En Bretagne, Thomas Clivio a créé un élevage de chèvres cohérent et bien réfléchi

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Quatre cases de mise-bas sont aménagées à l’écart des chèvres et des chevrettes. Crédits : © V. Bargain
La salle de traite est confortable pour l’éleveur et sa salariée. Crédits : © V. Bargain
L’aire d’attente peut accueillir tout un lot de 70 chèvres. Crédits : © V. Bargain
L’installation de Thomas Clivio s’est faite dans le cadre du Plan caprin d’Agrial lancé en 2016 et renouvelé en 2025 avec l’objectif de création de 400 élevages d’ici 2035 pour accompagner le développement de sa marque Soignon. Crédits : © V. Bargain
Les balles de foin et de paille sont apportées sur palette avec un transpalette électrique. Crédits : © V. Bargain

Installé en 2021 en reconversion professionnelle, Thomas Clivio a bien réfléchi son élevage de 280 chèvres. Équipements, génétique, alimentation : tout est mis en œuvre pour être efficace et performant.

En 2020, à 39 ans, Thomas Clivio, jusque-là chargé d’études en gestion de l’eau chez d’aucy, fait le choix de s’installer en caprin avec Agrial, à Locqueltas, dans le Morbihan, tout près du Haras de Kerizac exploité par sa femme, vétérinaire. « Je voulais travailler pour moi et avec des animaux, indique-t-il. J’ai choisi la chèvre du fait d’un contexte économique porteur et parce que c’est un élevage technique, qui m’intéresse. » Dix-huit mois lui ont suffi pour obtenir un diplôme agricole par validation des acquis de l’expérience, créer l’Earl Chèvrerie de Kerizac, obtenir l’accord des banques, faire un stage de deux mois et demi sur un élevage caprin et créer son bâtiment et son élevage de 280 chèvres alpines. « J’ai acheté le foncier sous le bâtiment, qui appartenait au haras, précise-t-il. Et je loue 21 hectares au haras, que je complète en achetant 10 hectares d’herbe sur pied. »

Bâtiment de 1 500 m² d’un seul tenant

<em class="placeholder">Affouragement des chèvres</em>

Tout a été conçu pour être efficace et productif avec deux UTH, Thomas et Éva, salariée à plein temps. « J’ai visité huit chèvreries avant de m’installer », précise l’éleveur. Le bâtiment de 1 500 m² d’un seul tenant a été pensé pour organiser des espaces séparés selon l’âge des animaux. Il comprend un espace pour les quatre lots de chèvres (primipares, 70 lactations longues, lot d’IA, lot de monte naturelle), un espace pour les chevrettes et quatre cases de nurserie. Tout le bâtiment est bétonné, permettant une alimentation et un paillage motorisés. Les balles de foin sont apportées sur palette avec un transpalette électrique. « Il n’y a plus qu’à dérouler les balles », explique Thomas. Un triporteur électrique à trois compartiments facilite la distribution des concentrés en trois repas par jour. La salle de traite 2x24 places équipée de 2x12 postes en ligne basse a été conçue pour le confort et la rapidité de traite. La configuration du bâtiment, l’aire d’attente assez large pour accueillir tout un lot et la sortie rapide par l’avant permettent de gagner du temps. « Une heure à une heure trente suffit pour traire 280 chèvres », souligne Éva. Un point important pour Thomas est aussi l’hygiène de traite, l’objectif étant de ne jamais dépasser un million de cellules par millilitre de lait. En plus du traitement biologique et physico-chimique de l’eau, les manchons trayeurs sont désinfectés après chaque chèvre (Oxygriffe) et un trempage cosmétique des trayons est réalisé par pulvérisation.

