« Les tourteaux laissés par la production d’huile servent à nourrir les vaches salers, notre système fonctionne presque en circuit fermé », en Haute-Saône
Au Gaec des Cramaillots, en Haute-Saône, Camille Ponnelle et Xavier Mariot construisent pas à pas un système en agriculture biologique qui joue la complémentarité entre cultures et élevage avec un troupeau de 40 mères salers, 100 hectares de cultures en rotation longue et les oléagineux transformés en huile.
Au Gaec des Cramaillots, en Haute-Saône, Camille Ponnelle et Xavier Mariot construisent pas à pas un système en agriculture biologique qui joue la complémentarité entre cultures et élevage avec un troupeau de 40 mères salers, 100 hectares de cultures en rotation longue et les oléagineux transformés en huile.
Lorsqu’il a accepté de reprendre la ferme familiale à Vauchoux, Xavier Mariot a posé deux conditions : arrêter le lait et passer en bio. « Avec le lait, j’avais le souvenir que mon père n’était jamais là et je ne voulais pas de ça. Pour le bio, j’avais découvert l’approche dans mon précédent métier, la sommellerie, cela m’intéressait », explique l’éleveur, qui est revenu sur la ferme en 2018 et s’est installé, en Gaec avec sa compagne Camille Ponnelle, fin 2021. « J’ai effectué un BPREA en alternance sur la ferme, je ne savais rien faire ! », s’amuse Xavier Mariot, qui a pourtant la fibre éleveur.
« En bio, nous ne pouvions pas arrêter l’élevage, nous avons besoin de fumier, confie-t-il. Et puis, une partie de nos terres est en zone Natura 2000, des prairies inondables en bord de Saône. Nos parcelles sont également très morcelées. » Alors le jeune homme s’intéresse à l’élevage allaitant, et un troupeau de salers en système naisseur-engraisseur remplace les montbéliardes. « J’ai toujours aimé les salers, depuis que je suis gosse », se souvient-il.
De l’huile et des tourteaux
Aux vaches s’ajoutent 100 hectares de cultures. Pour moins dépendre des marchés, Xavier Mariot et Camille Ponnelle décident d’en transformer une partie, pour la vendre en circuit court. « La bière nous semblait trop compliquée, et il y a beaucoup de concurrence, comme sur la farine. Notre choix s’est porté sur l’huile », expliquent-ils. Les éleveurs commercialisent de l’huile de tournesol et de colza, ainsi que de cameline et de carthame. « Les graines de tournesol pour oiseaux fonctionnent également très bien », précise Camille Ponnelle. Le blé et le soja sont vendus à la coopérative, et le triticale, en mélange avec du pois, est utilisé pour l’alimentation du bétail.
Les éleveurs n’achètent ni paille ni fourrage. « Et la fabrication de l’huile nous fournit des tourteaux, qui servent à engraisser les animaux, précise Xavier Mariot. Nous en produisons entre 5 et 5,5 tonnes sur l’année, dont environ 3 tonnes autoconsommées et 2 tonnes vendues. La personne qui vient aplatir le triticale-pois assure également le mélange avec nos tourteaux. Ainsi, nos cellules sont toutes prêtes, cela limite la manutention. »
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Xavier Mariot et Camille Ponnelle produisent également leurs semences de ferme, sauf pour le tournesol oléique, pour l’huile de friture, qui sont des variétés hybrides. Les éleveurs ont pensé leur système pour qu’il fonctionne, presque, en circuit fermé.
Même le troupeau s’agrandit en gardant les génisses. « Nous avons acheté 20 vaches au début, en plusieurs fois, et depuis, nous avons gardé les génisses, pour arriver à 40 mères », précise Xavier Mariot. C’est le maximum que peut accueillir l’ancien bâtiment des vaches laitières, réaménagé avec des cornadis scandinaves pour les salers.
Des vêlages étalés aux vêlages groupés
« Cela fait à peine cinq ans que nous sommes installés, nous ajustons encore le système. Chaque jour, nous nous remettons en question », confient les éleveurs.
Par exemple, ils ont commencé par des vêlages étalés, pour avoir des animaux à vendre en direct toute l’année. « Mais cela représentait une charge de travail trop importante pour 40 vaches », estime Camille Ponnelle. Alors, les éleveurs ont revu leur copie. Dorénavant, ils inséminent toutes les vaches entre le 15 décembre et le 15 février, pour des vêlages entre octobre et la mi-décembre. « Nous organisons des IA de rattrapage du 15 février au 15 mars, avec des taureaux qui font de plus gros veaux, mais ces vaches seront ensuite réformées », explique Xavier Mariot.
