Des chevrettes qui démarrent bien, pesées et loties, des fourrages réussis et une alimentation des chèvres pilotée sont de solides bases pour espérer produire davantage de lait. Conseils d’Eilyps et de Seenovia.
Eilyps et Seenovia veulent faire rêver les éleveurs de chèvres ! Dans une conférence du salon Capr’Inov, ces organismes de conseils en élevage annonçaient que « gagner 200 kilos de lait par chèvre, c’est possible ». « Le titre est un petit peu audacieux, reconnaît Rémi Couvet d’Eilyps. Mais pas forcément fantaisiste car sur des troupeaux produisant entre 800 et 1 000 kilos, on a souvent un potentiel à aller chercher davantage de lait avec certains leviers. »
Eilyps et Seenovia convaincus des gains de production possibles tout en restant attentifs aux charges
« La production laitière est une réussite multifactorielle, décrit ainsi Rémi Couvet. Génétique, sanitaires, bâtiment, météo, conduite, santé… tout compte si on veut gagner ces 200 kilos supplémentaires. » Mais, Eilyps et Seenovia ont ciblé leur présentation sur l’élevage des jeunes et l’alimentation, deux leviers majeurs sur la production laitière.
1) Un bon démarrage des chevrettes
Pour avoir une belle croissance de chevrettes, il faut déjà des animaux pas trop maigres à la naissance. « On vise des chevreaux de 4 kilos en alpin et 3,5 kilos en saanen en naissance double », détaille Nathan Maudet d’Eilyps. Le conseiller élevage du nord Deux-Sèvres insiste pour que les chevrettes soient pesées régulièrement (et non estimées). « Le poids à la naissance va permettre de valider la préparation des mères à la mise bas. Sur des poids vraiment trop légers, on n’arrivera pas à rattraper ce retard de croissance. Globalement, à moins de 2,5 kilos à la naissance, c’est un peu compliqué. »
Ensuite, la bonne ingestion de colostrum tant en qualité qu’en quantité est un point clé. La qualité du colostrum s’apprécie à l’aide d’un réfractomètre en visant 24 % de Brix. Pour la quantité, il faut que le chevreau ingère 10 % de son poids vif la première journée. « Plus le repas de colostrum se fait tôt, plus le transfert d’immunité sera efficace », insiste Nathan Maudet qui recommande la première buvée dans les deux premières heures de vie.
2) Sevrer avec la balance plutôt qu’avec le calendrier
Ensuite, pendant la phase lactée, les chevrettes devront gagner plus de 200 grammes de GMQ (gain moyen quotidien). Pour Nathan Maudet, les poudres à base de lait écrémé et celles à base de lactosérum se valent même s’il signale l’intérêt du lait écrémé pour sécuriser l’alimentation en conditions froides ou difficiles.
Le sevrage doit intervenir entre 15 et 17 kilos, autour de deux mois. Le conseiller recommande de regarder la balance avant le calendrier. Il propose de commencer les pesées tôt (dès six semaines) pour identifier les chevrettes les plus avancées, sevrer celles qui dépassent un seuil (par exemple 17 kg) et constituer des lots homogènes. Il associe la réussite du sevrage à l’installation de l’ingestion de fourrage (au moins 200 g par jour au sevrage) et de concentrés ou d’épeautre (au moins 50 g par jour). « Pour voir si les chevrettes mangent bien, on peut regarder si elles boivent bien. Une chevrette qui ne boit pas, c’est une chevrette qui n’a pas mangé. » Nathan Maudet illustre l’impact d’un bon départ avec les données des troupeaux : « En moyenne, les 25 % des chevrettes les plus légères à deux mois produisent, une fois adulte, un kilo de lait en moins par jour que les 25 % plus lourdes. »
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3) Peser pour mettre en lot
On vise ensuite 32 kilos à six mois et 35 kilos à sept mois pour la mise à la reproduction. Le fil rouge est alors de lotir par poids, de peser régulièrement et de favoriser l’ingestion des fourrages. Pendant que les chevrettes sont gestantes, il faut tendre vers la même alimentation que les chèvres en production.
4) De bon fourrage pour faire du lait
« Il y a autant de façons d’alimenter les chèvres que d’élevage », reconnaît Maxime Blanchard de Seenovia. Mais s’il n’y a pas de recettes toutes faites, la qualité des fourrages est primordiale pour produire du lait. « Il faut être très attentif à la qualité sanitaire de vos fourrages : pas de moisissure, pas de terre… recommande le consultant en nutrition caprine. Avant même l’énergie ou la protéine, il faut éviter ce qui plombe la santé et la production. »
La qualité du fourrage se joue aussi avec le choix des espèces. « Entre un ray-grass italien et un trèfle violet récolté au stade optimal, il y a un écart de 0,05 UFL. Pour deux kilos de matière sèche ingérés, cela fait 100 grammes de concentrés à distribuer en moins pour un même niveau de production avec le trèfle ou 250 grammes de lait en plus par chèvre à quantité équivalente de concentrés. » Le stade de récolte a encore plus d’impact. « On peut se dire que retarder une coupe permet plus de rendement, mais on perd énormément en valeur alimentaire », explique Maxime Blanchard. Entre un fourrage récolté une semaine avant épiaison et un autre au stade début floraison, le trèfle peut perdre 10 grammes de PDI par kilo MS, soit, pour 2 kilos de MS ingérés, 160 grammes de concentrés (à 120 g de PDI) à compenser ou 450 grammes de lait par chèvre potentiellement perdus si la ration ne suit pas.
5) Piloter l’alimentation avec la NEC
L’alimentation des chèvres s’établit en suivant leur note d’état corporel (NEC). « On n’est pas obligé de noter tous les animaux, mais en faire sur un échantillon permet d’évaluer la dynamique », conseille Maxime Blanchard. Le consultant à Seenovia recommande de faire l’exercice au minimum cinq fois dans l’année : après le pic de lactation, en pleine lactation, avant la mise à la reproduction, en fin de lactation et après le tarissement. Une surcouverture des besoins de 0,2 UFL par jour va permettre une reconstitution de 0,5 point de NEC en trois mois. Ces réserves aideront les chèvres à pallier le déficit énergétique de début de lactation afin qu’elles produisent plus de lait. La mobilisation de 0,5 point de NEC en 45 jours libère 0,3 UFL par jour ce qui permet de produire 750 grammes de lait en plus par chèvre que ce qui est permis par la ration.
Ces réserves aideront les chèvres à assurer leurs besoins quand les apports alimentaires ne seront plus suffisants pour produire du lait, entretenir les chèvres ainsi que les chevreaux en gestation.
6) Échographies et meilleurs fourrages en fin de gestation
Maxime Blanchard insiste sur l’intérêt du diagnostic gestationnel : « L’échographie et le dénombrement permettent de repérer les chèvres les plus chargées en chevreaux. » Plus sensibles aux toxémies de gestation, ces chèvres devront être plus particulièrement surveillées. En fin de gestation, on va chercher à densifier la ration et maximiser l’ingestion en apportant les meilleurs fourrages tout en augmentant modérément les quantités de concentrés. Un gain de 100 grammes de MS ingéré avant mise bas permet une augmentation de 60 grammes de MSI au pic de lactation. Cette augmentation de l’ingestion permettra également à la chèvre de faire plus de lait sans augmenter les concentrés.