de TVO étant de coloniser l'arrière des feuilles avec les micro-organismes avant l’arrivée du mildiou, et ainsi de créer une barrière biologique », expose Céline Basset.
En 2023, la chercheuse a réalisé quatre pulvérisations avec un atomiseur thermique à dos, en prenant soin de commencer le plus tôt possible lors de l’apparition des feuilles, d’atteindre le dos des feuilles où se trouvent les stomates, et en veillant à ce qu’aucun fongicide ne vienne perturber ces organismes. Elle a observé qu’il fallait bien mouiller la végétation, en apportant 200 voire 300 litres par hectare de TVO pur, et renouveler au fur et à mesure de la pousse pour protéger les nouvelles feuilles. À l’heure de compter les maladies (mildiou, oïdium et érinose), la modalité « vermitechnologies » ne montrait que 15 à 20 % d’attaques, là où le témoin affichait 80 %. « Il y avait quelques taches de mildiou, mais elles étaient très circonscrites, alors que sans protection elles sont beaucoup plus diffuses », commente Céline Basset. Elle a répété la même opération en 2024, en gardant quatre applications pour la régularité de l’essai. « Il y a eu une réponse, mais vu l’année et l’importante pluviométrie, les résultats ont été décevants. Il aurait fallu huit pulvérisations », estime-t-elle. Et en 2025, les quatre interventions ont donné des résultats similaires à ceux de 2023.
Des micro-organismes du sol plus nombreux et plus utiles
Mais l’aspect phytosanitaire n’est pas le seul aspect positif qui ressort d’un tel traitement aux TVO. Le taux de matière sèche des feuilles augmente significativement à mesure que l’on passe de la modalité contrôle à agroécologie, puis à vermitechnologies. « Ce qui montre qu’il y a de plus en plus de concentration de nutriments, c’est un indicateur du bon fonctionnement de la plante », enseigne la thésarde. Quand on analyse le sol, des changements sont déjà apparus depuis 2023. La biomasse microbienne représente 730 milligrammes par kilo de sol dans le contrôle, mais culminait à plus de 1400 milligrammes par kilo dans la troisième modalité en 2024. « Et l’observation au microscope met en évidence une amélioration des réseaux trophiques du sol, illustrant des interactions accrues entre les organismes. Par ailleurs, les résultats d’analyses d’ADN de 2025 confirment la présence de différences significatives entre les compartiments biologiques selon les modalités », se réjouit Céline Basset. Il y a notamment beaucoup moins de nématodes phytophages, en proportion, et beaucoup plus de nématodes bactérivores, omnivores et nématodes prédateurs utiles au bon fonctionnement du sol.
Les essais de la doctorante touchent à leur fin, mais un GIEE de la Drôme réalisera dans les prochaines années des essais paysans avec un protocole similaire.
La biodiversité du sol, source de résilience et d'économies
L’objet des recherches de Céline Basset consiste, en partie, à définir comment restituer les fonctions écologiques et services écosystémiques du sol via sa biodiversité, dans le but de gagner en résilience mais aussi de couper dans les coûts de production. Elle a constaté que le sol, selon son taux d’oxygène, peut prendre la forme de quatre habitats différents : aérobie, aérobie facultatif, anaérobie-putréfaction et anaérobie-fermentation, où l’on ne trouvera pas la même biologie. « Un sol agricole doit se situer entre les conditions aérobie et aérobie facultative. Et toutes les cultures ne nécessitent pas le même ratio champignons/bactéries », assure-t-elle.
La chercheuse a également défini cinq compartiments biologiques qui forment une véritable chaîne alimentaire : les bactéries et champignons (décomposeurs) ainsi que les protozoaires, nématodes et microarthropodes (prédateurs). « Les décomposeurs forment la première manne de la boucle de recyclage microbienne, et ce sont les prédateurs qui, en mangeant les bactéries et champignons, rendent les nutriments biodisponibles pour les plantes », ajoute-t-elle.
Selon sa logique, la régénération naturelle d’un sol prenant trop de temps, les itinéraires techniques doivent suivre une progression temporelle, où il faut d’abord passer par la restauration de la biologie des sols, via les vermitechnologies, puis par l’arrêt du travail du sol, qui détruit les habitats, puis par la couverture végétale et en dernier lieu, une fois l’équilibre retrouvé, par l’arrêt des produits phytosanitaires.
comprendre
Céline Basset s’appuie préférentiellement sur les vermitechnologies (vermicompost et thés de vermicompost oxygénés-TVO) plutôt que sur les composts « car il fallait trouver un moyen d’obtenir une qualité biologique fiable et stable, indique-t-elle. J’ai choisi les vers de terre ». Pour obtenir ces produits, elle utilise un vermibioréacteur alimenté en matière organique pendant neuf mois, en commençant par des sucres simples (épluchures de légumes, etc...) et en diversifiant le menu au fur et à mesure. La solution liquide (TVO) permet un meilleur dépôt des organismes au sol. Elle se prépare en faisant buller de l’eau avec de la mélasse, des acides humiques, et la litière de vermibioréacteurs, afin de multiplier par aérobiose les micro-organismes et protozoaires élevés pendant les neuf mois. Une heure ou deux sont suffisantes pour un apport au sol, mais 24 à 48 heures sont nécessaires pour une pulvérisation foliaire.