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Diversification : et si vous vous lanciez dans les betteraves rouges ?

Frédéric Coibion s’est installé l’année dernière sur l’exploitation familiale grâce à l’introduction de légumes de plein champ. Il développe notamment de la betterave rouge sous contrat, ce qui sécurise ses débouchés.

Frédéric Coibion, jeune agriculteur en Seine-et-Marne vend ses 1,7 hectare de betteraves rouges à un cuiseur du Loiret.
© L. Debuire

Des légumes, Frédéric Coibion n’en mange pas beaucoup. Pourtant c’est grâce à cette production que ce jeune agriculteur a pu s’installer en 2017 et développer l’exploitation familiale de 154 hectares. Principalement céréalière, l’exploitation accueille depuis l'année dernière 17 hectares de légumes de plein champ à raison de 1,7 hectare par type de production. Parmi ceux-ci, 1,7 hectare est destiné aux betteraves rouges... une surface qui vient grossir la production de la racine, représentée jusqu'ici sur la ferme par 12 hectares de betteraves sucrières. « C’était le deal, j’ai repris ces 17 hectares grâce au répertoire départemental à l’installation de la chambre d’agriculture de Seine-et-Marne, explique Frédéric Coibion. La propriétaire souhaitait que son repreneur y cultive des légumes de plein champ.» Il n’y a qu’une seule parcelle et le sol est sableux et drainé, les conditions étaient idéales pour ce  genre de production. L'agriculteur s'est préparé à cette nouvelle production : « J’ai profité de mes stages pour me spécialiser et j’ai travaillé chez un maraîcher bio qui m'a beaucoup appris, raconte-t-il. Agronomiquement, je trouve que c’est plus intéressant que les céréales où le monde agricole a un peu fait le tour. »

Une chaîne de conditionnement à acheter

Pour assurer sa reprise, Frédéric Coibion a d’abord voulu garantir ses débouchés en signant des contrats avec des industriels et grossistes. Ainsi, il vend ses betteraves rouges à un cuiseur du Loiret. « L’entreprise Rocal a accepté d’acheter mes betteraves rouges en réalisant un contrat basé sur les surfaces, soit 1,7 hectare à un rendement de 55 tonnes/hectare, explique Frédéric Coibion. Le contrat est revu chaque année dans le cadre de l'interprofession et le prix de vente varie selon la durée du stockage et le calibre de la racine. » En début de campagne, en septembre, la tonne est vendue 80 euros pour des betteraves entre 100 et 300 grammes, les plus demandées et 53 euros pour les plus grosses. En juin, à la fin de la campagne de commercialisation, la tonne atteint 156 euros pour les petits calibres et 108 euros pour les betteraves supérieures à 500 grammes car elles ont été stockées plus longtemps. « Cette année, je n’ai pas voulu prendre de risques, précise l’agriculteur. Même si je me suis engagé à fournir toute l’année le cuiseur, je me suis arrangé pour vendre la quasi-totalité en début de campagne. Il ne me reste que l’équivalant de deux camions dans les champs. » Parce que oui, les betteraves rouges se conservent en tas, en bout de champ. Un tunnel de ventilation permet d’aérer le stock. La paille et les bâches les protègent du froid. Elles peuvent aussi être conservées dans un hangar réfrigéré à condition qu'elles ne s'assèchent pas, ce qui demande un réfrigérateur très spécifique. « L’achat de ce type de matériel très élaboré n’est pas rentable », estime Frédéric Coibion. Mais ce n’est pas tout, avant que les transporteurs viennent retirer la marchandise stockée chez les Coibion, les betteraves rouges doivent être lavées. « Elles sont déterrées, lavées puis calibrées, détaille l’agriculteur. Cela nous permet de retirer les petits gabarits et celles abîmées. Sur 60 tonnes livrées, on compte environ 3 tonnes de déchets. » Pour cela, Frédéric Coibion a dû investir dans du matériel spécifique et a acheté une chaîne complète de conditionnement. Moyennant 150 000 euros, il a acquis une machine consacrée au lavage, calibrage, pesage et ensachage de ses légumes. « La plupart de mes acheteurs veulent des légumes lavés, expose Frédéric Coibion. Cette chaîne de conditionnement est polyvalente puisqu’elle est utilisée pour tous les légumes que je produis. »

