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L'herbe dans les vignes et vergers est-elle un facteur aggravant pour les incendies ?

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Cet été, dans les Pyrénées-Orientales, le feu a ravagé 5 300 hectares et sinistré, à des niveaux divers, plus de 150 exploitations agricoles. Crédits : © Y. Kerveno

Les incendies posent un nouveau défi aux viticulteurs et arboriculteurs dans les zones méditerranéennes, en ravageant vergers et vignes. Peut-on encore prendre le risque de laisser de la végétation dans les parcelles en été ? Comme souvent, la réponse n’est pas simple.

Si les télévisions se concentrent sur les dégâts causés par le feu aux habitations, ceux survenant dans les exploitations agricoles n’en sont pas moins réels. On s’en est encore rendu compte dans les Pyrénées-Orientales avec le feu dit de Trévillach, qui a ravagé 5 300 hectares et sinistré, à des niveaux divers, plus de 150 exploitations agricoles au tout début de l’été. Avec un constat frappant dès que l’on prend un peu de hauteur : ce qui est cultivé ne brûle pas, sauf s’il y a de l’herbe au sol.

Dans les Pyrénées-Orientales, début juillet 2026, les températures dépassaient allègrement les 35 °C, le vent soufflait à 40 km/h en rafales, mais surtout, l’hygrométrie était descendue à des niveaux rarement atteints, autour de 10 %, au moment de la déclaration du feu. Largement au-delà de ce que les pompiers considèrent comme le triangle infernal du feu, la règle des « trois 30 » : plus de 30 °C, plus de 30 km/h de vent et moins de 30 % d’hygrométrie. Quand ces trois conditions sont réunies, le danger est réel. Ajoutez à cela un hiver et un printemps humides capables d’alimenter une strate herbacée fournie, littéralement séchée en mai et en juin par les épisodes de forte chaleur, et tous les éléments du désastre étaient réunis. Jusqu’à pénétrer dans les parcelles, une première dans cette zone qui a pourtant déjà connu deux incendies d’ampleur en 2005 et 2015, heureusement contenus dans des proportions raisonnables.

Peu de recherches dédiées à la problématique

Alors, face au changement climatique qui augmente la virulence des flammes, bouscule parfois le calendrier des incendies, peut-on encore se permettre de laisser des couverts sur le sol alors que l’été arrive ? Si la question se pose, les réponses sont visiblement encore à élaborer. Il suffit de sonder les sites de publications scientifiques et agronomiques pour comprendre que rien n’a vraiment été fait à ce jour sur ce sujet. On trouve quelques publications sur l’impact du pâturage sur la dynamique des incendies, mais rien sur la combinaison verger, vigne, couverts et feux. Il faut donc extrapoler et s’en remettre aux constats et expériences des uns et des autres.

Pour cela, rien de mieux que de traverser l’Atlantique pour découvrir ce que la recherche a pu produire sur le sujet. Une étude menée après un grand incendie (300 000 hectares) survenu aux confins de l’Idaho et du Nevada a mis en évidence que le pâturage des zones de prairie, donc de l’herbe, permet de « réduire la vitesse de propagation en surface et l’intensité de la ligne de feu », mais que c’est moins le cas dans « les zones arbustives. Dans des conditions d’incendie extrêmes [celles connues cet été en France, ndlr], le pâturage pratiqué à des niveaux d’utilisation modérés a des effets limités, voire négligeables, sur le comportement du feu. Cependant, lorsque les conditions météorologiques et d’humidité des combustibles sont moins extrêmes, le pâturage peut réduire la vitesse de propagation et l’intensité des incendies, permettant ainsi des brûlages par plaques avec de faibles niveaux de consommation de combustibles. » Voilà une première piste et une première nuance de taille qui ne va pas dans le sens d’une solution simple à élaborer.

Changer de stratégie en fonction de la météo

Sans prendre de gants, Anne Ganteaume, directrice de recherche à l’Inrae, spécialiste des feux, estime pour sa part qu’il n’y a pas vraiment d’alternative et que la meilleure des protections, c’est de ne pas conserver l’herbe dans les parcelles. Et qu’il faut arrêter de mégoter sur l’absence de moyens, parce que les conditions sont telles aujourd’hui qu’il faut changer de tactique.

Pourtant, les couverts végétaux sont aujourd’hui plébiscités dans les itinéraires, que ce soit en arboriculture ou en viticulture. Alors comment s’en sortir ? Vigneron à Tarerach, dans les Pyrénées-Orientales, Alain Fabre a payé un lourd tribut aux flammes qui ont détruit six de ses hectares. « Cela fait plus de quinze ans que j’ai mis en place des couverts et que mes vignes sont enherbées parce que c’est bon pour les sols, cela limite l’érosion. Les sols ont une meilleure portance après la pluie et, quand on traite, les produits phytos en trop tombent sur l’herbe », plaide-t-il. « Sans parler des économies que nous réalisons. Pour nettoyer les parcelles au girobroyeur, je prends le 50 chevaux et je travaille la semaine avec un plein ou presque, poursuit le vigneron. Si je dois labourer, il faut sortir le 80 chevaux et là, il faut presque un plein par jour. Sans compter que les vignes sont plantées ici dans des arènes granitiques, le matériel s’abîme à chaque passage. »

