Aller au contenu principal

« Nous faisons pâturer nos vaches en deux lots en traite robotisée », en Loire-Atlantique

Le Gaec Aron et Chère a mis en place une organisation originale du pâturage de ses 114 laitières à plus de 12 000 litres grâce à une porte de tri. Il parvient ainsi à maintenir une part élevée de pâturage en traite robotisée en restant très productif.

Les trois asociés du Gaec Aron et Chère
Gaëlle Plantard, Olivier Plantard (au centre) et Philippe Marchand ont réussi à organiser le pâturage des vaches laitières grâce aux filtres programmés dans la porte de tri.
© Seenovia

Depuis 2025, le Gaec Aron et Chère, à Sion-les-Mines en Loire-Atlantique, organise le pâturage de ses vaches laitières en deux groupes de taille variable grâce à une porte de tri. « L’idée est qu’il y ait toujours des vaches dans le bâtiment et des vaches dehors, pour une utilisation optimale des robots », explique Philippe Marchand, associé avec sa sœur Gaëlle Plantard et son beau-frère Olivier Plantard du Gaec Aron et Chère. Et visiblement, cette organisation originale porte ses fruits.

Le Gaec, qui compte deux sites, un site laitier de 112 hectares, avec 114 vaches laitières pour 1,6 million de litres de lait, et un site de 70 hectares en vaches allaitantes et génisses croisées, a toujours beaucoup pratiqué le pâturage. L’implantation de la stabulation des vaches laitières, créée en 2009, a ainsi été réfléchie pour favoriser le pâturage, avec de nombreuses parcelles accessibles et des chemins bien entretenus. En parallèle, un objectif du Gaec a toujours été aussi d’avoir une très bonne productivité du troupeau laitier. « Nous avons toujours travaillé la génétique pour le lait et les taux et toutes les vaches sont génotypées » précise Philippe. « Le troupeau a aujourd’hui un Index lait de + 456, un Index TB de +1,82 et un Index TP de + 1,21 », souligne Denis Denion, consultant nutrition et robot chez Seenovia. En 2025, les 114 vaches présentes ont ainsi produit 12 385 litres de lait brut, avec un TB de 43,5 g/l et un TP de 33,7 g/l soit 13 659 litres de lait standard.

Des filtres sur la porte de tri

 

 

En 2020, quand ils ont commencé à envisager le passage en traite robotisée, les trois associés ont donc réfléchi aux moyens de maintenir le pâturage tout en gardant une productivité de 40 kilos de lait par vache par jour. « Nous avons participé à différentes journées techniques sur la conduite en robots, dont certaines spécifiquement centrées sur le pâturage, précisent-ils. Nous nous sommes intéressés aux portes de tri, aux boviducs, aux passages canadiens... »

Mis en fonctionnement en mars 2022, les deux robots Lely ont été complétés par une porte de pâturage en sortie du bâtiment. Pendant deux ans, les vaches ont pâturé librement. « Elles passaient par la porte, mais sortaient quand elles voulaient, précise Gaëlle. Ce système fonctionnait mal. Des vaches revenaient au bâtiment et le pâturage était hétérogène. » C'est pourquoi en 2025, à l’initiative de Denis Denion, le Gaec Aron et Chère a adopté une nouvelle organisation du pâturage.

 

 

Du 20 mars environ jusqu’à fin juin, le troupeau est réparti en deux groupes de pâturage grâce à des filtres mis en place sur la porte de tri via le logiciel Horizon. Le premier groupe filtré par la porte de tri pâture de 8 heures jusqu’à 11 heures 30. « En même temps que je nettoie les logettes, je pousse les 114 vaches vers la porte de tri, explique Gaëlle. Toutes passent dans la porte, ce qui peut prendre vingt minutes. La porte a été programmée pour que seules les vaches traites depuis moins de cinq heures puissent sortir. Je garde aussi à l’intérieur les vaches ayant vêlé depuis moins de 50 jours et les primipares ayant vêlé depuis moins de 60 jours. »

Le pâturage se fait au fil avant sur des parcelles fermées, les fils ayant été préparés le matin avant l’arrivée des vaches. « Environ 60 vaches sortent chaque matin, mais ce ne sont pas toujours les mêmes », précise l’éleveuse.

Très peu de retards de traite

 

 
<em class="placeholder">Le groupe de vaches pâturant le matin sortent environ trois heures et demie, celui de l’après-midi quatre à cinq heures, mais la ration ingérée est à peu près la ...</em>
Le groupe de vaches pâturant le matin sortent environ trois heures et demie, celui de l’après-midi quatre à cinq heures, mais la ration ingérée est à peu près la même. © V. Bargain

À 11 heures 30, Gaëlle ramène le premier groupe au bâtiment et c’est le second groupe qui sort au pâturage. Si ce deuxième groupe doit pâturer sur une parcelle différente, Gaëlle le sort d’abord, puis ramène le premier groupe. Si le deuxième groupe pâture la même prairie que le premier, elle ramène d’abord celui-ci dans une moitié du bâtiment, puis sort le deuxième lot qu’elle a auparavant parqué dans l’autre moitié du bâtiment. Elle regarde aussi avant de sortir le deuxième groupe s’il n’y a pas de retard de traite. « Il n’y a en général que deux ou trois vaches en retard. Je les remets alors devant les robots. Elles y passent en général très vite, car elles ont envie de sortir au pâturage. »

