La modernisation et l’agrandissement des élevages français constituent des leviers de compétitivité et de souveraineté, selon le bureau d’études Abcis. Mais le coût des investissements représente un frein pour de nombreux éleveurs. Présentée au Space de Rennes le 16 septembre 2026, l’étude réalisée pour le Crédit agricole analyse les enjeux de modernisation dans les différentes filières d’élevage.
Après la décarbonation, les perspectives à dix ans et les nouvelles technologies en élevage, le bureau d’études Abcis Experts Filières Animales présente cette année, au Space 2026, les résultats de son étude sur la modernisation et l’agrandissement des élevages français.
Selon les trois institutions techniques (Idele, Itavi et Ifip) à l'origine d'Abcis, il s’agit de deux enjeux forts pour l’avenir de l’élevage, perçus comme des leviers de souveraineté et de compétitivité pour le secteur. « Il n’y a pas de souveraineté sans compétitivité. C’est un critère à contrôler, à maîtriser par rapport aux voisins européens, sous peine d'importation massive, puisque ces partenaires ne sont pas les derniers à s'intéresser aux innovations technologiques, à se moderniser et à s'agrandir », insiste Christophe Perrot, économiste à l’Institut de l’élevage (Idele), ce 16 septembre au Space. Avant de rappeler que la consommation de viande continue d’augmenter en France (tirée par la consommation de poulet) avec +1,3 % en 2025, tandis que les imports ont augmenté de 5 % la même année. Autrement dit, la consommation baisse moins que la production, selon l’économiste.
Modernisation des élevages : des gains sur le travail, les performances et le bien-être
La modernisation des élevages offre aussi l’opportunité « d’améliorer les conditions de travail, les performances technico-économiques, le bien-être et la santé animale» et « l’adaptation au changement climatique». Par effet boule de neige, elle permet alors « d'améliorer l'attractivité et l'image des filières granivores en répondant notamment aux demandes de l'aval, par exemple sur la fin des cages en poules pondeuses ou en naisseurs chez les porcs », souligne Christine Roguet, économiste à l’Ifip. Il faut cependant trouver un équilibre puisque « les gains apportés par cette modernisation ne sont pas toujours suffisants pour compenser les coûts », pointe Christophe Perrot.
Car moderniser son exploitation demande de gros investissements. C’est d’ailleurs ce qui constitue un frein pour les exploitants agricoles qui souhaitent s’engager dans cette démarche. Par exemple pour la modernisation des bâtiments en poulet de chair, Abcis estime une rénovation minimale à 50 euros par mètre carré, allant jusqu’à 350 à 460 euros le mètre carré pour une construction à neuf. « Des dossiers difficilement finançables vu le contexte économique et les marges poussins-aliments actuels », commente Christine Roguet. Même constat en porc. « Avec par exemple un éleveur de 300 truies naisseur-engraisseur qui décide de moderniser en mettant ses truies libres en maternité et en augmentant sa superficie de 10 % en engraissement. Il va y avoir un besoin d'investissement de plus de 680 000 euros », estime Abcis.
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Quel financement pour l’« agriculture du milieu » ?
Se pose également la question de l’« agriculture du milieu », « celle ni vraiment grande et qui a les moyens pour bénéficier de nouvelles technologies, ni les micro-fermes tournées vers une stratégie de valeur ajoutée et de circuit court », définit Christophe Perrot. Comment financer la modernisation de ces systèmes, qui représentent une partie importante de la main-d’œuvre agricole française ? Pour l’économiste, ces exploitations devraient être accompagnées et aidées dans leur démarche de modernisation. « Qu'est-ce qui pourrait être financé par la puissance publique, la PAC ou d'autres dispositifs ? Et qu'est-ce qui serait financé par le prix au consommateur ? », interroge l’économiste d’Idele, qui insiste de nouveau sur l’importance de la modernisation pour rester compétitif au niveau européen.
Agrandissement des élevages : les conséquences des seuils IED et de la réforme de l’ICPE
En fin de présentation, les économistes ont également mis en avant le rôle des seuils IED dans la réflexion autour de l’agrandissement des élevages. Selon eux, l’abaissement de ces seuils pourrait conduire à une « polarisation des tailles d’élevage ». D'un côté des éleveurs choisiront une stratégie défensive en restant juste sous le seuil, au risque d’avoir des bâtiments sous-dimensionnés et de perdre en efficience. De l’autre, des éleveurs, quitte à franchir le seuil, viseront le plus grand possible, « afin de bénéficier de plus d’économies d’échelle », précise Christine Roguet. Et d’ajouter que pour ces derniers, l’investissement représentera plusieurs millions d’euros, avec un profil de risque différent. Les projets intermédiaires risquent d’être pénalisés par des coûts fixes administratifs et de mise en conformité, éléments plus difficiles à amortir sur un volume limité.
A cela s’ajoute la réforme française de l’ICPE, qui prévoit de relever les seuils d’autorisation en France pour les aligner sur les seuils européens, avec par exemple le passage de 750 truies à 900. « Ce qui rendrait théoriquement plus simples les agrandissements. Mais dans le même temps la réforme de l’IED, elle, va étendre les obligations environnementales de meilleures techniques disponibles à des élevages beaucoup plus petits », explique l’économiste d’Ifip.
Modernisation des élevages : quels indicateurs pour mesurer les performances ?
Au vu de la diversité des modèles, pour mieux comprendre ces enjeux, il est nécessaire à présent de quantifier concrètement les impacts de la modernisation via des indicateurs de « biosécurité» et de « performance technico-économique et environnementale ». C’est justement ce que vont étudier les instituts techniques prochainement, « ce qui nous donne l’occasion de vous retrouver l’année prochaine », clôturent les intervenants.