S’il laisse de l’herbe dans ses parcelles, ce n’est toutefois pas l’anarchie. « La végétation est présente, mais je la gère quand même. Je laboure lorsque des plantes pérennes commencent de s’installer, des cistes, par exemple. Généralement, je laboure un rang sur deux, puis l’année suivante le reste. Et je passe toujours le gyrobroyeur en début de campagne. Sous le rang, il n’y a pas d’herbe. Cette année, cela faisait un paillage magnifique. Dans les parcelles concernées cet été, j’avais de l’herbe un rang sur deux, mais les vignes ont complètement brûlé. On n’a jamais vu cela. »

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Attention aux résineux dans les haies

À quelques kilomètres de là à vol d’oiseau, ou de flamme, Julien Martin a bataillé 48 heures avec les pompiers et sa tractopelle pour sauver son exploitation et sa maison. Producteur de pêches et d’abricots bio à Ille-sur-Têt, il n’a pas toutefois pu empêcher le feu de s’égayer dans plusieurs parcelles, laissant des traces et des dégâts sur une dizaine d’hectares. Précisément, sur les parcelles où l’herbe était présente. « Je suis en bio, j’ai besoin de l’herbe pour héberger les auxiliaires jusqu’à ce que le risque pucerons soit écarté, décrit-il. Habituellement, je coupe l’herbe quand on commence à éclaircir en juin et je laisse la tonte au sol pour faire un paillage. Mais je reconnais que cela fournit aussi du combustible pour le feu. En conventionnel, les producteurs n’ont pas cette contrainte puisque l’herbe est tondue. »

Pris par le temps cette année, la précocité inouïe induite par la météo du printemps et les coups de chaleur de mai et juin, qui ont littéralement séché sur place la végétation, il n’a pas pu nettoyer les parcelles des variétés les plus tardives, celles qui ont payé le plus lourd tribut. En courant sur le sol, les flammes ont brûlé les fruits, les branches basses, mais il pointe aussi du doigt un autre coupable : les haies. Souvent composées de résineux pour « casser » la tramontane, elles ont offert des ponts sans pareil aux flammes, se transformant en quelques secondes en torches hautes de plusieurs mètres. Il a d’ailleurs commencé à modifier ses haies, en les plantant avec des essences moins sensibles au feu comme des peupliers. Les haies seront l’une des questions sur lesquelles les arboriculteurs et viticulteurs devront se pencher à l’avenir. Comme, et c’est moins intuitif, le sens de l’implantation des parcelles (voir sous papier).

Le non-entretien des bords de route, fossés et ruisseaux, un facteur aggravant

À discuter en bord de champ avec les uns ou les autres, on se rend compte aussi de la façon dont les évolutions réglementaires, en partie liées à la protection de l’environnement, ont pu produire sans le vouloir des effets délétères. C’est Alain Fabre qui se lance : « Avant, on nettoyait l’hiver en brûlant les bords de route et les fossés, mais on n’a plus le droit de faire cela, et le feu circule dans ces espaces pour se déplacer. »

Président du Schéma de cohérence territoriale de la Plaine du Roussillon, l’ancien préfet Jean-Marc Bassaget ajoute à la liste les cours d’eau dont les ripisylves (1) sont difficiles à entretenir. Si le feu a déboulé chez Julien Martin à Ille, c’est qu’il a trouvé à se frayer un passage par-dessus le fleuve dans l’épais matelas de broussailles qui le borde. Là où des galets de 10 kg ont été éclatés en trois ou quatre par la chaleur.

Les évolutions techniques ont aussi leur part de responsabilité, notamment la modernisation des méthodes d’irrigation. « Dans le passé, on irriguait les vergers à la raie, en inondant les parcelles, l’herbe restait verte toute la saison éloignant le risque de feu », témoigne Philippe Lavil, producteur de pêches bios lui aussi à Néfiach, et dont les parcelles ont été parcourues par un autre feu voici quelques années.

Alors que les travaux de déblaiement des vergers, des haies et des vignes se poursuivent en cette fin de mois d’août, subsistent beaucoup de questions quant à la marche à suivre. Alain Fabre s’estime tranquille parce qu’« un feu comme ça, c’est vraiment exceptionnel, on n’en verra pas d’autres de sitôt ». Pas avant, en tout cas, qu’il ait fait valoir ses droits à la retraite. Julien Martin a encore deux bonnes décennies à s’échiner dans ses vergers. Il va replanter, revoir l’implantation de ses haies. Et il est peut-être temps de remettre toutes les doctrines à plat pour que l’agriculture puisse se protéger et assurer cette nouvelle mission qui lui est assignée : protéger aussi les villages.

(1) Ensemble des formations végétales qui se développent sur les bords des cours d’eau ou des plans d’eau
 
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