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Agriculture biologique : bien gérer son désherbage mécanique pour lutter contre les graminées

Les interventions mécaniques permettent de gérer les graminées présentes dans les cultures conduites en bio. Mais leur efficacité étant conditionnée à des créneaux d’intervention parfois étroits et incertains, elles impliquent anticipation, réactivité et outils adaptés.

<em class="placeholder">Passage de herse étrille dans une parcelle de céréales. </em>
Le passage de la herse étrille à l'automne sera facilité par des levées homogènes de la culture, permises par une bonne préparation de sol.
© A. Lecat

En agriculture biologique, le désherbage mécanique des céréales d’hiver se fait à l’automne ou au printemps, en fonction des conditions pédoclimatiques et des graminées adventices présentes. Trouver le bon créneau n’est pas toujours facile, et pour limiter le salissement des parcelles, il est indispensable d’activer en parallèle d’autres leviers (rotation, labour, faux semis, report de la date de semis). D’où l’importance de bien « connaître son ennemi », rappelle Alain Lecat, conseiller à la chambre d’agriculture de la Somme. Des éléments comme la durée de vie des graines dans le sol ou leur date de levée préférentielle vont orienter les stratégies. Les graminées ont aussi leurs préférences pédoclimatiques. Dans la moitié nord de la France, ce sont le ray-grass et surtout le vulpin qui posent problème en bio, indique Gilles Salitot de la chambre d’agriculture de l’Oise. Lou Bugeia-Gane, de la coopérative bio Corab, qui collecte en Charente-Maritime et dans les départements voisins, insiste, elle, davantage sur la folle avoine.

Passer la herse étrille le plus tôt possible à l’automne

En présence de graminées, il est recommandé, dans la mesure du possible, d’intervenir mécaniquement à l’automne, sans quoi, en sortie d’hiver, les ray-grass et vulpins, qui repartent plus vite en végétation que la céréale, vont devenir dominants. Ce conseil s’applique notamment sur des terres très argileuses, où les agriculteurs ont souvent des difficultés à revenir avant le mois d’avril. Pour maximiser les chances de réussite à l’automne, il faut intervenir sur des adventices très jeunes, précise Gilles Salitot : « Une solution est de passer la herse étrille en aveugle, 5 jours après le semis, avant que la céréale lève, lorsque les graminées sont au stade fil blanc. » Les taux de réussite sont bons, de l’ordre de 80 %, indique Enguerrand Burel de l’Institut technique de l’agriculture biologique (ITAB), qui estime que les agriculteurs gagneraient à le pratiquer davantage.

Lou Bugeia-Gane explique que les adhérents de la Corab pratiquent peu la herse à l’aveugle et interviennent plus volontiers au stade 3 feuilles du blé, car leurs sols, souvent argilo-calcaires peu profonds le permettent. À ce stade, la réussite passe par une bonne préparation de sol pour des levées homogènes qui vont faciliter l’intervention et le choix de sa date. Gilles Salitot évoque la possibilité de passer au stade 1 à 2 feuilles, mais « il faut s’assurer d’avoir un temps qui restera poussant dans les 8-10 jours qui suivent, car on recouvre la céréale de terre et il y a un risque de perte ». Mais intervenir à l’automne n’est pas possible partout. « Dans les sols humides, on a rarement l’occasion de passer la herse ou la houe à 3 feuilles en décembre. Dans la Somme, cela arrive une fois tous les dix ans », énonce Alain Lecat.

Anticipation et matériel adapté pour le binage de printemps

Sur des situations de forte pression de graminées, l’exploitant peut choisir de biner au printemps. « C’est efficace et rentable économiquement », indique Enguerrand Burel. Le binage des céréales d’hiver exige anticipation et matériel spécifique, ce qui peut le rendre difficile à mettre en œuvre. Un écartement de l’interrang d’au moins 20 à 25 centimètres (cm) est recommandé pour des questions de facilité et d’efficacité du binage, ce qui implique un semoir adapté (semoirs à dents ou type Lemken), équipé d’organes de mise en terre précis pour un semis bien en ligne. Il est possible d’utiliser la bineuse à maïs, mais cela implique un travail long et compliqué pour déplacer les dents. Il est donc préférable de s’équiper d’une bineuse spécifique (avec éventuellement guidage RTK et caméra).

Les conseillers observent que le binage est globalement peu pratiqué sur céréales d’hiver, car il est jugé par beaucoup d’exploitants compliqué et coûteux en temps sur une période très chargée. « Cela reste une technique très efficace en cas de fort salissement au printemps », assure Enguerrand Burel, qui conseille toutefois de ne pas la systématiser chaque année, au risque de favoriser certaines adventices résistantes, qui sont souvent aussi les plus nuisibles.

Écimer pour empêcher la grenaison de la folle avoine

Quand la gestion d’une graminée s’avère difficile, comme c’est le cas avec la folle avoine, dont la graine a une durée de vie dans le sol de 15 à 20 ans et des levées échelonnées de l’automne au printemps, l’écimage est un levier supplémentaire. Il se pratique quand la plante dépasse le blé en mai/juin. « Il faut la couper quand la graine est encore verte, après la floraison. À ce stade, la folle avoine ne va plus chercher à faire de nouvelles graines », explique Lou Bugeia-Gane. Cette technique est efficace dès qu’une graminée dépasse la céréale au printemps.

Face aux difficultés d’intervention que ce soit à l’automne ou au printemps, Alain Lecat conseille d’avoir une panoplie d’outils mécaniques pour passer au bon moment. Il réfléchit aussi à de nouveaux leviers comme réduire la vitesse de rotation de la herse rotative pour réaliser une préparation de sol plus grossière et ainsi limiter le contact graine d’adventice/sol favorable aux levées. « Cela peut impacter la levée des céréales pour des semis après le 1er novembre, précise-t-il. Il faudra compenser en augmentant la dose de semis de 5 à 15 %. » Coût qui pourra être amorti grâce à l’économie sur le désherbage.

Des leviers agronomiques très importants en bio

L’alternance entre cultures d’hiver et cultures de printemps est un levier majeur pour réguler la pression des adventices. Il est assez naturel dans les systèmes bio associant des céréales et des légumes de plein champ qui se sèment mi-mai. Sur des systèmes céréaliers purs, où le blé reste la culture la plus rémunératrice en bio, notamment dans la moitié nord, Gilles Salitot conseille « d’avoir de bons précédents », des cultures plus concurrentielles face aux graminées, plus précoces à montaison, comme le triticale, le seigle, ou l’avoine. Faire un blé de printemps est aussi une solution. Autre levier, décaler la date de semis, mais celui-ci est mis à mal par le changement climatique. « Dans la Somme, nous conseillions de ne pas semer avant le 25 octobre. Aujourd’hui, c’est plutôt entre le 1er et le 11 novembre et parfois les graminées lèvent même après », constate Alain Lecat.

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