Ergot des céréales : comment repérer les situations à risque ?
La présence d’ergot progresse dans les parcelles de céréales à paille, mais le champignon reste difficile à détecter au champ. De mauvaises conditions climatiques à floraison et la présence de graminées adventices sont des facteurs de risque qui doivent conduire à rechercher sa présence sur épis avant moisson.
La présence d’ergot progresse dans les parcelles de céréales à paille, mais le champignon reste difficile à détecter au champ. De mauvaises conditions climatiques à floraison et la présence de graminées adventices sont des facteurs de risque qui doivent conduire à rechercher sa présence sur épis avant moisson.
L’ergot est désormais largement présent sur le territoire et peut apparaître dans des régions différentes selon les années, énonce Béatrice Orlando, ingénieure recherche et développement qualité sanitaire des céréales chez Arvalis. Cette progression, notamment liée au salissement croissant des parcelles, implique une surveillance accrue, car les alcaloïdes produits par l’ergot restent très toxiques pour les humains et les animaux.
Une contamination difficile à observer au champ
L’ergot n’est pas toujours facile à identifier dans les parcelles. « La contamination est souvent très hétérogène et se présente sous forme de foyers, ce qui complique la détection », explique Béatrice Orlando. Les remontées de terrain montrent que la présence d’ergot passe fréquemment inaperçue dans les exploitations. « Dans les situations de faible contamination, inférieures à 0,1 g de sclérote par kg de grain, nous avons observé que plus de 90 % des agriculteurs déclarent ne pas remarquer sa présence dans leurs parcelles, rapporte-t-elle. Et même lorsque les contaminations dépassent le seuil réglementaire de 0,2 g/kg, les producteurs sont encore 40 % à déclarer ne pas le détecter. » Les sclérotes se conservent dans le sol pendant l’automne et l’hiver. Au printemps, ils se présentent sous forme de petits champignons pédicellés appelés têtes à périthèces, difficiles à voir.
La maladie est donc principalement détectable sur les épis et dans les grains récoltés. « Sur épi, on peut le reconnaître dans les dernières semaines avant la moisson, indique Alexis Decarrier, animateur filière blé tendre chez Arvalis. Une masse blanchâtre qui vire au noir se développe entre les glumelles en prenant la place d’un grain. » Sur blé, le sclérote, qui prend souvent la même taille et forme que les grains, avec une couleur noire, peut dépasser nettement de l’épi, mais pas toujours. Sur d’autres céréales et graminées, la forme est variable selon l’espèce. Pour repérer les contaminations, Béatrice Orlando recommande d’observer les parcelles trois à quatre semaines avant la récolte, vers le 15 juin, en particulier si une alerte a été donnée par la coopérative, ou si des voisins en parlent.
Une présence liée à la conjonction de deux facteurs
La stratégie d’observation dépend aussi de l’état de la parcelle, notamment si elle est sale après un printemps humide. Les graminées adventices constituent des relais importants pour l’ergot. Béatrice Orlando conseille d’examiner « en priorité les zones de salissement, en balayant l’ensemble de la parcelle plutôt qu’un point unique ». Si la parcelle est propre, elle recommande de raisonner selon son historique (présence d’ergot les années précédentes) et en fonction de la qualité des semences (attention aux semences de ferme). L’observation devra alors cibler certains endroits particuliers, tels que les passages de roues, les zones en retard de maturité ou les bords de parcelles.
Les conditions climatiques à floraison sont un autre point important à considérer. « L’ergot contamine la céréale à paille au moment de la floraison si les conditions sont défavorables à celle-ci, c’est-à-dire du froid, de l’humidité ou de la pluie, explique Alexis Decarrier. La plante ouvre alors davantage ses épillets pour capter le pollen, ce qui peut permettre au champignon de s’installer. » La germination des sclérotes dure généralement de quatre à six semaines. « Si pendant cette période il n’y a pas de pluie ou de froid qui perturbe la floraison et pas de graminées adventices pour capter les spores, le risque reste limité, indique Béatrice Orlando. La contamination est la résultante d’une conjonction de facteurs négatifs. » Si de l’ergot est présent à la récolte, il est important d’en informer rapidement son collecteur, afin qu’il puisse identifier le lot et le nettoyer.
Réduire le risque pour la campagne suivante
En cas de contamination, une partie des sclérotes d’ergot tombe au sol à la récolte et peut germer l’année suivante sur les graminées adventices ou les céréales cultivées. Mais ce champignon présente une faiblesse, sa durée de vie dans le sol est courte, environ deux ans. Dans les systèmes labourés, la gestion repose sur un enfouissement des sclérotes pour éviter qu’ils produisent des spores au printemps. « L’année suivant la contamination, un labour à plus de 10 cm permet de les enfouir. Elles germeront dans le sol, mais n’émettront pas de spores contaminantes dans l’air. L’année N + 2, il faut au contraire rester en travail superficiel, à moins de 10 cm, pour éviter de les remonter », indique Alexis Decarrier.
En agriculture de conservation des sols (ACS), où le labour n’est pas pratiqué, la stratégie repose davantage sur la rotation. Arvalis recommande d’éviter les cultures hôtes pendant deux ans, notamment les céréales à paille, et de privilégier des cultures comme les oléoprotéagineux. Dans tous les cas, la maîtrise des graminées adventices reste un levier majeur. Le service agronomie de la coopérative Axéréal (grande région Centre) conseille d’effectuer des faux semis lors de l’interculture pour réduire la pression l’année suivante. Ensuite, « il faut réussir son désherbage en culture et ne pas oublier les graminées présentes sur les bords de parcelle qui peuvent servir de réservoir », insiste Alexis Decarrier. La dispersion des spores contaminatrices se produit jusqu’à 20 mètres.
Mais quelle que soit la situation, la première précaution est d’utiliser des semences indemnes de sclérotes, comme les semences certifiées ou des graines de ferme bien nettoyées et triées, car il n’existe pas de traitement de semences efficace contre l’ergot, rappelle Béatrice Orlando.
Un plan d’action national sur l’ergot
Une centaine de collecteurs sont partenaires du plan d’action national sur l’ergot animé par Arvalis. « Il a été construit pour répondre au souhait des organismes stockeurs de disposer d’outils pédagogiques pour sensibiliser les producteurs et former les chefs de silos et saisonniers », explique Alexis Decarrier, animateur de la filière blé tendre. Des vidéos, des fiches (Les vrais/faux de l’ergot) sont notamment disponibles sur le site d’Arvalis.
Quels seuils réglementaires ?
La présence d’ergot dans les céréales est encadrée par la réglementation européenne sur les contaminants alimentaires. Pour les grains non transformés destinés à l’alimentation humaine, la teneur maximale en sclérotes est fixée à 0,2 g/kg pour la plupart des céréales (blé, orge, avoine, triticale, seigle), soit environ 3 sclérotes de céréales par kilo. La réglementation fixe également des limites pour la somme des alcaloïdes (toxines responsables de troubles nerveux et circulatoires) dans certains produits céréaliers : 50 µg/kg pour les produits moulus de blé, orge, avoine ou épeautre ; 150 µg/kg pour les produits plus riches en enveloppes (farines complètes, sons). En alimentation animale, la teneur maximale admise est de 1 g de sclérote par kilo d’aliment.