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Six axes pour améliorer l'autonomie protéique des élevages caprins

Les leviers d’amélioration de l’autonomie protéique sont nombreux mais leur mise en œuvre n’est pas toujours simple. Avant d’envisager tout changement majeur, des gains importants sont possibles en optimisant son système et ses ressources.

« En élevage caprin, les leviers principaux pour améliorer l’autonomie protéique sont l’optimisation de la ration et la valorisation des fourrages », explique Bertrand Bluet, chef de projet fourrage caprin à l’Institut de l’élevage. « Dans de nombreuses situations, les gains en autonomie sont moins importants si on se concentre uniquement sur la modification de la nature des concentrés. C’est par l’ajustement des quantités distribuées et l’amélioration de la qualité des fourrages que les éleveurs peuvent gagner le plus efficacement en autonomie protéique, même si ce n’est pas le plus simple », poursuit-il.

Les six axes de travail présentés ici sont à raisonner en fonction de la situation de chaque élevage, il n’y a pas de solution unique.

1 Changer son système alimentaire

Certains systèmes qui valorisent plus l’herbe et/ou les légumineuses sont souvent plus autonomes, comme les systèmes pâturant ou les systèmes basés sur de la luzerne de qualité. Si un changement de système peut être toujours intéressant à envisager, il n’est pas toujours possible en fonction des contextes et contraintes de chacun. Mais il y a des marges de manœuvre importantes dans tous les systèmes avant d’envisager un changement radical de la ration.

2 Optimiser son système alimentaire

« C’est peut-être le levier le moins attrayant, mais c’est le plus efficace ! », affirme Bertrand Bluet. Les résultats d’une étude menée par des organismes de conseil en élevage sur 700 rations réelle sont surprenants : plus de 80 % des rations distribuées étaient en excès au niveau des apports en protéines, dont 57 % en très fort excès.

« Bien sûr, il faut inclure des marges de sécurité lorsqu’on calcule une ration pour tenir compte des erreurs possibles concernant les hypothèses sur les valeurs des fourrages, les quantités ingérées… mais 100 g de concentrés distribués en trop par chèvre, c’est plus de sept tonnes d’aliment surconsommées par an pour un troupeau de 200 chèvres », rappelle-t-il.

« Une première cause de surconsommation de concentrés est liée aux imprécisions sur la distribution, explique l’Institut de l’élevage dans un dossier sur les solutions pour maîtriser son coût alimentaire. Quels que soient les outils, il est important de vérifier que la quantité distribuée est bien la quantité prévue pour chaque animal, mais aussi à l’échelle de chaque lot. Il faut donc penser à réajuster les quantités distribuées à chaque évolution de l’effectif présent, réétalonner les distributeurs, peser les seaux, vérifier la cohérence avec l’évolution des stocks ou les fréquences de livraison. »

Limiter le gaspillage passe par un triptyque : connaissance des besoins de ses animaux, connaissance de la valeur de ses aliments et maîtrise de l’aliment réellement distribué. Bien sûr cela suppose de suivre les performances de son troupeau et d’effectuer des analyses de fourrage, des investissements qui peuvent rapidement se rentabiliser au regard des économies possibles sur les aliments achetés. « Il faut aussi ajuster régulièrement la ration aux besoins des animaux. Plus il y a de concentré dans une ration, plus ça vaut le coup (coût !) de la revoir souvent, tous les mois si possible », conseille Bertrand Bluet.

3 Avoir confiance dans ses fourrages

« Très souvent, les éleveurs améliorent significativement la qualité des fourrages produits sur l’exploitation, mais craignent, et c’est normal, de perdre en lait en modifiant le rapport concentré/fourrage. Ils maintiennent un niveau de concentré élevé et ne valorisent donc pas ce fourrage de très bonne qualité », constate-t-il.

Bertrand Bluet conseille de faire une transition en fin de lactation ou au tarissement, périodes plus simples pour gérer une réponse à un changement de ration. « Il faut faire confiance à ses fourrages et à la capacité des chèvres de les valoriser. »

Basculer une ration vers plus de fourrage apportant plus de protéines et réduire la quantité de concentré distribuée nécessite de faire particulièrement attention à la gestion de ses stocks fourragers et à l’organisation du travail. Avec plus de fourrage dans la ration, il faut piloter plus finement sa distribution et les refus, changer ses repères, parfois modifier l’organisation de la distribution dans la journée etc.