À partir de mi-mai, les vaches pâturent également de nuit. De 19 heures à minuit, seules les vaches traites depuis moins de deux heures peuvent sortir. De minuit à 6 heures du matin, seules les vaches traites depuis moins de quatre heures sortent. En 2025, seuls 20 hectares de prairies de ray-grass anglais trèfle blanc attenants au bâtiment ont été pâturés. Mais en 2026, pour pouvoir refaire certaines de ces prairies, le Gaec fait aussi pâturer les vaches sur des prairies de ray-grass anglais situées de l’autre côté d’une route.

Les vaches courent pour aller au pâturage

Un point clé pour que les vaches aient envie de sortir et pâturent vraiment est d’avoir toujours une herbe de qualité. « Nous faisons pâturer des parcelles de 2,5 hectares maximum pour une semaine, divisées ensuite au fil, précise Philippe. Nous fauchons les refus, que nous distribuons en hiver aux vaches allaitantes et aux génisses croisées. Et les génisses passent après les vaches pour nettoyer les prairies pour la saison suivante. Les vaches courent pour aller au pâturage »

En 2025, la saison de pâturage s’est ainsi très bien passée. En moyenne, 6 kilos de matière sèche d’herbe ont été apportés par le pâturage de jour, et jusqu’à 8,5 kilos de matière sèche en pâturage jour-nuit. Et la saison 2026 a aussi très bien commencé. « Notre objectif en saison de pâturage est de ne pas descendre en dessous de 2,7 traites par jour, contre 2,9 en moyenne en hiver, indique Philippe. Mi-mai 2026, nous étions à 2,8 traites par vache par jour, avec 18 % de temps libre sur les robots. »

 

 
<em class="placeholder">copie d&#039;écran des filtres et horaires sur le logiciel commandant la porte de tri </em>
© Seenovia

De 1,150 million de litres de lait avec 120 vaches à l’entrée en fonctionnement des robots, le Gaec Aron et Chère est ainsi passé en 2025 à 1,6 million de litres avec 110 vaches. « Et des améliorations sont encore possibles en augmentant la vitesse de traite qui est aujourd’hui de 3,1 kilos à la minute » note Denis Denion. Depuis deux ans, les éleveurs ont déjà réformé les vaches les plus lentes à traire. Et la vitesse de traite est désormais un de leurs critères de génotypage.

Fiche élevage

4 UTH : 3 associés, 1 apprenti

114 vaches prim’Holstein

12 385 l de lait brut produit/VL

TB 43,5 g/l

TP 33,7 g/l

1,6 million de litres vendus

182 ha dont 45 de céréales, 55 de maïs ensilage, 82 d'herbe

29 ares pâturés/VL

Côté éco

Marge sur coût alimentaire : 9,33 €/vache présente/j, 11,40 €/vache traite/j (moyenne d’avril 2025 à mars 2026) 

Marge mensuelle sur coût alimentaire : 38 758 €

Coût de la porte de tri : 8 000 €

Avis d’expert : Denis Denion, consultant nutrition et robot chez Seenovia

« À chacun de trouver l’organisation qui lui convient »

 

 
<em class="placeholder">Denis Denion conseiller robot de traite Seenovia</em>
Denis Denion, consultant nutrition et robot chez Seenovia © F. Méchekour

« L'expérience du Gaec Aron et Chère prouve qu’il est possible de maintenir la productivité de vaches hautes productrices au robot tout en pâturant. Il faut pour cela que l’éleveur soit motivé par le pâturage, car cela demande plus de travail sur la période. L’alimentation devient aussi plus technique, car il faut ajuster la ration selon l’ingestion au pâturage. La clé est l’organisation du travail. Le tri par le robot est parfois possible selon sa position dans le bâtiment, mais le tri des vaches est alors assez lent. L’idéal est d’avoir une porte de pâturage. L’organisation du pâturage en deux groupes avec des filtres sur la porte de pâturage permet d’avoir toujours un lot au robot et le second lot sur un paddock afin de maintenir le nombre de traites et la productivité. Elle donne aussi la possibilité de faire pâturer des paddocks avec une route à traverser.

Lors des projets, je conseille aux éleveurs qui passent en robot de prévoir un emplacement pour une porte de pâturage. À chacun ensuite de trouver l’organisation qui lui convient. Dans tous les cas, il faut une herbe de qualité, qui motive les vaches à aller pâturer, et de l’eau sur chaque parcelle, sauf si le pâturage est très court, de deux heures par exemple. La santé des pattes est aussi primordiale. Je conseille également de faire le point deux ou trois fois par jour pour repérer les vaches en retard de traite. En période de pâturage, il ne faut pas de retard de traite en fin de journée ! »

"La clé est de bien ajuster la ration"

Le pâturage en deux groupes de vaches au robot présente de nombreux avantages mais également quelques contraintes.

