Sur sa chaine Youtube aux 41 000 abonnés, Samuel Boucher, agriculteur dans le Loiret, alias « agriculteur indépendant », partage ses réflexions autour du fait de ne pas semer cet automne face aux hausses de charges. Une vidéo très vue et commentée à peine 24h après sa publication.
« Moi je ne produis plus pour la passion. Là on part avec un risque très important. Je ne sais pas, au 4 octobre, si j’ai envie de prendre ce risque », ainsi Samuel Boucher, alias Sam agriculteur indépendant, à la tête d’une ferme de 240 hectares dans le Loiret, conclut sa vidéo postée le 4 octobre sur Youtube. En 24 heures, sa vidéo intitulée « et si je ne semais pas cet automne ? Etat des lieux et réalités économiques » a déjà enregistré plus de 28 000 vues, 2600 likes et plus de 230 commentaires.
Je ne sais pas, au 4 octobre, si j’ai envie de prendre ce risque
« En ce moment on a des limites techniques qui sont le climat. En septembre, on a pris 2 mm de pluie. Les sols ne sont pas en état de recevoir quoi que ce soit. Les colzas sont tellement petits que c’est mal parti. Des gens ont déjà dépensé des sous pour les refaire une deuxième fois voire troisième, certains vont faire un blé après un colza raté. Certains sont déjà en train de semer », débute-t-il sa vidéo.
Des charges devenues trop élevées pour l’agriculteur du Loiret
Et de mettre en avant ses calculs : « Il faut voir la réalité en face : l’azote coûte 80 à 100 euros de plus par hectare. Pour les produits phytos, des hausses sont annoncées pour tout le printemps, ainsi que les semences de printemps. Sur 10 000 euros de phytos on a 2500 euros de RPD (redevance pour pollutions diffuses) et 2000 euros de taxes. Le carburant coûte 40 à 50% de plus à l’hectare… » égraine-t-il.
Situé dans le Loiret à la limite de l'Yonne, l’agriculteur explique faire 100, voire 200 euros de marge nette par hectare et jusqu’à « 300 euros pour une année magnifique » ! « Le niveau de charge est trop élevé, je vais perdre de l’argent », conclut-t-il, avouant réfléchir sincèrement à ne pas semer. Un moyen aussi pour lui de tirer un système d’alarme, interpeller ses fournisseurs et montrer qu’il ne peut pas continuer avec de telles hausses de charges.
Cette réflexion suscite beaucoup de réactions d’agriculteurs aujourd’hui si l’on en croit les commentaires postés sous la vidéo. « Ce printemps avec mon associé nous avons fait le choix de laisser en jachère 20 ha sur 140. Ce choix nous l’avons fait car la rentabilité des cultures sur ces parcelles en n-1 était catastrophique. Nous l’avons fait également pour envoyer un signal vers le monde commercial qui gravite autour de nous », écrit un agriculteur. «Ne pas semer est une réalité de terrain, bienvenu au club » écrit un autre. « J’ai eu la même réflexion que toi, cette campagne à venir le matériel reste sous le bâtiment, je vais consacrer mon temps à mon second atelier caprin, les céréales c’est fini », commente encore un autre exploitant agricole.
Pour ma part ce sera simplement un semis de semences fermières sans engrais et avec les traitements minimum
« Pour limiter les risques, semer une partie en blé d’hiver et semer des luzernes pour les éleveurs. Moins de risques économiques et moins de travail. En fait une semi-pause pour ne pas massacrer les sols et les régénérer. Ne pas semer est une solution risquée sur le plan adventices » suggère un agriculteur. « Pour ma part ce sera simplement un semis de semences fermières sans engrais et avec les traitements minimum. Il y a quand même un atelier qui sera développé, ce sera la mise en place de sainfoin à la place du maïs, bref des cultures nécessitant très peu ou pas d’intrants et un entretien minimum », témoignage un autre. Quand un autre propose : « pourquoi ne pas envisager de semer du blé à la volée avant une future pluie et recouvrir à moindre frais ? ».
A noter que Bernard Ader, agriculteur et président du Think-tank Agriculture stratégies, s’était exprimé sur le sujet dès mai 2026 dans un post linkedin débutant par « Pourquoi je ne sèmerai pas à l’automne ». Et d’affirmer déjà (soit avant la sécheresse 2026) y penser parce qu’il avait connu l’effet ciseau de 2008 : « j’y ai laissé tout ce que j’ai voulu jurant qu’on ne m’y reprendrait plus. 5 ans pour refaire ma tréso. Cette année le dilemme est le même mais l’ampleur est disproportionnée », écrivait-il alors.