Comment éliminer les goûts de fumée dans mon vin ?
Chaque année, des feux ou des incendies peuvent impacter le raisin et générer des goûts de fumée dans les vins. Quel traitement choisir pour les éliminer ? Les conseils de trois spécialistes.
Vincent Bouazza, responsable des unités d’analyse fine des laboratoires Dubernet, dans l’Aude
« L’osmose inverse donne des résultats très qualitatifs »
« Les composés phénoliques apportés par les incendies sont les mêmes que ceux produits pendant la chauffe des barriques. Sauf que dans le cas d’un incendie, on a beaucoup d’arômes de fumée et peu d’autres composés tels que la vanilline, les whisky-lactones… Aussi, sur des vins peu impactés (avec de faibles teneurs en phénols), l’apport de bois frais va pouvoir contrebalancer et équilibrer les arômes de fumée.
Le traitement au charbon coûte moins cher et peut fonctionner, mais il donne de moins bons résultats car il risque de dépouiller le vin. En outre, il n’est pas autorisé en bio et son usage est limité sur vin en conventionnel.
En général, dans les parcelles très marquées, les goûts de fumée apparaissent en moins de 24 heures après le début de la vinification. Malgré tout, nous avons vu des cas où ces arômes ressortent après neuf mois ou un an d’élevage, après une hydrolyse progressive des précurseurs. Dans ce cas, les teneurs en phénols sont souvent faibles et l’assemblage peut représenter une solution.
Pour les vins issus de parcelles à risque, je conseille de faire une analyse au moment des assemblages pour connaître le potentiel d’apparition des goûts de fumée. Si un traitement est nécessaire, il est préférable de le réaliser au plus près de la mise en bouteille. »
Gaelle Remy, œnologue conseil chez Provence œnologie, dans le Var
« Un collage avant débourbage et pendant la FA »
« En Provence, nous avons eu des incendies en 2017 et en 2021, avec des raisins touchés juste avant la récolte au mois d’août. Le plus important est de pouvoir classer les raisins en fonction du risque, ne pas hésiter à faire des analyses pour savoir comment orienter la vendange.
Nous avons ensuite effectué un premier collage avec des colles à base de pois et de charbon avant un débourbage serré, pour évacuer les formes libres. Puis, nous avons ajouté une enzyme glucosidase pendant la FA pour libérer les précurseurs, avant d’effectuer un deuxième collage avec le même produit protéine de pois + charbon. Nous avons éliminé la partie presse potentiellement plus riche en contaminant, pour ne conserver que la partie goutte.
À la dégustation, alors que nous avions des arômes de fumée fluctuants sur moût et en fermentation, nous n’avons pas identifié de mauvais goûts dans les vins. Il ne faut pas s’attendre à obtenir du haut de gamme dans ce genre de situation, mais ces interventions permettent au moins d’obtenir un standard qualitatif. »
Christophe Roux, directeur secteur Aude de l’Institut coopératif du vin
« Essayer deux à trois charbons pour trouver la dose optimale »
« Après le gros incendie dans les Corbières, beaucoup d’hectares brûlés n’ont pas été récoltés mais indemnisées par l’État. Pour les parcelles qui ont tout de même été vendangées ou celles qui n’auraient pas été repérées, se pose la question du potentiel de libération des précurseurs de goûts de fumée. Si on a un doute sur une cuvée, la première étape est de connaître ce potentiel, pour distinguer les formes libres des formes liées. Le deuxième problème est qu’il manque des connaissances scientifiques pour prédire l’évolution pendant l’élevage. Un enzymage ne va pas être spécifique et peut révéler des odeurs non souhaitées.
Il y a aussi l’osmose inverse, mais le coût représente 10 à 15 euros par hectolitre. Autant être sûr que le potentiel a été épuisé et que le défaut ne va pas ressortir quelques mois plus tard. Sinon, il y a la dilution. Car nous avons constaté que ces molécules odorantes, comme les autres, avaient un seuil de perception, avec possiblement des effets de synergies entre molécules. »