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Le décalage des vêlages est la première cause de réforme des vaches au Gaec des Cramaillots, à égalité sans doute avec le caractère. « Nous voulons un troupeau calme », insiste l’éleveur. Les aplombs et le potentiel laitier sont deux autres critères de sélection importants.
Le couple a choisi les vêlages d’automne pour un aspect de bilan fourrager. « Avec les sécheresses qui sont désormais fréquentes en fin de printemps, des vêlages à cette période seraient moins sécurisants », estime Xavier Mariot.
Les veaux sont sevrés selon la météo du printemps. « Si c’est sec, nous sevrons en juin et si tout va bien, après la moisson », précise-t-il. Les broutards sevrés pâturent les regains par lot de dix, ce qui soulage les prairies des mères. Les petits lots facilitent la construction de la relation entre les éleveurs et les bovins, mais aussi avec les chiens de troupeau.
Les mâles sont castrés au sevrage par un vétérinaire. « Nous n’aimions pas trop la technique des élastiques, nous nous y prenions peut-être mal, mais nous trouvions que les bœufs gardaient des instincts, confie Xavier Mariot. Et puis, je trouve le travail génétique vraiment valorisant. Alors, si je peux vendre un beau veau en tant que reproducteur, ce serait une reconnaissance. » Les éleveurs vendent déjà quelques génisses pleines.
Fauche tardive au 15 juin
Avant le sevrage des veaux, le pâturage, qui commence aux alentours du 15 mars, est organisé en trois lots. Les mères et leurs veaux, les premières années, mâles castrés et femelles, et les deuxièmes années, génisses gestantes et bœufs. « En juin ou en juillet, nous mettons les génisses gestantes avec les vaches, pour une meilleure cohésion du troupeau. Elles se connaissent en prairie, c’est plus facile lorsqu’elles rentrent au bâtiment », estime Camille Ponnelle.
Les mères et leurs veaux pâturent sur des parcelles proches de la ferme, d’environ 2 hectares, et en changent tous les deux ou trois jours, suivant la pousse de l’herbe. Pour les autres lots, dont les besoins sont moins élevés, les éleveurs ont fait le choix d’un pâturage tournant plus simple, avec des parcelles plus éloignées et plus grandes. Les animaux en changent tous les 5 à 7 jours.
Les fauches sont menées en foin. Une partie est effectuée précocement, pour obtenir du foin de bonne qualité pour les mères, mais la majeure partie est fauchée après le 15 juin. « Nous avons un engagement Maec en fauche tardive, explique Xavier Mariot. Toutefois, avec des années soit trop sèches, soit trop humides, cette contrainte est pesante. La qualité des foins peut être très impactée. Nous ne reprendrons pas l’engagement. Nous garderons peut-être une partie de fauche tardive, il y a un patrimoine écologique à préserver, c’est une zone où les brochets viennent frayer. »
Xavier Mariot et Camille Ponnelle ne font pas d’analyses de fourrages, « avec nos parcelles morcelées, il faudrait en faire trop », mais pèsent régulièrement les veaux : à 120 jours et 210 jours pour le contrôle de performances et au sevrage. « Notre objectif, c’est d’atteindre 1 kg de GMQ, explique Xavier Mariot. Au pâturage, nous les atteignons, mais l’hiver, nous avons encore des progrès à faire. » Les vaches sont complémentées, entre 1,5 et 3 kg de mélange triticale-pois-tourteaux, dont environ 500 g de tourteaux, en fonction de la qualité des fourrages. « Il faut être vigilant à l’état des vaches, car les salers donnent tout pour leurs veaux et peuvent fondre rapidement », confie Xavier Mariot.
« Nous cherchons encore le point d’équilibre entre les différents modes de commercialisation »
Jusqu’à présent, Camille Ponnelle et Xavier Mariot ne vendaient pas de broutards. Il faut dire qu’ils se sont installés à une période où le cours de la viande était moins favorable qu’aujourd’hui. « Nous avons vendu les montbéliardes 2,8 €/kg », se souvient Xavier Mariot. Six à huit veaux, les moins performants, sont vendus en vente directe, en colis de 6 kg, à 18 €/kg. « Les clients commandent et nous fixons un créneau de deux heures pour accueillir entre 25 et 30 clients, c’est assez efficace », estime Camille Ponnelle.
