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Mieux valoriser les produits laitiers de montagne, une nécessité pour la filière et le dynamisme économique des massifs

Améliorer la reconnaissance des produits de montagne par les consommateurs, grâce au logo et à l’association Altitude, est un des plans d’action poussés par La Coopération agricole laitière, le Cniel et les élus de montagne. La structuration de filières compétitives est aussi en question, avec une proposition de loi.

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« En montagne, près de 60 % du lait est dit "blanc", c'est-à-dire sans AOP, IGP ou Label rouge, expose Stéphane Joandel, président de l'association Altitude, qui veut redynamiser le logo Produit de montagne. Si on perd ce lait conventionnel, cela va affaiblir les AOP, car une filière ne fonctionne que quand elle a un dynamisme global fort. »
© A. Conté

« C’est l’opération de la dernière chance pour sauver une agriculture de montagne qui fait vivre des familles et qui fabrique des produits de qualité pour toutes les bourses, et pas seulement des AOP », a estimé Jérémie Bosch, responsable des filières montagne à La Coopération agricole laitière, lors de la rencontre annuelle des coopératives laitières françaises qui avait lieu début avril.

L’appel de l’interprofession laitière et de l’Anem (Association nationale des élus de montagne) pour « une action politique forte » et « urgente » pour sauver les filières laitières de montagne sera-t-il entendu ? Que change ce nouvel appel au secours, trois ans après celui lancé par la filière laitière du Massif central par la voix de l’association Altitude, chargée de promouvoir le logo Produit de montagne, une mention européenne facultative de qualité.

Faire reconnaître que le logo Produit de montagne est un signe de qualité

Cette opération est de plus grande ampleur, avec des acteurs qui se sont regroupés pour porter d’une seule voix leurs demandes envers les pouvoirs publics : la Coopération laitière, le Cniel et l’Anem, pour tous les massifs de France. Les demandes aux pouvoirs publics ont aussi évolué, davantage tournées vers une aide à l’amélioration de la valorisation des produits : la reconnaissance officielle de la France et son investissement dans la mention Produit de montagne en tant que signe de qualité ; une aide pour communiquer sur le logo Produit de montagne ; l’intégration des produits de montagne dans la liste des produits durables et de qualité concernés par Egalim et l’obligation d’achat par la restauration collective.

Demander une politique publique en faveur de la montagne

« Les productions agricoles hors signe officiel de qualité sont d’utilité majeure pour maintenir des élevages, des sites de transformation, des entreprises para-agricoles et donc de l’emploi en montagne », a rappelé Jean-Pierre Vigier, président de l’Anem et député porteur d’une proposition de loi (acte III de la loi Montagne) pour une montagne vivante et souveraine. Onze propositions seront présentées à l’Assemblée nationale mi-mai, dont des mesures fiscales, réglementaires et de promotion des produits de montagne.

Le Cniel investit dans la montagne

Le Cniel a créé l’an dernier « une troisième segmentation collective, en plus du bio et des AOP, avec un budget pour le suivi économique, la communication et des évènements en faveur de la montagne. Les produits de montagne et leur bonne image bénéficient en effet à la valorisation de tous les produits laitiers de France. Et les AOP et IGP ne suffisent pas pour maintenir des filières laitières de montagne compétitives », argumente Caroline Helleisen Errant, directrice du Cniel.

Mieux valoriser les produits “blancs” avec Altitude

« Les écarts de coûts de production entre la montagne et la plaine, sans meilleure valorisation des produits, engendre un manque de compétitivité des filières de montagne par rapport à d’autres zones », résume Jérémie Bosch.

Améliorer la valorisation des produits “blancs” (sans signe officiel de qualité AOP, IGP, Label rouge, bio) auprès des consommateurs et des clients de la restauration hors foyer est donc un enjeu pour limiter le déclin des filières agricoles de montagne. C’est un des objectifs de l’association Altitude qui a été relancée en 2025 par des acteurs laitiers et porcins des zones de montagne. Elle le fera avec la redynamisation du logo Produit de montagne.

