PSE : Mobiliser 40 fermes pour protéger l’eau du Grand Poitiers

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Champ captant de la source de Fleury qui fournit près de 50 % des besoins en eau du Grand Poitiers. Crédits : © Grand Poitiers

Grand Poitiers construit un vaste dispositif combinant paiement pour services environnementaux (PSE) et aides directes destiné aux agriculteurs présents sur les deux principales aires d’alimentation de captage d’eau potable du territoire. La communauté urbaine s’appuie sur les enseignements d’un premier PSE lancé en 2021 pour tenter de mobiliser davantage d’agriculteurs.

Les captages de Fleury et de La Varenne fournissent près de 80 % des besoins en eau potable de Grand Poitiers. À ce titre, ils font l’objet d’une surveillance particulière vis-à-vis des pollutions diffuses par les nitrates et les pesticides.

Pour protéger la ressource en eau, une première expérimentation de PSE (paiement pour services environnementaux) est menée depuis 2022 sur l’aire d’alimentation du captage (AAC) de Fleury. « La réponse à l’appel à projets de l’agence de l’eau a été dimensionnée pour une vingtaine d’exploitants. Au final, seuls trois agriculteurs se sont engagés. Certains avaient une Maec, ce qui n’est pas cumulable avec le PSE ; d’autres ont été freinés par l’obligation d’obtenir le Label haie qui remettait en cause leurs pratiques de gestion habituelles », explique Céline Lelard, responsable du pôle production eau potable au sein de Grand Poitiers.

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Face à la faible adhésion à ce premier PSE, la communauté urbaine relance le dispositif avec un nouveau cadre. « Nous avons décidé de trouver des solutions pour aller plus vite et plus fort pour améliorer la qualité de nos eaux brutes », explique Gilles Morisseau, vice-président de Grand Poitiers. Ainsi, le choix a été fait de bâtir un dispositif couvrant une zone plus large intégrant l’AAC de Fleury, mais aussi certaines zones prioritaires de l’AAC de La Varenne beaucoup plus vaste (1 700 exploitations au total). L’objectif est d’engager 40 exploitations et environ 2 400 hectares sur les deux AAC.

Une concertation pour lever les freins au changement de pratiques

La concertation avec le monde agricole, déjà présente lors de la construction du premier PSE, a été remise au cœur du nouveau projet. L’objectif est notamment de mieux prendre en compte les freins économiques et les risques associés aux changements de pratiques. « Nous avons mobilisé des agriculteurs de chaque AAC, avec des typologies d’exploitations différentes, et l’ensemble des acteurs du monde agricole, chambre d’agriculture, coopératives, négoces, indique Céline Lelard. Au final, nous avons trouvé ensemble un accord sur les mesures les plus favorables à la qualité de l’eau et sur le niveau de rémunération. »

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Le nouveau programme repose sur trois piliers : couverture des sols (intercultures, implantation de cultures pérennes, création de prairies), réduction des intrants (azote minéral, herbicides, soutien au biocontrôle) et diversification des assolements (légumineuses, cultures à bas niveau d’intrants). Une mesure spécifique concerne le chanvre. « Les agriculteurs pourront choisir une ou plusieurs mesures en fonction de leur exploitation », précise Céline Lelard.

La rémunération des mesures a été réfléchie avec les agriculteurs. Pour les couverts d’interculture, il s’agit par exemple d’un forfait correspondant au coût de la semence avec un bonus si le couvert est réussi. Pour les cultures pérennes (miscanthus, sylphie…), l’aide est égale à 30 % du coût de l’implantation.

Un dispositif financier innovant pour engager plus d’agriculteurs

Les difficultés rencontrées par certains agriculteurs pour entrer dans le premier PSE (règles de non-cumul avec une Maec, contraintes sur certaines mesures…), l’impossibilité de rémunérer certaines actions dans un PSE, ont également conduit Grand Poitiers à diversifier les outils financiers. « Nous avons étudié tous les dispositifs d’aides possibles sur nos AAC stratégiques et nous sommes orientés vers une combinaison de PSE et d’aides directes pour notre nouveau programme », explique Gilles Morisseau.

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Les mesures liées à une parcelle, comme la création de prairies, seront financées à 100 % par la collectivité dans le cadre des aides de minimis agricoles et pourraient démarrer dès 2027. Les mesures impliquant une évolution du système d’exploitation (réduction des apports d’azote minéral, baisse de l’IFT herbicide, introduction de légumineuses ou de cultures à bas niveau d’intrants) pourront être contractualisables dans le cadre d’un nouveau PSE. Contrairement au premier PSE, dont la rémunération était calculée à l’échelle de l’exploitation et pouvait ainsi porter sur des surfaces situées hors de l’AAC, le nouveau programme ne rémunérera que les surfaces situées dans l’AAC, afin de concentrer les financements sur les parcelles à enjeu pour la qualité de l’eau. « Nous allons répondre au nouvel appel à projets de l’Agence de l’eau Loire-Bretagne, indique Céline Lelard. Nous espérons obtenir un premier financement en 2028. »

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Le coût total du programme pour un engagement de 40 exploitations est évalué à 2,5 millions d’euros sur six ans, avec un autofinancement de Grand Poitiers à hauteur de 1,8 million d’euros. La collectivité cherche désormais à associer des acteurs privés (coopératives…) pour obtenir des cofinancements. L’objectif serait notamment de développer des débouchés locaux et rémunérateurs pour les cultures introduites dans les rotations, à l’image de ce qui se met en place avec le chanvre. L’enjeu est de pérenniser les changements de pratiques au-delà de la durée des aides.

 

Comment fonctionnait le premier PSE de l’AAC de Fleury

 

Engagés pour cinq ans, les agriculteurs du premier PSE de l’AAC de Fleury ont défini au départ une trajectoire d’évolution de leurs pratiques. Leur rémunération dépendait des résultats obtenus chaque année sur cinq indicateurs adaptés aux enjeux locaux : densité de haies, part de l’herbe dans la SAU, niveau du reliquat azoté, couverture des sols et réduction de l’IFT herbicide. Chaque exploitation a choisi les indicateurs sur lesquels elle s’engageait à progresser et devait maintenir ses performances sur les autres. Pour le volet haies, l’engagement à progresser impliquait d’entrer dans une démarche de labellisation (Label haie), avec le respect d’un cahier des charges spécifique de gestion des haies.

Un diagnostic réalisé chaque année par Grand Poitiers a permis d’évaluer les résultats et de calculer l’aide versée. Au total, 368 000 euros ont été distribués sur cinq ans aux trois exploitations (dont un Gaec).

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