Gaec de Chaumeil (Cantal) : la grande et la petite histoire jersiaise

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Benoît et Nicolas Chaumeil avec Neptune, postulante au concours jersiais. Crédits : © P. Olivieri

Disparue à quelques jours du Sommet de l’élevage, Histoire la jersiaise aura marqué l’élevage Chaumeil et accompagné les grands virages de l’exploitation de Saint-Etienne-de-Chomeil.

Ce n’est franchement pas la “happy end” que Nicolas et Benoît Chaumeil avait imaginée : leur jersiaise Histoire, 13 ans et 10 mois, ne foulera pas le ring de Cournon le 8 octobre prochain. Épuisée par les canicules de cet été infernal, elle est morte mi-septembre, visiblement de vieillesse. Elle a cependant déjà grandement marqué l’histoire 
du Gaec perché sur les hauteurs de Saint-Étienne-de-Chomeil : pointée 93/100, cette vache d’exception figure parmi les meilleures jersiaises tricolores. “Morphologiquement parlant, elle était au top, mais en plus, c’était une grande productrice avec de la longévité”, souligne Nicolas, premier des frères jumeaux installé en mai 2014 alors avec son père. Histoire a produit en douze lactations plus de 65 000 l (à 55-37 de taux) avec une année record à 7 300 l. 

Dans l’excellence jersiaise

Neptune sera donc seule à faire le voyage au Sommet : à bientôt 9 ans, elle est elle aussi dans l’élite en termes de morphologie (pointée 89/100) et s’est imposée comme la meilleure productrice du troupeau  depuis le passage à la monotraite avec 5 100 l (à 52-36,4). Elle concourra dans la catégorie des vaches âgées. Du fait d’un petit défaut au bassin, “ce n’est pas sûr qu’elle soit sur le podium, estime Benoît. Histoire avait plus de chances, Elle était en lice pour la Reine des Jersiaises, soit la meilleure laitière du concours. C’était une meilleure laitière... mais l’essentiel est de participer.” 

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Le virage jersiais 

L’histoire de la jersiaise au Mont de Bélier remonte à 2008, Didier Chaumeil, leur père, trait alors 35 laitières, des prim’holstein à 8 500- 9 000 l de moyenne, dopées au concentré (2 tonnes chacune). Avec l’attribution de prêts de quotas, il décide d’intensifier la productivité, gagne 1 000 l par vache mais pas d’euros sur ses résultats comptables, touchant ainsi les limites de l’exercice et du système. La perspective du nouveau cahier des charges de l’AOP cantal couplée à la hausse des prix des concentrés et à la rencontre d’un éleveur de jersiaises au Salon de l’agriculture finit de le convaincre. “On a acheté dix génisses prêtes à veller et dix autres prêtes à saillir principalement dans le Lot-et- Garonne, et vendu six génisses PH à des enchères d’EPV(1) pour les financer”, se souvient Nicolas. En 2013, la bascule est totale. Très vite, les ratios plaident pour la vache fauve : “Au lieu de 2 prim’holstein à 8 000 l et 32 de TP, on avait 3 jersiaises à 5 000 l mais 38 de TP”, illustre l’éleveur. Une plus-value sur les taux qui se traduit par une meilleure valorisation du lait : + 70 €/1 000 l, soit - pour 240 000 l produits - un gain de 15 000 €. “Ça a presque fait mon revenu et permis mon installation”, précise Nicolas. 

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Le changement de race oblige cependant à un certain nombre d’aménagements compte tenu du gabarit des jersiaises : réduction de la taille des logettes, des cornadis... puis construction d’un appentis. En passant de 35 PH à 55 jersiaises, c’est aussi plus de temps à la traite, un tiers de vêlages en plus et 60 petits veaux à faire boire. “Avec plus de bêtes au pâturage, il a aussi fallu aller plus loin et tirer des tuyaux pour alimenter en eau ces parcelles plus éloignées”, complète Benoît.

Le choix de la monotraite

En 2019, ce dernier remplace son père au sein du Gaec, son installation s’accompagne d’un agrandissement de 30 ha et d’une augmentation d’une dizaine de laitières et de génisses destinées à la vente, chaque année.
Le modèle en place fait ses preuves jusqu’à une année noire, 2022, “avec une connerie à la journée ! On avait plus de tracteurs chez le garagiste qu’à la maison...”, se souvient Nicolas. Suite à tous ces changements, à une surcharge de travail et à une forte inflation du coût alimentaire, le système est réinterrogé et la question de la monotraite posée. En juillet 2024, les Chaumeil franchissent le pas en débutant avec des vaches en fin de lactation. Parallèlement, ils opèrent une réduction drastique du concentré (300 kg/VL aujourd’hui). La production baisse, de 
25 % (moins qu’attendu), mais les taux décollent moins qu’espéré.

Sur ce sujet : La monotraite pour alléger le travail

Un an après cette transition, le Gaec retrouve en 2025 une production équivalente à celle de 2008, soit 230 000 l mais avec un schéma bien différent : un lait plus riche (valorisé 590 € en 2025(2)), deux fois plus de vaches, deux UHT (contre 1 + un salarié à quart temps) et une SAU majorée de 30 %. Surtout, même si le rythme reste soutenu, “on a gagné une bonne demi-heure par jour et beaucoup plus de souplesse l’été, on a pu aller voir le Tour de France !”, sourient les jumeaux. 

En transition 

Peu chargés en annuités, les deux associés dégagent des résultats économiques jugés satisfaisants. Mais, même si une nouvelle stabulation ou une stabulation mieux aménagée amènerait du confort aux animaux et aux éleveurs, “on ne veut pas mettre plus d’emprunts que ce qu’on se rémunère, surtout au vu des années comme 2026”. Eux préfèrent s’engager dans une troisième voie après une transition économique en 2008 et sociale ensuite avec la monotraite. “On est une génération transitoire, concluent-ils. Notre objectif est d’avoir une exploitation saine économiquement et transmissible.”

(1) Éleveurs du pays vert, groupe Altitude.
(2) Contre 430 € en traite double au début des années 2020.
 

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