Maïs grain : canicule et sécheresse pourraient provoquer une récole historiquement basse
La canicule de la semaine dernière a eu un fort impact sur certaines parcelles de maïs, à cause des températures élevés et surtout du manque d’eau. Il y a eu des orages localement mais l’absence de pluie annoncée dans les dix jours inquiète fortement.
Forte chaleur et sécheresse durables se combinent en ce début d’été, impactant les productions végétales au premier rang desquelles le maïs. Responsable agronomique à la Cavac (Vendée), Jean-Luc Lespinas dresse un constat alarmant : « la canicule a eu un impact sur tous les maïs, qui étaient à des stades très variables du fait de semis étalés. Ceux qui n’étaient qu’au stade 4-5 feuilles ont « cramé ». Chez des maïs plus avancés en stade, le constat est le même avec un feuillage brûlé, comme s’ils avaient pris un coup de chalumeau. Des parcelles sont à 40-50 % touchées ainsi. On observe en plus parfois une verse à mi-tige liée à l’affaiblissement de la tige. Certains maïs étaient au stade début floraison et ils ont subi également des brûlures. Quand c’est irrigué, les plants peuvent bien récupérer mais il va falloir observer l’impact des fortes chaleurs sur la fécondation. »
L’expert estime à 20 % la proportion de maïs touchés par la canicule en Vendée et dans les départements limitrophes couverts par sa coopérative. « Avec ces situations, des maïs vont être ensilés dès la fin de cette semaine. En l’absence de pluie dans les jours à venir, il n’y aura rien sur certains maïs. Or, on n’annonce pas de pluie dans les huit à dix jours. »
Un impact à prévoir sur la qualité de fécondation des maïs à floraison
Des symptômes de brûlures de feuillage s’observent en divers endroits, consécutifs aux fortes chaleurs. « Le maïs peut continuer son cycle mais tout dépend de la proportion de feuilles vertes restantes. Plus le maïs a gardé des feuilles vertes, plus il aura la capacité à récupérer, mais à condition qu’il se mette à pleuvoir. Malheureusement, dans certaines situations, les brûlures sont telles que des ensilages sont conseillés », confirme Aude Carrera, animatrice nationale maïs grain à Arvalis.
Pour Grégory Moulis, directeur des productions végétales de la coopérative Maïsadour, la situation est encore plus critique dans le Sud-Ouest qu’en Vendée. « Nous prévoyons déjà une perte de rendement de 30 à 40 % sur les maïs non irrigués et de 10 à 15 % sur ceux irrigués (55 % de la surface dans le secteur). La canicule est arrivée au mauvais moment car une bonne partie des maïs étaient en pleine floraison. Nous craignons de mauvaises fécondations à cause des fortes températures enregistrées. »
Une sécheresse durable qui fait risquer des déficits en eau
Selon Aude Carrera, des températures excédant 36-38 °C sur des maïs à floraison peuvent occasionner une mortalité du pollen pour la fécondation. « Le maïs hybride émet une telle quantité de pollen que cela peut compenser cet impact négatif, souligne-t-elle. Il ne devrait pas y avoir de conséquences majeures sur la fécondation pour des maïs bien irrigués. » La spécialiste est davantage préoccupée par l’impact du manque de pluie (qui s’annonce durable) que par l’effet des températures élevées. « La grande région Centre-Ouest est la plus touchée, qui englobe l’ex Poitou-Charentes, les Pays de la Loire, le Centre, une partie de l’Auvergne, de l’Île-de-France, de la Bourgogne : des secteurs qui connaissent des déficits hydriques depuis fin mai et qui ont eu très peu de pluie début juin, contrairement à d’autres régions (Aquitaine, Bretagne, Normandie, vallée du Rhône). L’Occitanie est également concernée. Même les maïs irrigués souffrent dans cette région. »
Des secteurs sont limités en eau disponible, avec des restrictions sur les périodes d’irrigation, ce qui réduit la capacité à amener de l’eau régulièrement. « Dans certaines situations, au moment de la canicule, un tour d’eau de 30 mm par semaine n’a pas suffi à couvrir les besoins de la plante. Le besoin était parfois supérieur à 40 mm par semaine, observe Aude Carrera. Malgré tout, un tour d’eau tous les sept jours peut permettre aux maïs de tenir le coup. »
Les maïs non irrigués vont pâtir fortement de la sécheresse
Les maïs pluviaux (non irrigués) sont inévitablement les plus affectés par la sécheresse. « Il y a des parcelles en très mauvais état que l’on ne pourra pas récupérer, surtout dans le sud-ouest où les maïs étaient à début floraison au moment de la canicule. Or, plus on est proche de ce stade, plus le stress hydrique a des conséquences (en plus de la température) car c’est à la floraison que se déroule la fécondation et que se joue le nombre de grains », souligne Aude Carrera.
Des orages ont été enregistrés ce dernier week-end dans diverses régions comme en Aquitaine, ce qui atténuera localement l’impact de la canicule sur les maïs. Mais les prévisions de Météo France font état de l’absence de pluie dans les dix jours à venir et d’une nouvelle hausse conséquente des températures à partir de ce week-end. La situation est critique.
À prévoir une production faible en maïs qui n’avait pas été vue depuis 26 ans
Président de l’AGPM (Association générale des producteurs de maïs), Frank Laborde ne peut que constater les dégâts des fortes températures et stress hydriques qui s’enchaînent. « À ce stade, une baisse de rendement de 15-20 % est inévitable selon les premières estimations d’Arvalis, rapporte-t-il. Combiné à la diminution de surface du maïs grain de 20 % cette année, cela ferait une baisse de 30 % en tonnage. On serait alors à un niveau de production de 9,5 millions de tonnes, soit un record historiquement faible que nous n’avons pas connu depuis 26 ans. »
Cela fait craindre le pire pour les comptes des exploitations agricoles, déjà mis à mal. « Nous demandons aux pouvoirs publics de permettre d’utiliser au maximum la ressource en eau pour irriguer. » En France, aux alentours de 400 000 hectares de maïs grain sont irrigués, sur une surface tombée à 1,25 million d’hectares cette année.