Diversité et modernité des races de chèvres de pays
Longtemps perçues comme marginales, les races caprines à petit effectif revendiquent toute leur place dans l’élevage d’aujourd’hui et de demain. Entre réflexion sur leur image, nécessite de se faire connaître et préservation de leur diversité génétique, leurs éleveurs et associations de races entendent gagner en visibilité et en reconnaissance.
Longtemps perçues comme marginales, les races caprines à petit effectif revendiquent toute leur place dans l’élevage d’aujourd’hui et de demain. Entre réflexion sur leur image, nécessite de se faire connaître et préservation de leur diversité génétique, leurs éleveurs et associations de races entendent gagner en visibilité et en reconnaissance.
Comment désigner les races caprines locales comptant peu d’animaux sans les enfermer dans une image négative ? La question a suscité de nombreux échanges lors de la rencontre des associations de race organisée par Capgènes et l’Institut de l’élevage en janvier dernier en Corse. Plusieurs termes ont été avancés par ces éleveurs passionnés : « races patrimoniales », « races traditionnelles », « races régionales » ou encore « races en conservation ». Si l’expression « races à petit effectif » reste la plus utilisée dans les dossiers administratifs, certains participants lui reprochent de mettre l’accent sur la faiblesse numérique plutôt que sur les atouts de ces populations. « Patrimonial, il y a un côté historique en plus », souligne un éleveur, tandis qu’un autre plaide pour des races « traditionnelles d’avenir ». « Le terme race de pays me plaît bien, défend Jean-Christophe Sauze, éleveur de chèvres poitevines. Chacun peut y mettre ce qu’il veut : le pays de son enfance, son territoire, sa région… C’est une expression qui parle aux gens ». La question reste en suspens mais derrière le choix des mots se cache un véritable enjeu de communication, notamment pour valoriser ces races auprès du grand public, des futurs éleveurs et des financeurs.
Être plus visibles des porteurs de projet
Car les races à petits effectifs doivent se faire connaître et reconnaître pour exister à côté des alpines (420 000 têtes en France l’an dernier) et des saanen (350 000 têtes). Si chaque association de race, avec des moyens souvent très limités, cherche à se montrer par différentes façons, elles ont aussi l’envie de communiquer conjointement avec l’appui de Capgènes. Elles ne seront plus au Salon de l’agriculture car le coût du stand était devenu prohibitif et l’organisme de sélection a réduit sa surface d’exposition cette année. « Par contre, nous avons tout intérêt à renforcer la présence des petites races au salon Capr’Inov et au Sommet de l’élevage, explique Yves Rouault, le directeur de Capgènes. Ça permet de rencontrer des éleveurs et des porteurs de projets de toute la France. » Si certains craignent de se faire gentiment moquer avec leurs races insolites, Léopold Denonfoux, animateur de la chèvre poitevine et référent de la commission Ressources génétiques au sein de Capgènes, rappelle que « c’est là où il faut être. À nous de prendre notre place et d’en faire une vitrine pour nos races ». « Il faut surtout gagner de la visibilité auprès des étudiants qui cherchent un autre modèle d’agriculture », complète Claire Gagnepain, animatrice de l’association de la chèvre de race pyrénéenne.
Porteurs de convictions au quotidien
« Pourquoi ne pas créer des Oscars des races de pays ?, propose Jean-Christophe Sauze qui veut ainsi mettre en avant des éleveurs qui ont réussi leur installation, qui ont développé une ferme viable, qui innovent ou qui transmettent leur savoir-faire. Les jeunes ont besoin de modèles. Ils ont besoin de voir que des projets existent et fonctionnent. »
« Être éleveur d’animaux en race locale, c’est porter des convictions au quotidien, défend Louise Brunet, éleveuse de 160 chèvres provençales. Nos chèvres font moins de lait que leurs copines les chèvres alpines mais, en les conservant, nous permettons aux futures générations de s’installer avec des races rustiques et adaptées à leur territoire grâce à des agriculteurs qui les ont choisies pour leurs caractéristiques depuis des décennies ».
Si les races de pays peuvent être porteuses d’une image traditionnelle, elles entrent pourtant dans la modernité des élevages caprins modernes. Ainsi, l’an dernier, plus de 800 chèvres de race à petits effectifs ont été génotypées. Les races locales participent aussi à l’étude Lenticap sur la résistance génétique au Caev.
Ces éleveurs conservateurs de diversité disposent d’un réseau qui se structure, de projets économiques et des jeunes motivés et militants. En conciliant la préservation de la diversité génétique avec des activités économiques viables, les éleveurs de races à petits effectifs démontrent au quotidien qu’un autre élevage est possible.
Jean-Christophe Sauze, éleveur de chèvres poitevines dans les Deux-Sèvres : « On n’est plus des rigolos »
« Quand nous avons commencé à nous réunir autour des races de pays, il y avait très peu de professionnels et c’était parfois un peu folklorique. Aujourd’hui, les races se structurent et les sujets de préoccupations sont devenus beaucoup plus techniques. On n’est plus des rigolos et nous sommes capables de porter un discours technique, économique et professionnel crédible. Même si nous restons modestes à l’échelle de l’agriculture française avec nos environ 700 fermes professionnelles, nous ne sommes plus anecdotiques. En plus, nous portons une image forte. Les communicants l’ont compris depuis longtemps : lorsqu’ils veulent illustrer le local, l’authenticité, le terroir ou la qualité, ils choisissent souvent la photo d’une chèvre de race locale. »