 

 

L’organisation mise en place grâce à la porte intelligente présente de nombreux avantages. Le premier est le maintien du pâturage en traite robotisée tout en gardant une bonne productivité. « Nos terres sont de qualité moyenne et hétérogène, précisent les trois associés. Le pâturage permet de les valoriser et est positif pour l’image de l’élevage. Il réduit aussi le coût de la ration, ce qui se montre important dans un contexte baissier du prix du lait. Et il nous a permis à une période de nous engager dans une démarche de lait sans OGM et avec du pâturage qui nous apportait une plus-value de 15 euros les 1000 litres. »

Les vaches étant enfermées pendant le pâturage et étant conduites et ramenées par Gaëlle, cela permet aussi de faire pâturer les vaches au robot de l’autre côté de la route, ce qui ne se révélait pas possible en pâturage libre. « Nous avons ainsi récupéré 20 hectares de pâture supplémentaires », souligne l’éleveuse.

Évaluer les quantités ingérées

La méthode a aussi des impacts en matière de travail. « La gestion du pâturage est plus simple qu’en pâturage libre, estime Gaëlle. Les filtres de la porte de tri, établis à partir de nos attentes, sont automatisés. Ensuite, il suffit juste d'avoir de l’herbe qui intéresse les vaches. Avec notre organisation, il n’y a plus d’imprévus comme des vaches qui revenaient en bâtiment avec du pâturage libre. Et je gagne une heure et demi le soir, car il y a très peu de retards de traite que je gère le midi. »

En contrepartie, une présence est obligatoire le midi pour inverser les groupes. « Il faut également bien gérer les refus, ajoute Philippe. Et la gestion du pâturage au fil s'effectue pendant la saison des semis de maïs qui est déjà une période assez chargée. »

Et surtout, la difficulté est d’ajuster la ration, établie chaque mois par Denis Denion, car les quantités ingérées au pâturage varient notamment selon la météo. Pour cela, les éleveurs observent chaque matin les parcelles pâturées et la consistance des bouses. Et lors de son tour de troupeau, le conseiller mesure le pH des bouses pour vérifier la régularité de pâturage entre les vaches. « C’est un peu plus complexe que la distribution en hiver et un peu plus compliqué pour la transmission de consignes, admet Philippe. La personne qui distribue la ration doit avoir une bonne idée de ce qu'ingèrent les vaches au pâturage pour parvenir à maintenir une ingestion régulière et homogène. Globalement, nous y parvenons, nous n'observons pas de baisse du lait par rapport à l’hiver. Il y a également moins de problèmes d’acidose subclinique qu’en pâturage libre car la conduite alimentaire est mieux régulée. »

Les plus lus

<em class="placeholder">maïs desséché avec moins de 5 feuilles vertes</em>
Maïs fourrage : que faire des maïs desséchés par la canicule ? Ensiler maintenant ? Pâturer ? Affourager ?

Les températures au-dessus de 36 °C et le stress hydrique mettent à dures épreuves les maïs fourrage, surtout dans les…

<em class="placeholder">Marc-Antoine Blot, l’un des deux associés du Gaec BB, à Hauteville-la-Guichard, dans le centre Manche. </em>
Stress thermique : « J’ai installé un douchage d’appoint pour soulager les vaches de la canicule », dans la Manche

Au Gaec BB dans la Manche, le troupeau respire mieux depuis la mise en place d’un dispositif de douchage fait « maison…

<em class="placeholder">vaches croisées au pâturage</em>
Herbe : « Nos vaches produisent 5 500 litres en bio sans complémentation », dans le Finistère

Le Gaec de Kergoat dans le Finistère mise sur un système tout herbe bio relativement productif alliant pâturage et stocks de…

<em class="placeholder">Benoît Aubry, éleveur en Mayenne</em>
« Avant d'installer le robot de traite, le diagnostic électro-géobiologique a été notre priorité », en Mayenne

 Benoît Aubry, éleveur en Mayenne, a effectué quelques aménagements en amont de son projet robot de traite  pour…

Arthur Danière
Grand troupeau : « Le pâturage me permet d’améliorer l’autonomie alimentaire », dans l’Orne.

A la Ferme du Val Danière, le pâturage a été maintenu malgré l’augmentation du nombre de vaches laitières dans le troupeau.…

<em class="placeholder">robot de traite</em>
"Avant d'installer le robot de traite, nous avons dû investir dans un adoucisseur", dans les Pays de la Loire
La qualité physico-chimique de l'eau est un paramètre majeur pour assurer la performance et la durabilité d'un robot de traite.…
Publicité
Titre
OFFRE ÉTÉ – EXCLUSIVITÉ WEB
Body
A partir de 91,80€/an​ TTC
Liste à puce
[OFFRE ÉTÉ – EXCLUSIVITÉ WEB] : Profitez maintenant de -15% sur votre abonnement annuel*. Code promo SUMMER2026
Accédez à tous les articles du site Réussir lait
Profitez de l’ensemble des cotations de la filière Réussir lait
Consultez les revues Réussir lait au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de la filière laitière