Le génotypage pour aller plus vite en sélection

<em class="placeholder">Salle de traite</em>

Un choix de l’éleveur a été de produire en désaisonné, avec des mises bas de septembre. « La valorisation est supérieure de 40 à 50 euros les mille litres, souligne-t-il. Il fait jour lors des mises bas. Il n’y a pas besoin de chauffer. Ma femme, qui s’occupe des poulinages du haras de mars à juillet, est disponible en septembre. Et nous pouvons partir au ski en février ! » Pour le désaisonnement, l’éleveur éclaire le bâtiment du 1er novembre au 1er février, de 6 h à 9 h puis de 17 h à 22 h. Il éteint ensuite l’éclairage en février et mars, ce qui déclenche les chaleurs. Un point essentiel pour la performance du troupeau est la génétique. Toutes les chevrettes du départ ont été achetées à Chevrettes de France. Les chevrettes de renouvellement sont des chevrettes issues d’insémination, avec 77 % de réussite sur IA et 1,8 chevreau par chèvre. Et depuis 2026, Thomas utilise le génotypage pour confirmer ses plans d’accouplement. « Depuis le départ, je trie les chèvres sur les index ascendance et réalise un plan d’accouplement avec Innoval, pour les IA et la saillie naturelle. Et en 2026, j’ai fait génotyper 5 jeunes boucs et 15 chevrettes. Comme je ne veux pas faire d’IA sur les chevrettes, le génotypage permet de gagner un an en sélection, d’optimiser les accouplements et de sécuriser la filiation et le niveau génétique des chevrettes que je garde. » Au final, l’éleveur obtient ainsi 400 naissances par an.

Alimentation différenciée

L’alimentation est adaptée au lot, au stade de lactation et à la qualité des fourrages récoltés sur 12 ha de ray-grass hybride, 12 ha de fétuque et 7 ha de luzerne. Tous les fourrages sont analysés. La ration au pic pour les meilleures chèvres comprend 600 g de foin de ray-grass hybride, 600 g de foin ou enrubannage de luzerne, 600 g de foin de fétuque et 1,8 kilo d’aliments (1,1 kilo de chèvre laitière à 18 % MAT, 400 g de correcteur azoté à 43 % de MAT, 300 g d’un aliment à 1,15 UF et 19 % de MAT). Les chevrettes reçoivent des fourrages et 800 g/j d’un aliment croissance à 21 % de MAT. Au final, Thomas Clivio parvient ainsi à de bons résultats. De 850 litres de lait par chèvre traite la première année, la production devrait atteindre 1 000 litres en 2026, soit un total de 280 000 litres. Et pour l’avenir, l’éleveur a encore d’autres projets. Il veut notamment aménager un parcours sur une parcelle attenante à la chèvrerie. « Les chèvres sortiront en juin, juillet et août, après une coupe de foin, prévoit-il. Puis les parcelles resteront neuf mois sans animaux. »

Des levures vivantes pour optimiser l’ingestion des fourrages

De novembre 2025 à mars 2026, Thomas Clivio, suivi par les nutritionnistes d’Agrial, a testé l’apport dans la ration de 2 g/j de levures vivantes Actisaf SC 47. Le lot de 70 chèvres était comparé à un lot témoin de 70 chèvres recevant 1 g/j de levures, pratique adoptée jusque-là par l’éleveur. « Ces levures, qui entraînent une dégradation plus rapide des fibres, permettent d’optimiser l’ingestion de fourrages », explique Laurent Davoust, chef produits caprins chez Agrial. Les fourrages étaient du foin de ray-grass hybride, du foin de fétuque et de l’enrubannage de luzerne. L’essai a montré une hausse de l’ingestion de foin de 150 g/j (même constat en février, mais pas de contrôle laitier). La production laitière a augmenté sur les quatre premiers mois, de + 0,2 l/j en moyenne (+ 0,4 l en janvier). Il n’y a par contre pas eu de différence à partir du mois de mars, sixième mois de lactation. « Il y a un intérêt économique à doubler la dose d’Actisaf SC 47 sur les premiers mois de lactation », souligne Laurent Duvoust.

Côté éco

Une installation à 600 000 euros

Total des investissements et emprunts : 600 000 €

Bâtiment : 235 000 €

Équipements et traite : 181 000 €

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Alimentation : 20 000 €

Cheptel : 115 000 €

Faneuse : 9 000 €

Besoin en fonds de roulement : 40 000 €

Aide JA : 20 400 €

Aide PCAE : 37 000 €

Aides Agrial (achat de reproducteurs, silos, permis de construire) : 15 000 € (+ avance de trésorerie sur l’achat des reproducteurs et l’alimentation jusqu’aux premières mises bas et prime JA sur le prix du lait les trois premières années)

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