La propyzamide est l’arme anti-graminées plébiscitée sur colza. Sa bonne efficacité est conditionnée à un sol humide et des températures inférieures à 10 °C. Mieux vaut donc attendre des conditions favorables, généralement en novembre ou en décembre, avant d’intervenir.
Contre les graminées adventices sur colza, la propyzamide est incontournable. « Environ un million d’hectares de colza sont traités avec cette molécule herbicide, chiffre Arnaud Micheneau, spécialiste désherbage à Terres Inovia. Cette molécule est stratégique pour gérer les graminées sur cette culture. » La propyzamide est notamment utilisée via l’herbicide Kerb Flo, de Corteva Agriscience (400 g/l). D’autres produits l’associent à l’aminopyralide : Ielo, Yago, Biwix…
Le vulpin et le ray-grass sont devenus les principales adventices du colza. « Nous les retrouvons partout alors que ce n’était pas le cas il y a dix ans où les dicotylédones posaient davantage de problèmes, se rappelle Arnaud Micheneau. Avec l’arrivée de la gamme Arylex active, leur pression a diminué tandis que celle des graminées a augmenté. »
Aucun cas de résistance de graminées à la propyzamide décelé
La lutte contre les graminées passe d’abord par des moyens prophylactiques et un désherbage précoce de prélevée. La propyzamide intervient ensuite en postlevée pour éliminer les ray-grass et vulpins restants. Aucun cas de résistance de graminées à la propyzamide n’a été détecté à ce jour, contrairement à d’autres herbicides utilisés sur céréales. À ce titre, la molécule apparaît indispensable pour gérer le salissement de graminées sur une rotation comportant des céréales et du colza.
La bonne efficacité de la propyzamide repose sur des conditions d’emploi particulières. La molécule montre sa meilleure action à des températures du sol inférieures à 10 °C (5 °C dans l’idéal). Son utilisation est donc préconisée en novembre et décembre. « Il faut s’assurer que les conditions fraîches perdurent quelques jours après le traitement », conseille Arnaud Micheneau. Mieux vaut éviter une intervention trop précoce, dès le mois d’octobre par exemple. « Dans ce cas, la molécule est rapidement dégradée par les micro-organismes du sol et agit moins efficacement », explique Céline Fonseca, ingénieure conseil en grandes cultures au Ceta Ouest. À l’inverse, attendre les premières gelées pour bénéficier de sols plus portants peut conduire à une application en janvier. Or, à cette période, les adventices risquent d’être déjà trop développées pour être correctement maîtrisées.
Ne pas appliquer le produit en cas d’excès d’eau
Les conditions d’humidité du sol sont également importantes pour permettre à la molécule d’atteindre les racines des graminées. « Il vaut mieux éviter les applications sur un sol sec et en l’absence de prévisions de pluie, car le produit ne fonctionnera pas correctement », assure le spécialiste de Terres Inovia. L’utilisation est déconseillée également en cas d’excès d’eau sur le sol.
Dans les régions aux hivers généralement doux, l’efficacité de la propyzamide est-elle compromise ? « Les températures du sol descendent généralement sous les 10 °C. En revanche, nous sommes confrontés à des épisodes très pluvieux durant lesquels l’utilisation de la propyzamide n’est pas recommandée à cause du risque de transfert important vers l'eau, d'autant que la portance peut empêcher le passage en outre du pulvérisateur », observe Céline Fonseca.
Une seule application autorisée sur colza, avant le 31 janvier
Céline Fonseca conseille un traitement à partir de la mi-novembre quand les conditions de sol humide et de température basse sont réunies. « Lorsqu’une légère bruine ou une rosée est présente, c’est idéal pour faire descendre le produit du feuillage sur le sol et permettre l'action sur les racines », remarque-t-elle. Les conseillers du Ceta Ouest suivent la température du sol et transmettent les informations aux agriculteurs adhérents (544 adhérents) via WhatsApp ou des messages techniques hebdomadaires.
Le produit peut rester efficace sur les graminées au-delà du stade 3 feuilles, mais il l’est beaucoup moins lorsque les graminées commencent à taller. À préciser que l’action de la propyzamide est relativement lente, son efficacité ne se constatant qu’au bout de plusieurs jours sur les graminées. L’efficacité est réduite sur des sols au taux d’argile élevé (supérieur à 35 %) et avec des teneurs importantes de matière organique (plus de 4 %).
Éviter de mélanger la propyzamide à un insecticide
Avec des applications en novembre ou décembre, il peut être tentant de mélanger la propyzamide avec un insecticide visant les larves d’altises sur colza, comme Minecto Gold pour économiser un passage. Pour Terres Inovia, ce n’est pas une bonne stratégie, car le produit Minecto Gold doit être associé à un adjuvant huileux de type Actirob pour assurer sa bonne efficacité. Or, la présence d’huile réduit l’efficacité de la propyzamide. D’autre part, l’application de Minecto Gold (et aussi de pyréthrinoïdes) est conseillée par températures douces, contrairement à la propyzamide, qui nécessite un temps froid pour être utilisée.
Sur le plan réglementaire, une seule application de propyzamide est autorisée par campagne sur colza, à 750 grammes par hectare au maximum et le produit ne doit pas être utilisé après le 31 janvier. Outre le colza, la propyzamide est autorisée sur protéagineux d’hiver (pois, féverole et lupin) jusqu’au stade 4 feuilles. L’approbation de la propyzamide au niveau européen a été reportée au 30 novembre 2027.
Des précautions pour éviter le transfert dans les eaux
La propyzamide se retrouve parfois dans les eaux superficielles et souterraines, destinées à la production d’eau potable. Des précautions sont à prendre pour l’utiliser, notamment en décalant le traitement lorsque de fortes pluies (supérieures à 20 mm) sont annoncées les jours qui suivent pour limiter le ruissellement, conseille Corteva Agriscience sur une fiche dévolue à cette molécule. La société met en avant des bonnes pratiques agronomiques pour limiter les transferts vers les eaux de surface : privilégier les semis perpendiculaires à la pente, éviter les techniques de travail du sol favorisant la battance, entretenir les bandes enherbées au bord des cours d’eau, gérer les traces de roues de façon à ne pas produire des voies de circulation pour l’eau… Dans les contextes karstiques (régions calcaires), une bonne couverture végétale est recommandée pour limiter les contaminations des eaux souterraines.