Développer la notoriété du logo Produit de montagne

 

<em class="placeholder">logo Produit de montagne</em>
© Association Altitude

Le Cniel estime qu’une majorité de consommateurs serait sensible à une différenciation par l’origine « montagne ». Une enquête menée auprès de 1 000 consommateurs révèle que seuls 17 % ont déjà acheté un produit avec le logo « produit de montagne » et que seuls 36 % connaissent le logo. La plupart se demandent si ce label est sérieux et ce qu’il garantit. Ils s’attendent à ce qu’il soutienne les producteurs de montagne et à ce qu’il garantisse un savoir-faire local et l’origine montagne des animaux et des matières premières. La moitié des enquêtés se disent prêts à payer 10 à 15 % plus cher pour un produit de qualité dont l’origine « montagne » est garantie et qui précise le massif concerné.

« Nous devons travailler la notoriété du logo en communiquant sur la mention et ses exigences, mais surtout il faudra renforcer la présence en magasins de produits arborant le logo pour développer la notoriété des produits de montagne », complète Romain Le Texier, directeur études au pôle prospective du Cniel. Le logo produit de montagne pourra être apposé à côté de la mention AOP ou bio, et même à côté de la marque "Lait de montagne".

Chiffres clés

• 20 % du lait français est produit en montagne

• Les surcoûts de collecte et de transformation sont importants par rapport à la plaine. « Nous les évaluons à plus de 90 € les 1 000 litres, dont plus de 35 € pour la collecte. En quatre ans, les surcoûts ont augmenté de 30 €. L’écart s’est accentué car la plaine a réussi à diluer davantage que la montagne ses coûts par des volumes de lait plus importants », décrit Jérémie Bosch, de La Coopération agricole laitière. Ce qui explique que les coopératives laitières soient plus présentes que les privés pour collecter et transformer le lait de montagne, surtout hors AOP et IGP.

Des revenus plus faibles qu'en plaine expliquent une déprise forte en montagne

Le résultat courant par UMO exploitant des exploitations laitières de montagne (AOP, IGP et conventionnel) a certes progressé en 2025, mais l’écart avec les élevages spécialisés lait de plaine s’est accru par rapport à l’année précédente selon le rapport annuel de l’Idele. Les exploitations de montagnes et piémonts du Sud (Pyrénées, Massif central et piémonts des Alpes) dégagent 26 000 € de moins que les élevages de plaine (43 500 € en moyenne contre 69 500 €). Pour les exploitations de montagnes de l’Est (Franche-Comté et Savoie), c’est 20 900 € de moins, à 48 600 €.

 

<em class="placeholder">Mieux valoriser les produits laitiers de montagne, une nécessité pour la filière et le dynamisme économique des massifs</em>

Les écarts de coûts de production se creusent depuis plusieurs années. « Les coûts de production ont augmenté plus fortement en montagne qu’en plaine, notamment parce que la productivité des vaches et la main-d’œuvre s’y sont améliorées moins rapidement », détaille Corentin Puvilland, du service économie du Cniel. Dans le même temps, « les aides censées compenser les handicaps liés à l’altitude et aux pentes n’ont pas augmenté (120 €/1 000 l en 2025, contre 111 € en 2020). Dans un contexte d’inflation, cela revient à dire qu’elles ont baissé en valeur réelle », poursuit-il.

« En montagne, le prix du lait “blanc” (qui n’est pas valorisé par une mention officielle de qualité : AOP, IGP, label rouge) est au même niveau que le prix du lait en plaine. Le revenu des éleveurs qui ne sont pas sous cahier des charges est donc beaucoup plus faible que celui des éleveurs de plaine », estime l’économiste.

La baisse de la production laitière plus forte en montagne qu’en plaine s’explique par ce manque de compétitivité. Entre 2016 et 2026, la production a chuté de 6 % en montagne, tandis que la baisse était de 3 % en plaine. Selon les massifs, les évolutions sont différentes suivant la proportion d’AOP IGP, et vont de - 35 % de cheptel laitier en dix ans dans les Pyrénées à + 12 % dans le massif du Jura, en passant par - 20 % dans le Massif central.

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