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Travail du sol : faut-il labourer ou non ? L'Inrae ne tranche pas

Un article intitulé « Faut-il vraiment arrêter de labourer les champs ? » a été publié le 23 juin par The Conversation. Ses auteurs, plusieurs scientifiques de l’Inrae, s’y interrogent sur le travail du sol. Sans pour autant afficher une position claire.

tracteur labourant
Entre non-labour et labourer, le scientifiques d’Inrae ne tranchent pas et estiment qu’il n’existe pas de solution miracle pour préserver les sols agricoles.
© J.C. Gutner

Une équipe de scientifiques de l’Inrae a rédigé un article intitulé « Faut-il vraiment arrêter de labourer les champs ? ». Il a été publié par The Conversation le 23 juin et fait suite à une récente synthèse scientifique publiée dans la revue Communications Earth & Environment, dans laquelle ils analysent plusieurs décennies d’expérimentations conduites sur différents continents.

A relire : Ils préservent la fertilité des sols en conciliant agriculture biologique et non-labour

Le travail du sol présente des avantages

« Pendant des siècles, le travail du sol a constitué l’un des principaux leviers pour produire des récoltes » rappellent les scientifiques qui détaillent les différentes méthodes : labour, déchaumage, hersage ou encore binage. Et énumèrent les fonctions agronomiques de ces différentes pratiques : ameublir et aérer le sol, favoriser l’infiltration de l’eau, préparer un lit de semences propice à la levée des cultures et faciliter par la suite le développement des racines, détruire les herbes poussant sur le champ depuis la dernière récolte et limiter leur levée dans la culture suivante ou encore incorporer les résidus végétaux et les amendements afin qu’ils se décomposent.

« Le travail du sol fait l’objet de critiques croissantes »

Ils font toutefois remarquer que « depuis quelques décennies, le travail du sol fait l’objet de critiques croissantes ». Ils assurent en effet qu’« un travail trop intensif peut en effet fragiliser la structure des sols, accélérer l’érosion, perturber la vie biologique ou favoriser la minéralisation et donc le relargage du carbone stocké dans les matières organiques des sols agricoles sous forme de dioxyde de carbone ».

Lire aussi : Comparaison semis direct et labour : un gain de temps de 25 à 50 % selon les études

Ne pas labourer augmente souvent l’usage des herbicides

Partant de ce constat, ils soulignent que certaines formes d’agriculture, comme l’agriculture de conservation des sols, réduisent le labour, voire l’abandonnent. « Mais faut-il vraiment opposer travail du sol et préservation du climat afin de produire durablement ? » s’interrogent-ils. Se basant sur l’analyse de plusieurs décennies d’expérimentations, ils font état d’un premier constat : « Les systèmes qui s’éloignent du travail du sol reposent fréquemment sur les herbicides pour contrôler les adventices. En Europe, aux États-Unis ou au Canada, les systèmes sans travail du sol utilisent souvent davantage de glyphosate notamment et d’autres désherbants chimiques ».

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Le travail du sol peut être un outil parmi d’autres

Ils étaient leur propos en citant différents exemples : « Dans les essais agroécologiques de longue durée, menés à proximité de Dijon (Côte-d’Or) sur la plateforme expérimentale CA-SYS de l’Inrae, les systèmes sans labour et sans pesticides ont parfois échoué en quelques années sous l’effet d’une forte pression d’adventices ou de limaces. À l’inverse, des systèmes utilisant ponctuellement le travail du sol, dont du labour, ont mieux maintenu leur productivité en l’absence de pesticides ». Selon eux, cela ne signifie pas qu’il faut revenir au labour systématique, mais plutôt « reconnaître que le travail du sol peut être un outil parmi d’autres, mobilisé de façon stratégique et ciblée dans certaines situations ».

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Le stockage du carbone ne dépend pas seulement du travail du sol

L’autre constat est que le stockage du carbone ne dépend pas seulement du travail du sol. Les scientifiques citent l’exemple de l’expérimentation de longue durée, menée par Arvalis à Boigneville, dans l’Essonne, et suivie avec Inrae, qui n’a montré « aucune différence significative de stock total de carbone entre labour annuel, travail superficiel et non-travail du sol après quarante-sept ans de conduite différenciée des parcelles expérimentales ». Selon eux, un sol stocke davantage de carbone lorsqu’il reçoit plus de biomasse végétale : résidus de culture, racines, couverts végétaux, prairies temporaires ou apports d’amendements organiques. « À l’inverse, différentes études que nous avons compilées montrent qu’un travail du sol occasionnel n’a le plus souvent pas d’impact mesurable sur le stock de carbone du sol » font-ils remarquer.

A relire : Agriculture bas carbone : adoptez les bonnes pratiques pour stocker du carbone !

L’importance de la couverture végétale

Les scientifiques soulignent que « Plusieurs méta-analyses montrent que la couverture végétale des sols pendant la période d’interculture peut augmenter significativement les stocks de carbone des sols agricoles. Dans certains cas, des systèmes avec labour, mais riches en couverts végétaux, stockent même davantage de carbone que des systèmes sans labour, mais apportant moins de biomasse ».

Lire aussi : Couverts végétaux : la variété peut tout changer

Quid du protoxyde d’azote ?

Quant au protoxyde d’azote, également émis par les terres agricoles, les auteurs de l’article affirment que les résultats sont contrastés. « Selon les contextes, le non-labour peut réduire, ne pas modifier ou augmenter les émissions de protoxyde d’azote. Mais dans certains cas, cette hausse peut compenser les bénéfices liés au stockage de carbone » notent-ils.  Pour illustrer cette complexité, ils citent L’essai de longue durée de l’Inrae, « La Cage », mené depuis 1998 à Versailles. « Le système en agriculture de conservation des sols (combinant non-travail du sol et recours aux couverts végétaux) a stocké davantage de carbone, mais a aussi émis davantage de protoxyde d’azote que les systèmes dits conventionnels ou bas-intrants, c’est-à-dire ayant peu recours aux engrais et pesticides de synthèse » expliquent-ils.

 

Il n’existe pas de solution miracle

Les scientifiques arrivent à la conclusion qu’aucune pratique isolée ne constitue une solution miracle. Selon eux, les leviers les plus efficaces semblent plutôt résider dans la diversification des cultures, l’usage régulier des couverts végétaux, l’allongement des rotations, l’intégration de légumineuses fixatrices d’azote et de plantes pérennes, ou encore l’agroforesterie.

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