Une marge brute de 2 100 euros l'hectare

La culture de la betterave rouge ressemble globalement à celle de la betterave sucrière. Toutefois, des différences existent. Tout d’abord au semis. Puisque les betteraves rouges doivent être plus petites que celles sucrières, la densité de semis est de 700 000 graines par hectare soit six fois plus serrées. « J’ai adapté un vieux semoir à betteraves classique en resserrant les rangs », explique l'agriculteur. Le coût des semences est plus élevé car l’agriculteur doit utiliser des variétés résistantes à la rhizomanie, une maladie transmise par un virus dans le sol. « Comme nous avions déjà des parcelles ayant accueilli des betteraves, le risque de développer la maladie est présent, nous choisissons alors des variétés tolérantes, explique Frédéric Coibion. Elles coûtent environ 600 euros de l’hectare. » Quant aux intrants, même si certains produits phytosanitaires ne sont pas homologués pour les betteraves rouges, le nombre de passages reste identique. Frédéric Coibion bénéficie d’un avantage non négligeable, contrairement aux producteurs du Loiret, il n’a pas besoin d’irriguer ses cultures. Toutefois, une partie du transport des betteraves jusqu’au cuiseur à Saint-Benoit-sur-Loire est à sa charge. Selon la chambre d’agriculture du Loiret, les charges s'élèvent pour ce type de production à 1 900 euros/hectare. Avec un rendement moyen de 50 tonnes par hectare et pour une tonne vendue en moyenne 80 euros, la marge brute est de 2 100 euros/hectare. La chambre d'agriculture estime dans une note le temps de travail cumulé à 21,5 heures par hectare.

Les prix d’achat sont négociés régulièrement au sein de l’interprofession des betteraves rouges avec les industriels. « Chaque année, les prix sont reconduits, constate l’agriculteur. Mais je ne me fais pas d’illusion, c’est un petit marché, les négociations sont tendues, les prix risquent eux aussi de baisser… mais j’en profite le temps pendant lequel c’est encore rentable. » D’ailleurs, Frédéric Coibion aimerait remplacer la totalité de ses surfaces de betteraves sucrières, pour lesquelles la visibilité est faible sur les prochaines années selon lui, par des betteraves rouges. D’autant plus qu’il sait que les cuiseurs cherchent à étendre leur production en dehors du Loiret. « Là-bas, les pressions maladies du sol sont plus importantes », souligne-t-il. Des légumes, le jeune agriculteur n’a donc pas fini d’en planter. D'autant plus qu'il aimerait profiter de sa proximité géographique avec Paris pour développer ses débouchés et augmenter son offre. « Mais avant tout cela, je me consacre à la réussite de ce que j’ai déjà entrepris », ajoute-t-il prudemment.

En chiffres

Du maraîchage à grande échelle à l'EARL de la Villeneuve

154 ha sur la ferme familiale dont 70 ha de blé, 12 d’orge, 21 de colza, 12 de betteraves sucrières et 39 de maïs grains.

17 ha repris par Frédéric Coibion en légumes de plein champ : pommes de terre, betteraves rouges, carottes, céleris, choux, courges, oignons à raison d'1,7 ha pour chaque et 0,5 ha de poireaux.

2 associés et 1 salarié à temps plein.

La contractualisation pas toujours simple en légumes

Pour sécuriser son projet d’installation, Frédéric Coibion avait contractualisé avec les négociants et industriels de la région afin d’assurer des débouchés à tous ses légumes. Hormis pour les pommes de terre et la betterave rouge, les contrats sont finalement tombés à l’eau. « Les grossistes tiraient trop les prix vers le bas », constate l’agriculteur. Puisqu'aucun tonnage ou aucune surface n’étaient engagés, Frédéric Coibion a pris son bâton de pèlerin pour démarcher les grandes surfaces locales, les primeurs du coin, les restaurateurs et traiteurs aux alentours. « Le lundi, je les appelle et leur demande la quantité et les produits dont ils ont besoin pour la semaine, précise-t-il. Ensuite j’effectue moi-même les livraisons. Avoir le bluetooth dans ma voiture me permet de répondre à n’importe quel moment à mes clients. » Parfois, il lui arrive de vendre à des collègues maraîchers qui n’ont plus de marchandise ou d’ouvrir sa ferme pour y vendre directement sa production. Récemment, l'agriculteur a décroché un contrat avec une société de restauration collective. Depuis début mars, Frédéric Coibion lui livre 2,5 tonnes de pommes de terre chaque semaine, en surplus de son contrat, ainsi que 200 kilos de légumes lavés. Pour cultiver ces légumes, le jeune agriculteur a investi 100 000 euros dans du matériel polyvalent. Par exemple, il récolte ses betteraves rouges avec l’arracheuse-effeuilleuse d’oignons. Il les endaine et les ramasse avec l’arracheuse à pommes de terre. Un bâtiment de stockage pour les autres légumes a été réalisé dans un hangar de la ferme familiale, un coût de 90 000 euros.

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