Qualité de l’eau : « Le dispositif de PSE m’a encouragé à cultiver plus du quart de mes surfaces avec des cultures à bas niveau d’intrants en Eure-et-Loir »

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Démarré en 2023 avec le PSE, le tournesol a constitué une nouvelle culture de diversification pour Frédéric André, agriculteur à Favières (28). La culture répond à la recherche d'économie d'azote et au changement climatique. Crédits : © C. Gloria

Depuis 2022, autour de Chartres en Eure-et-Loir, des agriculteurs consacrent une partie de leur surface à des cultures de diversification à bas niveau d’impact afin d'améliorer la qualité de l’eau consommée par la métropole. Ces productions et leurs filières sont soutenues par des PSE. Témoignage chez un producteur.

« Nous avons 40 % de la surface exploitée sur une des aires d’alimentation de captages (AAC) de la métropole de Chartres, bien que la ville soit à 25 kilomètres. » Agriculteur à Favières, en Eure-et-Loir, Frédéric André exploite 160 hectares de grandes cultures. En 2022, à l’occasion d’une journée d’animation technique sur le miscanthus, il prend connaissance de l’élaboration d’un dispositif de paiement pour services environnementaux (PSE) par la métropole urbaine de Chartres. « Le miscanthus ne m’intéressait pas pour mes grandes parcelles. Mais cette année-là, je cultivais un peu de sorgho et j’ai appris que cette production entrait dans les cultures éligibles au PSE. »

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Une liste de cultures éligibles à ce dispositif, qui a démarré en 2022, a été définie par Chartres métropole. « Il s’agit de productions végétales pour lesquelles nous savons que l’itinéraire cultural a un impact limité sur la qualité de l’eau, notamment en matière de nitrates, présente Léo Berte, chargé de mission protection de la ressource à Chartres métropole. Ces cultures de diversification à bas niveau d’impact comprennent des espèces comme le tournesol, le sorgho, le sarrasin, le chanvre, le miscanthus… ainsi que les prairies et les productions en agriculture biologique. »

Ces cultures doivent permettre aux agriculteurs de casser des rotations basées sur des cultures d’hiver (85% de l’assolement localement). D’un côté, elles permettent d’introduire un couvert d’interculture bénéfique pour la qualité de l’eau. De l’autre, elles facilitent la maitrise de l’enherbement. A ces fins, un accompagnement technique est proposé gratuitement dans le cadre du plan d’action déployé en parallèle du PSE.

Trente hectares de sorgho et de tournesol la première année de PSE

Dès la campagne 2022-2023, Frédéric André a engagé 17 hectares de sorgho et 13,5 hectares de tournesol dans les PSE. Pour l’agriculteur, le tournesol constituait une toute nouvelle production sur son exploitation. Pour avoir droit au PSE, plusieurs conditions doivent être réunies : avoir au moins 10 % de sa surface dans une aire d’alimentation de captage, ne pas recevoir d’autres aides comme celles des Maec par exemple, s’engager à mettre en place plus de 5 % de sa surface en cultures éligibles sur une durée de cinq ans… En décidant de consacrer près de 20 % de sa surface à des cultures de diversification à bas impact nitrates et phyto, Frédéric André entre dans les clous du dispositif.

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Ramené à l’hectare de culture de diversification bas impact, le niveau de paiement varie de 130 euros à 600 euros, limité à 20 % de la surface de l’exploitation. « Le but du PSE est de soutenir des cultures de diversification bas impact et de permettre le lancement de filières pérennes sur le territoire. Nous travaillons avec les agriculteurs et des distributeurs pour trouver des débouchés rentables sur plusieurs années à ces productions, de façon que ces filières soient autonomes sur le long terme en matière de logistique de collecte et de vente », souligne Léo Berte.

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Frédéric André a dû abandonner le sorgho en 2024. « Je n’avais plus de débouché avec mon distributeur habituel pour la vente de cette production. Je souhaitais continuer à produire des cultures éligibles au PSE, mais pas le tournesol en totalité. J’ai trouvé finalement un contrat de production de chanvre sur 8 hectares et j’ai cultivé le reste (22 hectares) en tournesol. »

Une rémunération variable en fonction de la réussite des cultures

Pas de chance, le tournesol a été ravagé par les limaces en 2024, du fait de conditions très humides au moment de la levée. « J’ai dû ressemer du maïs, mais je n’ai pas pu toucher de PSE sur cette surface. Je n’ai pas été pénalisé pour autant sur la démarche. L’année suivante, j’ai abandonné le tournesol pour augmenter ma surface en chanvre (17,5 hectares) et j’ai démarré une production de seigle sur 7 hectares en contrat meunerie avec la coopérative NatUp. »

Mais les années offrent leur lot de mauvaises surprises. En 2025-2026, l’agriculteur doit abandonner le chanvre, faute de reconduction de contrat. « J’ai passé ma surface de seigle à 13,5 hectares et j’ai pu avoir un contrat de production d’avoine de printemps semences sur 10 hectares grâce à NatUp. Et j’ai redémarré 9 hectares de tournesol. » En 2026-2027, l’agriculteur reconduira ces trois espèces.

En 2023, avec un total de 31,3 hectares de cultures à bas impact (sorgho, tournesol), l’agriculteur avait touché 19 140 euros de PSE, soit l’équivalent d’un peu plus de 600 euros par hectare (grâce à un bonus lié à la quantité d’azote minéral moyenne utilisée sur la campagne). En 2024 en revanche, avec seulement 8 hectares de chanvre éligible, le PSE ne lui a rapporté que 618 euros. Chartres métropole, conscient des difficultés de création de nouveaux débouchés sur le territoire, travaille activement avec les partenaires collecteurs pour pérenniser les filières localement. Une deuxième version du PSE va bientôt être présentée.

Une bonne perception du dispositif des PSE

En dépit de déboires liés aux aléas climatiques, Frédéric André garde une bonne perception du dispositif des PSE. « C’est une démarche volontaire et cela m’a plu. Elle m’a encouragé à consacrer 25 à 30 % de ma surface aux cultures bas intrants et à diversifier mes productions. L’impact est positif sur la qualité de l’eau vis-à-vis de l’azote, mais aussi sur ma gestion des graminées adventices. La diversification culturale dans ma rotation me permet d’en diminuer la pression. »

Pour l’agriculteur, le PSE a été une porte d’entrée pour faire face au changement climatique avec la diversification de cultures, comme le tournesol. « Aujourd’hui, ce PSE apporte une solution économique face à l’augmentation du coût des engrais azotés », remarque-t-il. Le tournesol était en passe d’être récolté et, a priori, il devait générer un rendement plus satisfaisant que ses 10 hectares de maïs en sec.

Depuis plusieurs années, Frédéric André cultive par ailleurs des mélanges de cinq espèces en couvert végétal d’interculture, sans graminées et avec des légumineuses (vesce). L’objectif est d’obtenir le plus de biomasse possible, de mieux gérer le salissement par les graminées adventices, de moins travailler le sol et de restituer de l’azote à la culture suivante. L’agriculteur économise ainsi quelques dizaines d’unités. Ces couverts pourraient être pris en compte dans le financement des PSE à l’avenir.

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