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Un ou deux bœufs sont également vendus en direct, au printemps et/ou à l’automne. Le reste des animaux, bœufs et vaches, est vendu à Unebio. Leurs clients particuliers n’ont pas été dérangés par la réduction de la période de vente sur l’année lors du passage aux vêlages d’automne il y a deux ans. En revanche, les charges de découpe, effectuées par un boucher des environs, ont augmenté, et représentent 500 euros à 600 euros par veau. « Il nous reste entre 1 000 et 1 200 euros par veau, indique l’éleveuse. Nous sommes en zone rurale, les gens n’ont pas beaucoup de moyens, on voit bien que cela tend les budgets, qu’on ne peut pas trop augmenter les prix. »
Ainsi, en 2026, les éleveurs vendront probablement huit broutards aux parents de Camille Ponnelle, qui possèdent un atelier d’engraissement en sus de leur élevage laitier, à 15 km. « Ils ne partiraient pas loin, cela nous dérange moins, explique-t-elle. Et puis, cela nous ferait une rentrée d’argent en milieu d’année, car toutes nos rentrées d’argent arrivent à l’automne. » Les éleveurs continueraient tout de même à vendre quelques veaux en caissette, d’autant que la vente en direct fait à la fois travailler un boucher, mais aussi un abattoir local, à Luxeuil-les-Bains, « un outil que nous risquons de perdre s’il n’a plus assez de volume. Nous cherchons encore le point d’équilibre entre les différents modes de commercialisation », résume Xavier Mariot.
Fiche élevage
Vauchoux, Haute-Saône
180 ha de SAU
100 ha de cultures
Rotation de 9 ans, avec prairies temporaires
80 ha de prairies permanentes
dont 25 ha de prairies inondables
40 mères salers
IVV : 382 jours
2900 litres d’huile en 2025
2 associés
Résultats économiques du Gaec des Cramaillots pour l'année 2025
| Résultats économiques de l’année 2025 | |
| Un EBE de 102 028 euros | |
| En euros | |
| Produit total | 280 355 |
| dont produit total viande bovine | 180 875 |
| Charges opérationnelles totales | 46 575 |
| dont charges opérationnelles viande bovine | 22 787 |
| Minéraux et produits à base de plantes non vétérinaires | 11 168 |
| Frais sanitaires | 1 393 |
| Frais d’élevage | 10 226 |
Charges de structure totales (hors frais financiers et amortissements) | 131 752 |
| Excédent brut d’exploitation | 102 028 euros |
| Source : In extenso Centre Est et Gaec des Cramaillots | |
Ventes de bovins pour l'année 2025
| Ventes de l’année 2025 | ||||
| Catégorie | Effectif | Poids moyen (kg/C) | Classement moyen | Prix moyen (€/kgC) |
| Bœuf | 10 | 378 | O+2 | 6,3 |
| Génisse | 1 | 372 | R=3 | 6,3 |
| Jeune bovin (8-12 mois) | 1 | 124 | R=2 | 6,3 |
| Vache | 4 | 366 | R-3 | 6,3 |
| Veau | 6 | 99 | 2O2 | Vendus 18 €/kg en vente directe |
| Source : Gaec des Cramaillots | ||||
Cédric Muckensturm, technicien repro chez Gen’iatest
« Xavier et Camille cherchent toujours à progresser »
« Xavier Mariot et Camille Ponnelle ont développé leur troupeau à partir d’animaux de deux élevages différents. Ces jeunes éleveurs ont envie de progresser et se remettent en question. Ils cherchent à collecter le plus d’informations possibles sur leur troupeau, pour améliorer petit à petit la génétique en fonction de leurs objectifs. Le troupeau est très calme. Les éleveurs ont une bonne maîtrise de la détection des chaleurs, et font réaliser des échographies régulièrement, afin d’éviter de perdre du temps par rapport à leur objectif de vêlages groupés. Ils attachent aussi beaucoup d’importance aux vêlages faciles, notamment sur génisses. Avec le suivi Bovins croissance, nous commençons à avoir des indexations sur les animaux, et à définir quelles souches sont plus ou moins intéressantes pour le renouvellement. »