4 Produire des fourrages riches en protéines

L’équilibre de la ration fonctionne selon le principe des vases communicants. Améliorer la qualité des fourrages est la principale voie pour gagner en autonomie et réaliser des économies en concentrés. À court terme, cela peut passer par l’optimisation du stade et la technique de récolte. Opter pour un nouveau mode de récolte permettant de valoriser de l’herbe à un meilleur stade peut être étudié (pâturage, affouragement en vert, enrubannage, séchage en grange…). Même s’il n’est pas toujours facile d’aller chercher une première coupe de qualité quand la météo n’est pas au rendez-vous. À moyen terme, une réflexion peut être conduite sur la nature des prairies : adapter les espèces en fonction du contexte pédoclimatique et du mode de récolte, augmenter la part de légumineuses en pure, en association ou en mélange etc. Plus il y a de légumineuses dans les mélanges, plus on améliore le taux de protéine des fourrages. Les graminées récoltées jeunes sont aussi très riches en protéines. Des essais sont en cours sur le comportement de prairies multiespèces afin d’étudier leur productivité, l’évolution de leur composition botanique, la valeur des fourrages produits…

En fonction du contexte pédoclimatique, du savoir-faire de l’éleveur, de l’équipement, des cahiers des charges… chacun doit trouver le système adéquat.

Un point d’attention est à observer sur les investissements dans le matériel de récolte des fourrages. Si on améliore la qualité en optimisant la chaîne de récolte, les charges de mécanisation peuvent rapidement devenir élevées. Il faut étudier les solutions de matériel en commun, même à deux éleveurs, pour limiter les coûts.

5 Produire des concentrés riches en protéines

« Si des céréales sont produites sur l’exploitation, il est pertinent de les consommer pour réduire ou se substituer totalement aux concentrés énergétiques, préconise Bertrand Bluet. Il n’y a pas de limite particulière à utiliser des céréales entières dès lors que les règles générales du rationnement sont respectées. Il faut bien sûr adapter les capacités de stockage et éventuellement les modalités de distribution. »

Le remplacement des concentrés protéiques achetés, lui, n’est pas si simple. Il faut toujours s’interroger sur la cohérence globale à l’échelle de l’exploitation en prenant en compte le rendement (en protéines à l’hectare), les rotations, et la valorisation par les animaux (digestibilité des protéines produites). « La première question à se poser est : quelle quantité de protéine est-ce que je produis à l’hectare avec cette culture ? », conseille Bertrand Bluet. De plus, toutes les protéines végétales ne sont pas valorisées de la même façon par les animaux. Les protéagineux (pois, féveroles, lupin) peuvent être utilisés dans les rations des chèvres. Ils sont cependant mieux valorisés après un traitement comme le toastage à condition que celui-ci soit efficace (voir résultats d’essais p. 25). Par exemple, un pois cru a la même valeur en protéine digestible que du blé (entre 95 et 100 g de PDIE/kg MS), il devient intéressant s’il est toasté (169 g de PDIE/kg MS). Les oléagineux peuvent également être utilisés mais uniquement après traitement, essentiellement en tourteaux.

« Dans tous les cas, il faut contrôler les indicateurs de rations en étant vigilant sur l’amidon pour les céréales, le pois et la féverole (pas plus de 25 % d’amidon dans la ration) ou sur les matières grasses pour les tourteaux (surtout si fermier, pas plus de 4 % de MG dans la ration). Lorsqu’un aliment du commerce est remplacé par des matières premières, il faut également être vigilant à maintenir une bonne couverture des besoins en minéraux. L’achat d’un aliment minéral est quasi systématiquement indispensable (qu’il soit inclus dans un autre aliment ou non) », précise Bertrand Bluet.

6 Acheter local

L’autonomie protéique se raisonne aussi à l’échelle locale, nationale. On ne peut pas travailler seul, il y a des opportunités à saisir pour acheter des sources de protéines locales. Passer un contrat avec un voisin pour de la luzerne, valoriser des coproduits locaux comme des drèches de blé etc., toute solution mérite ses calculs d’intérêt technique et économique.

Pour aller plus loin

Produire des fourrages de qualité pour les chèvres : CAP’Herb : un outil web pédagogique sur la valorisation de l’herbe en élevage caprin, à retrouver sur idele.fr/services/outils/capherb ;
Piloter la ration des chèvres : Des indicateurs liés à l’observation des troupeaux pour ajuster le rationnement des chèvres laitières, 11 fiches pratiques à retrouver sur idele.fr ;
Maîtriser le rationnement des chèvres : L’alimentation pratique des chèvres laitières, guide à commander sur acta-editions.com
Outils : Autosysel propose des pistes pour mieux conduire prairies et cultures, mieux récolter les fourrages, et valoriser les fourrages et les aliments dans la ration des chèvres. Pour gagner en autonomie alimentaire, Autosysel met à disposition des éleveurs de la documentation technique, un module de calcul rapide de diagnostic d’autonomie, ainsi que des relais départementaux pour aller plus loin.
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